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lundi 23 décembre 2019

Purs instants de transparence


Il est parfois de purs instants de transparence où semble s'effacer toute frontière entre le dehors et le dedans, où l'âme et le jardin se regardent, se découvrent accordés et s'accueillent dans la paisible évidence d'une amitié plus ancienne et fidèle que la mémoire des jours.

Henri Gougaud

jeudi 14 mars 2019

Le bien le plus précieux


Même aux jours les plus sombres je n’ai jamais maudit ma vie. Pas un instant, sache-le bien, ne m’a traversé le désir de la changer pour aucune autre, car je jouis du bien le plus précieux au monde : la liberté de n’obéir qu’aux lois du cœur, à mes élans, à mon étoile, à mes chemins. Tous les matins, quand je me lève, je remercie je ne sais qui, le bleu du ciel, l’air alentour ou la lumière des regards, de pouvoir écrire et chanter ces choses qui me remuent l’âme, et d’en gagner assez pour l’auberge et le pain. C’est un miracle quotidien. Je jouerai jusqu'au dernier jour avec des mots, de la musique, encore un chant, une parole, encore un rêve à réveiller, jamais asservi à personne, vivant de la tête aux orteils.

Henri Gougaud

jeudi 31 janvier 2019

Le jardin des anges

On sait que le sommeil des hommes est à nos anges visiteurs ce qu’un jardin est aux enfants. La raison et ses sentinelles ne gardent plus aucun portail. Ils peuvent donc entrer dans les esprits éteints avec leur lampe à rêves et jouer à leur gré.

Henri Gougaud

lundi 26 novembre 2018

Feu d'en bas


Ne crains pas d’attiser ton feu d’en bas. C’est lui qui éveille le cœur et fait les pensées lumineuses !

Henri Gougaud

mercredi 20 juin 2018

Approcher l'épice


Cesse de croire que tu es ce que tu penses. Tu n’es pas ce que tu penses. Cesse de réduire ton être à la dimension de ton crâne. Le sentir seul peut approcher l’épice. Sers-toi de tes yeux, de tes oreilles, de ton goût, de ton odorat, de tes mains. Respire, respire, et laisse-la entrer.

Henri Gougaud, Les sept plumes de l'aigle

lundi 11 juin 2018

Silence qui parle

Le silence parle aussi. Mais si on ne sait pas être silence au-dedans, on ne pourra jamais entendre le silence qui parle.

Henri Gougaud

dimanche 8 avril 2018

Simplicité

La chose la plus désirable, celle après laquelle on peut courir toute sa vie ? Ce n'est ni la gloire, ni l'illumination. C'est la simplicité.

Henri Gougaud

mercredi 28 mars 2018

Nourritures amoureuses

L'essentiel, dans l'enseignement de l'art de la vie, ne peut être perçu par la seule raison. C'est probablement pour cela qu'aux questions vitales que les assoiffés ne peuvent s'empêcher de poser, ceux qui ont goûté, senti, perçu la réponse ne peuvent offrir que des histoires, des contes, des fables, des confidences, des choses un jour vécues, bref ce que j'appellerai, faute de mieux, des nourritures amoureuses. Car il ne s'agit pas de faire comprendre, d'enfermer l'indicible entre les murs de la seule raison, mais de donner à savourer un goût, un parfum, ou d'allumer une lanterne et d'éclairer non pas une de ces réalités incassables et tyranniques dont on ne sait trop que faire, mais une impalpable présence.

Henri Gougaud

mercredi 21 mars 2018

Le parfum de la force aimante

Ce n'est pas la rigueur qui te conduira où tu veux aller, ce n'est pas l'ascèse, ni la souffrance, ni ce que tu crois avoir compris. C'est l'épice. Le parfum de la force aimante.

