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samedi 28 octobre 2017

Bien voir

Pour bien voir une chose, il vous faut toucher à son contraire. Par l'ombre, vous allez à la lumière. Par l'indifférence, vous atteignez à l'amour.

Christian Bobin

vendredi 28 août 2015

Ombre brûlée

Nuit de chairs confrontées
Nuit de sangs confondus

Nous aurons bu ta flamme
Jusqu'à brûler notre ombre

À rompre enfin le cri
François Cheng

mardi 7 juillet 2015

Apesanteur

Il faut chaque jour quelques bribes de poésie pour contrebalancer le poids d'ombre du monde.

mardi 20 janvier 2015

Tournez manège

C'est la ronde sans fin des opinions véhémentes qui tournent en rond dans leur propre vide en se justifiant les unes les autres. Les petits chevaux de la haine galopent, enfourchés par des fous qui se prennent pour des chevaliers et poursuivent leur ombre. J'éprouve vertige et nausée à les écouter s'invectiver ; tout ce tumulte ne saurait emplir le silence qui règne dans mon cœur. Je me tiens au centre de la roue avec un sourire pour chacun car je peux deviner derrière chaque masque grimaçant un enfant en proie à son propre cauchemar.

jeudi 8 janvier 2015

Funambule de l'amour


Il y a l'ombre et puis il y a la lumière. Il y a surtout leurs jeux amoureux quand ils se mêlent dans le clair-obscur jusqu'à ce qu'on ne puisse plus les distinguer. On appelle cela aube quand c'est un début, crépuscule quand c'est une fin, mais la fin est toujours le début d'autre chose - un crépuscaurore ?

Il y a la souffrance et puis il y a la joie, le rire qui suit les larmes, et tout le bien qui finit par ressortir du mal tandis que mon cœur balance sur le fil de l'amour, qui se cherche, qui se cherche...


mercredi 20 août 2014

Jeux d'ombre


J'ai appelé mon ombre et je lui ai demandé de me suivre pas à pas, de me précéder parfois quand j'avance dans le noir, de me faire la grâce de son amitié. Elle était inquiète encore, rétive et toute sauvage, me laissant humer son parfum de forêt, son haleine de fauve, mais fuyant à mon approche. Elle craignait que je la domestique, que je l'envoie se laver pour la civiliser. Cela m'a pris longtemps pour la rassurer, la convaincre que je n'avais pas d'autre projet que de l'aimer. Il a fallu que je lui parle doucement comme à une jeune fille effarouchée, que j'accepte ses caprices et que je souris à ses colères démesurées. 

Il m'est arrivé de pleurer sans rien dire dans la nuit parce que je croyais qu'elle m'avait quitté; pauvre fou que j'étais, elle se tenait dans l'obscurité qui m'enveloppait et souriait à son tour. C'est alors seulement qu'elle s'est rapprochée et qu'elle est venue, au petit matin, m'embrasser dans le cou. Depuis, nous sommes inséparables. Bien souvent, les gens nous confondent; ils me prennent pour l'ombre parce que je me retire dans le silence, tandis qu'elle s'en donne à cœur joie de jouer à vivre.

« L'ombre a tant été aimée qu'elle est devenue clarté. »

L'ombre et le chaman


L’ombre était vraiment comme une femme amoureuse. Elle m’a dit : « Désire-moi, Luis. Chaque fois que tu me désireras, je viendrai. J’obscurcirai tes contours. Je ferai de toi un homme inaperçu, je protègerai ton travail, tes plaisirs, ton être. Je t’aiderai aussi à te tenir éveillé. La lumière endort la vigilance. Moi, l’ombre, je la ravive sans cesse. La lumière efface la profondeur. Moi, l’ombre, je suis sans fond. N’oublie pas, Luis. Quand tu es en moi, la lumière, c’est toi. Chaque fois que tu le voudras, je te laverai de tes certitudes paresseuses, je t’apprendrai à dire « encore, encore, encore », et je t’entraînerai toujours plus loin dans les mystères de la vie. »
Henri Gougaud, les sept plumes de l'aigle

samedi 16 août 2014

Ombre dansante


Je marche avec ma névrose main dans la main, escorté par la cohorte de mes doutes. Mes vieux amis, chaos et confusion, ouvrent la route. J'ai bien songé à m'enfuir en courant mais ils détiennent mon ombre en otage; il faudrait m'amputer de ce qu'il y a en moi de plus vivant, du sauvage, de la proximité avec l'eau vive, les arbres muets et les enfants rêveurs. Alors j'en prend mon parti et voilà que nous descendons joyeusement la grande rue pour aller danser tous en rond au clair de lune. L'ombre sourit; bien sur, c'est elle qui a tout manigancé mais qui pourrait lui en vouloir ?

mardi 12 août 2014

Bouche d'ombre

La nuit prend voix, tantôt grinçante, tantôt chuchotante, pour démentir le triomphe de ceux qui avancent masqués de lumière pour mieux fossoyer l'innocence. Les néons clignotent, les projecteurs dansent sur les boulevards avides - the show must go on ! Quand le rideau retombe enfin, il ne reste que la vérité brûlante des solitaires insomniaques pour souffler sur la braise ardente de nos rêves. Heureusement, l'essentiel n'est jamais perdu. Il se tient coi, tranquille et ignoré du grand nombre, jusqu'à ce que le silence patient accouche d'une nouvelle aube, vengeresse.

(dédié à Christiane Riedel)