Aucun message portant le libellé Roberto Juarroz. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Roberto Juarroz. Afficher tous les messages

jeudi 24 mars 2022

Zone ouverte


Il ne s’agit pas de parler,
ni non plus de se taire :
il s’agit d’ouvrir quelque chose
entre la parole et le silence.
Peut-être que lorsque tout passera,
y compris parole et silence,
restera cette zone ouverte
comme une espérance à rebours.
Et peut-être que ce signe inversé
constituera une mise en garde
pour ce mutisme illimité
où manifestement nous sombrons.

Roberto Juarroz - Poésie verticale

samedi 28 mars 2020

lundi 14 octobre 2019

Porte ouverte


Il y a une porte ouverte
et pourtant il faut la forcer.

Nous ne savons pas ce qu’il y a derrière,
mais de là vient l’appel.

Nous ne pouvons aller ailleurs,
mais nous venons d’ailleurs.

Nous sommes dehors et le savons
mais peut-être que tout est dehors.

Toujours nous cherchons cette porte,
mais elle devrait être fermée.

Ici l’ouvert est infranchissable.
Comment franchir ce qui n’existe pas ?

Il faut fermer l’unique porte
afin peut-être de pouvoir entrer.

Roberto Juarroz

mardi 1 octobre 2019

L'envers des choses


Le Dieu de face, le Dieu connu, celui des religions, ne nous a servi à rien. Plus qu'un Dieu qui tourne le dos, je crois parler de la recherche du dos de Dieu. La part visible des choses, décrite, racontée, historique, connue de tous, ne nous a servi à rien. C'est l'envers des choses qu'il faut découvrir. C'est là tout le sens de ma recherche.

Roberto Juarroz

lundi 16 septembre 2019

Morceau de rêve


Je me suis réveillé, un morceau de rêve entre les mains,
et n’ai su que faire de lui.
J’ai cherché alors un morceau de veille
pour habiller le morceau de rêve,
mais il n’était plus là.
J’ai maintenant un morceau de veille entre les mains
et ne sais que faire de lui.

À moins de trouver d’autres mains
qui puissent entrer avec lui dans le rêve.

Roberto Juarroz

vendredi 13 septembre 2019

Vol dans l'ouvert


J'ai un oiseau noir
pour qu'il vole de nuit.
Et pour qu'il vole de jour
j'ai un oiseau vide.

Mais j'ai découvert
que les deux se sont mis d'accord
pour occuper le même nid,
la même solitude.

C'est pourquoi, parfois,
je leur ôte ce nid,
pour voir ce qu'ils font
quand leur manque le retour.

Ainsi j'ai appris
un incroyable dessin :
le vol sans conditions
dans l'absolument ouvert.

Roberto Juarroz

mercredi 24 juillet 2019

Espaces sans espace


Où est l'ombre 
d'un objet appuyé contre le mur ?

Où est l'image
d'un miroir appuyé contre la nuit ?

Où est la vie
d'une créature appuyée contre elle-même ?

Où est l'empire
d'un homme appuyé contre la mort ?

Où est la lumière
d'un dieu appuyé sur le néant ?

Dans ces espaces sans espaces
est peut-être ce que nous cherchons.

Roberto Juarroz

vendredi 25 mai 2018

Asile dans la lumière

Le cœur de la nuit cherche
un asile dans la lumière.

Chaque chose
se réfugie dans son contraire.

C'est ainsi qu'existe ce qui existe.

Si s'annulaient les oppositions,
tout cesserait d'exister.

Roberto Juarroz

lundi 21 mai 2018

Épiphanie gestuelle

Tout geste est une épiphanie
lorsqu'il n'y a plus de différences
entre le haut et le bas.

Roberto Juarroz

jeudi 10 mai 2018

Distraction de l'infini

La hauteur de la rose n'est pas la hauteur de la pierre,
mais parfois la rose la surpasse en son extase.
La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,
mais son regard va plus loin que les nuages.
Et parfois la lumière l'emporte sur l'ombre,
bien que l'ombre ait toujours le dernier mot. 

Les hiérarchies sont une distraction de l'infini
ou peut-être un accident.
Les hauteurs se supplantent comme tours qui dansent
mais tout tombe de la même hauteur .

Roberto Juarroz

lundi 7 mai 2018

Création mutuelle

Nous devons parvenir 
à ce que le texte que nous lisons nous lise. 
Nous devons faire en sorte que la rose 
Que nous venons de créer rien qu'en la regardant 
Nous crée en même temps


Roberto Juarroz

samedi 5 mai 2018

Au centre de la fête

On dirait parfois
que nous sommes au centre de la fête.
Cependant au centre de la fête il n'y a personne.
Au centre de la fête c'est le vide.

Mais au centre du vide il y a une autre fête.

Roberto Juarroz (Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

jeudi 3 mai 2018

Sauvetage

Un poème sauve un jour.
Plusieurs poèmes pourront-ils
sauver la vie entière ?
Ou suffit-il d’un seul ?
 


Roberto Juarroz (Treizième poésie verticale).

lundi 30 avril 2018

Entre deux puits

Être.

Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessous. 

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s'arrêtera un instant .

Roberto Juarroz

mercredi 25 avril 2018

Intempérie totale


Une écriture qui supporte l'infini,
les crevasses qui s'étoilent comme le pollen,
la lecture sans pitié des dieux,
la lecture illettrée du désert.

Une écriture qui résiste

à l'intempérie totale.
Une écriture qui puisse se lire
jusque dans la mort. 


Roberto Juarroz (Onzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)

lundi 23 avril 2018

Ne rien faire


Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz - Treizième Poésie Verticale

dimanche 24 août 2014

Parfaite imperfection

Peut-être nous faudrait-il
apprendre que l’imparfait
est une autre forme de la perfection :
la forme que la perfection
    assume
pour pouvoir être aimée.


                Roberto Juarroz, poésie verticale