Henri Gougaud

mercredi 20 décembre 2017

Désapprendre

On croit à tort qu’il faut accumuler un maximum de savoir, alors qu’il faut plutôt désapprendre, se dépouiller, faire le ménage, enlever l’inutile, faire des choses simples. Accepter d’être ce qu’on est, de n’être que ce que l’on est, mais de l’être complètement, et parler bien ancré dans cet état de vérité. On n’imagine pas à quel point ça repose.

Henri Gougaud

lundi 18 décembre 2017

Chemins ouverts

J'aime le mystère et le doute. Ils laissent ouverts tous les chemins. Les certitudes, toutes sécurisantes qu'elles soient, font toujours comme un bruit de porte qui se ferme.

Henri Gougaud 

jeudi 26 octobre 2017

Un chemin sans fin


J'ignore si nous serons un jour sauvés, si même ce mot n'est pas dénué de sens. Mais je sais que nous devons traquer un trésor toujours plus lointain, inaccessible, illusoire sans doute, simplement parce qu'en notre vie ne nous fut pas donné d'autre chemin, d'autre choix que cette folie. A la poursuite de cette chimère, il te faudra traverser toutes les montagnes, tous les déserts, toutes les tempêtes, tout ce que la géographie des rêves peut élever d'obstacles. De temps en temps tu redresseras l'échine et te révolteras contre l'invisible cravache qui te pousse en avant. Parfois, au seuil d'une nuit effrayante, tu refuseras d'avancer, comme font les ânes rétifs. Mais partout où tu devras passer en quête du trésor qui n'existe pas, même à travers flammes, de gré ou de force tu passeras. Ne cherche aucune raison à cela, il n'y en a pas. Il n'y a pas de sens, Guillaume. Il n'y a qu'un espoir sans objet à porter sur un chemin sans fin.

Henri Gougaud

jeudi 29 juin 2017

Naissance adulte

Entrer dans l'âge adulte est une naissance. C'est un passage difficile. Beaucoup le refusent parce qu'ils ne veulent affronter ni la souffrance d'être seuls, ni la liberté d'inventer leur propre vie. Jusqu'à ta mort et même au-delà tu devras grandir, grandir encore, devenir toujours plus adulte.

Henri Gougaud

dimanche 25 juin 2017

Cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour


Si nous étions capables de nous oublier, c'est-à-dire de dissiper, ne serait-ce que le temps d'un Pater, tout ce qui nous embrume, nous occupe, nous pèse, nous endort, nous distrait, la question de Dieu ne se poserait pas, simplement parce qu'il n'y aurait plus de questions. Si nous étions capables de cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour, il n'y aurait plus que des évidences.

Henri Gougaud

mercredi 3 mai 2017

Changer le sang en or


Le paradis n'est pas un lieu de l'univers, mon fils, mais un état de ton être. […] Ferme les yeux, le paradis est là, à tout instant, en toi. Inspire, inscris ces mots derrière tes paupières. Expire, et répands-les partout dans l'obscurité de ton corps. Vois maintenant. La vérité se reconnaît à ce qu'elle change ton sang en or.

Henri Gougaud, Paramour

vendredi 18 décembre 2015

Vrai savoir


Le temps flétrit nos émerveillements. Il en est toujours ainsi quand on plante ses découvertes dans son crâne et qu’on les laisse là, comme trois fleurs dans une fiole. Elles fanent, elles se dessèchent, elles perdent leur parfum de vérité. Le vrai savoir ne peut pousser qu’en pleine terre, enraciné dans la chair même de notre vie, sinon il n’est rien qu’une croyance périssable.

