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jeudi 1 octobre 2015

Savoir où on va

Nasreddin Hodja s'en allait à dos d'âne sur le chemin qui menait au village voisin. Mais il était assis à l'envers sur la croupe de sa monture, si bien qu'il regardait, dans le désespoir le plus profond, le chemin qu'il avait parcouru s'éloigner devant lui pendant que l'animal le ballotait doucement sur la route. Un disciple le reconnu, vint alors en courant vers lui et dit :
"Ah ! Maître, dit-il. Mais que se passe-t-il ? Êtes-vous bien ? Êtes-vous mal ? Pourquoi aller vous ainsi ?"
Et le maître de répondre :
"Ah ! Cher ami, c'est une tragédie. Vois. Moi je sais où je veux aller, mais cet âne ne le sait pas et me conduit dans la mauvaise direction. Quel malheur ! Pauvre de moi."
À ces paroles, le disciple était des plus confus et pensait en lui-même que le maître devait être bien bête pour ne pas se retourner sur sa monture. Mais Nasreddin ajouta une plainte à ce moment :
"Ah ! Et si je me retournais, pauvre de moi, et regardais dans la même direction que lui, je serais définitivement perdu. Mon cher ami, là je ne saurais même plus où je vais ?!"

jeudi 15 janvier 2015

Identification

Le mulla Nasrudin entra dans une banque pour encaisser un chèque. Le guichetier lui demanda alors s'il pouvait s'identifier. "Oui, bien sûr, je le peux..." répondit le mulla en sortant un miroir de sa poche et en s'y scrutant sous tous les angles avant d'ajouter: "oui, c'est tout à fait moi".
Idries Shah, les subtilités de l'inimitable Mulla Nasrudin

vendredi 19 septembre 2014

L'épée du Mulla

Un homme voit le Mulla Nasrudin passer sur son âne et l'interpelle:
- Je te vois bien fringant, Nasrudin. Où vas-tu ?
- Hé, l’ami, je pars en voyage !
- Sur ton bel âne ? C’est risqué. Les brigands infestent les routes. Ils pourraient bien te le voler.
- Tu crois vraiment ? Tu me fais peur !
- Prends donc mon épée, dit l’ami. Tu pourras au moins te défendre si viennent des malandrins.
- Grand merci, frère. Sois béni !
Le Mulla Nasrudin s’en va sur son âne, en sifflotant, son arme au poing. Le voici au bord du désert. Personne à l’horizon qu’un homme qui s’approche à grands pas de lui. « Par Allah, se dit Nasrudin, sa mine me paraît suspecte. Il est plus poussiéreux que moi. Assurément, c’est un voleur. » Dès qu’il est à portée de voix :
- Halte-là ! Parlons, soyons simples.
Et brandissant haut son épée :
- Tu vois cette arme magnifique ? Je te la donne, elle est à toi. Mais tu ne me prends pas mon âne.
L’innocent voyageur accepte. « Drôle d’aubaine ! » se dit-il. Il prend, remercie mille fois. Nasrudin s’éloigne, content sur sa trottinante monture. « Mon ami, pense-t-il, avait cent fois raison. Rien de mieux qu’une épée pour conserver son âne. »
Henri Gougaud, L’Almanach
 

mardi 16 septembre 2014

Le rêve du Mulla

Mulla Nasrudin rêvait qu'une main était en train de lui donner une à une des pièces d'or. Il comptait avec ravissement: ... cinq, six, sept, huit, neuf. La main s'arrêta alors et le Mulla se mit en colère, il cria: "Ah non ! Donne m'en dix !" Et il se réveilla. Alors, on le vit essayer de se rendormir en murmurant doucement : "D'accord, d'accord, donne m'en juste neuf si tu veux..."

mardi 12 août 2014

Attirer l'attention


Un paysan vint trouver le mulla Nasrudin pour lui demander conseil. Il avait un âne paresseux qui refusait le licol et il désespérait de parvenir à le mettre au travail. Le mulla lui recommanda de lui donner beaucoup d'amour. Le paysan aménagea l'étable pour en faire un palace et donna à son âne la meilleure avoine ainsi que de l'eau fraiche. Rien n'y fit, l'âne persistait à braire sans comprendre ce qu'on attendait de lui. Quand le paysan croisa à nouveau le mulla sur la place du marché, il lui en donna des nouvelles, et cette fois, le sage lui proposa de l'accompagner pour aller parler à son âne. En chemin, il ramassa un beau madrier qu'il tint derrière son dos jusqu'à ce qu'il soit présenté à l'animal, et lui en assena alors un grand coup derrière l'oreille. Le paysan s'exclama:

- Mais tu m'as dit de lui donner beaucoup d'amour !?

Le mulla répondit, souriant:

- Oui, mais auparavant, il faut attirer son attention...