Henri Gougaud, les sept plumes de l'Aigle

mardi 14 avril 2015

À la poursuite des gazelles


On dit que le roi Salomon, un jour qu'il était las des prestiges du monde, s'en alla méditer sans femme ni guerrier dans le vaste désert. Or, comme il cheminait à longs pas dans le sable, le front penché, l'esprit paisible,au bout de sa sandale il vit une fourmi. Elle marchait comme lui, elle aussi indifférente à tout, têtue comme au labour, refusant l'abri des cailloux, la halte au frais des herbes rares. Il lui dit:
- Où vas-tu donc, petite sœur ?
Elle lui répondit:
- Grand roi, ne me retarde pas. Je cours où mon âme m'appelle, à la poursuite des gazelles.
- Amie, lui demanda le roi, connais-tu ces bêtes divines ?
- Hélas non, répondit la bestiole pressée, mais j'ai vu leurs ombres passer, et j'en fus tant bouleversée que je ne peux vivre sans elles.
Le roi des rois s'agenouilla, la prit sur le bout de son doigt, sourit, lui dit enfin :
- Comment peux-tu rêver en rejoindre une ? Elles vont droit comme l’œil à travers le désert, elles franchissent d'un bond la dune que tu escalades en cent jours.
- Je sais, ô roi des rois, que la raison t'inspire, répondit la fourmi. Mon pas est court, ma vie n'est qu'un jour de la tienne, mon ciel n'est pas plus haut qu'un brin d'herbe naissant. Je ne suis rien, j'aspire à la grâce parfaite, j'avoue que c'est grande folie. Mais qu'importe à mon cœur aimant ? L'espoir me tient, me tire et me pousse, ne me laisse point en repos. Il occupe toute ma vie. Je veux lui obéir sans faute et la mort ne sera rien si elle me prend sur mon chemin, à la poursuite des gazelles.
Henri Gougaud, Paramour

dimanche 21 septembre 2014

Le pet d'éveil


Abu Bakh (Dieu veille sur lui !) cheminait un matin avec quelques disciples.

Le sage allait devant, assis sur son baudet. Les autres étaient à pied. Comme ils allaient ainsi sous le soleil content, l'âne lâcha un pet. Bouleversement d'Abu Bakh. Il sursauta en gémissant comme un amant soudain éperdu de bonheur, il se déchira la chemise, la face au ciel, riant, pleurant.

- Seigneur, s'exclama-t-il, Seigneur, comme je T'aime ! Comme Tu parles juste et clair dans Ton infinie compassion !

Ses disciples se regardèrent, déconcertés, les sourcils hauts. L'un d'eux osa lui demander :

- Maître, que vous arrive-t-il ? Un âne pète et Dieu vous vient ? L'air nous manque, expliquez-nous vite !

Il répondit :

- Mes chers enfants, comme nous allions sous la brise, l'âme en paix et le corps aussi, je pensais : « Je chevauche droit, bien au chaud dans mon grand manteau, mes disciples sont là autour, trottinant au plus près de moi. Ils sont discrets, ils me respectent, ils se disputent le plaisir de tenir la bride de l'âne. Décidément, je suis quelqu'un. Je suis un cheikh considérable. 

Voilà comment, le jour venu, honoré de la terre au ciel, j'entrerai dans la haute gloire de la résurrection des saints ! » Comme je me disais cela, l'âne péta.

Réponse brève à ma litanie d'âneries, mais d'une justesse si pure que extase m'en est venue. 

Merci à Amezeg d'avoir porté à ma connaissance ce conte raconté par Henri Gougaud ici: http://www.cles.com/chronique/le-pet-d-eveil

mercredi 20 août 2014

L'ombre et le chaman


L’ombre était vraiment comme une femme amoureuse. Elle m’a dit : « Désire-moi, Luis. Chaque fois que tu me désireras, je viendrai. J’obscurcirai tes contours. Je ferai de toi un homme inaperçu, je protègerai ton travail, tes plaisirs, ton être. Je t’aiderai aussi à te tenir éveillé. La lumière endort la vigilance. Moi, l’ombre, je la ravive sans cesse. La lumière efface la profondeur. Moi, l’ombre, je suis sans fond. N’oublie pas, Luis. Quand tu es en moi, la lumière, c’est toi. Chaque fois que tu le voudras, je te laverai de tes certitudes paresseuses, je t’apprendrai à dire « encore, encore, encore », et je t’entraînerai toujours plus loin dans les mystères de la vie. »
Henri Gougaud, les sept plumes de l'aigle