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vendredi 17 juin 2022

Les couleurs


D’abord le noir et le blanc de mémoire
Le noir profond avant même la naissance du son
Le noir qui s’imprime jusqu’au sang du frisson
Jusqu’aux rouges râles des volcans et des monstruations

Puis le rouge de tes lèvres dans l’aube du désir
Le monde recommence émergeant de l’immonde
Aux fraises les premiers visages
Aux pommes leurs ivoires sanguinaires
Aux cerises leurs urgences nocturnes
Le rouge qu’il ne faut pas verser
Seuls les cardinaux peuvent nous picorer le cœur
Sans jamais rien nous enlever
Revêtant nos rêves avec les soieries des roses

L’orangeraie nous réveille
Et au marché des maroquineries
Les mirages vont de peaux en peaux
Pour trouver de l’eau
Sous des soleils qui nous cuivrent

Dans les bois, les parterres et les sentiers
Érythrones, pissenlits, tussilages
Chantent le printemps
Rivalisent avec le soleil borgne
Lui font monter la moutarde des champs au nez
Et il éternue son pollen dans les verdures
Puis dans leur gaine brune les bourgeons
Dégainent dans chaque arbre des vers nouveaux
Les triomphants dénis des nuits d’encre et des hivers blancs
Les étés aux yeux de serpents
Mais à l’envers dans les reflets des arbres dans les lacs
Les algues vertes rêvent du bleu infini du ciel
C’est l’heure de naviguer
De connaître les couleurs de tous les ports
Avant d’être avalé par l’océan
Le grand Léviathan
Et de descendre jusqu’au cœur violet et mystique de la Stella Maris
Précédant le grand tunnel blanc.

Lug

lundi 13 juin 2022

La folie


La folie échappée d’une fiole
Abandonnée à une croisée de chemins
Dans une toile où gisent des étoiles
Égarées comme dans un casse-tête
Chante d’inaudibles paroles à tue-tête
Qui font pousser des oreilles
Partout où se nidifient ses regards

La folie nous arrive comme ça
Par un coup de vent trop fébrile du printemps
Et pollinise des idées de grandeur
Dans des recoins d’étroitesse d’esprit
Qui vont telles des monarques
Butiner dans des chambres à découcher dehors
Avec des sirènes ou des pompiers du troisième type

La folie qui s’éclaire aux soleils des mouches à feu
Quitte la raison comme on laisse la maison des éternels retours
Franchit zébrée le seuil de la prison des invertébrés de la liberté
Et s’aventure en diagonale sur l’échiquier de la vie
Convaincue de la souveraineté de la marge
Où jamais elle ne plantera le mât de l’échec

La folie a des poumons de nimbus et de cumulus
Et des bras qui pendent aux trônes des forêts
Et des mains d’ailes d’hirondelles
Incapables de dérober la beauté du monde
Mais quand elle prend ses jambes à son cou
Elle change de polices et de caractère
Et défie le langage de l’immobiliser
Et elle saute de clôture en faim du monde
Avec ses brebis assoiffées de Voie lactée

La folie est une aquarelliste des grands espaces
Qui n’a pas besoin de pins sots et de cils de chevaux
Elle confond le proche et le lointain
Qui en perdent leurs repères de fauves affamés
Et craignent que la savane de leurs certitudes
Soit avalée par la forêt des inquiétantes étrangetés

Au bout de sa solitude la folie finit par perdre sa raison d’être
Et retourne au bercail des inquisitions
Où elle reçoit son jugement
Et son second baptême
Après la crucifixion de ses vertiges
Et là enfin folle, elle assiste au triomphe de la raison
D’une raison qui tue les fous comme elle déracine les arbres des oiseaux
En son rêve de carré de sable stérile et martial.

Lug

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A noter la parution de "L'Aube métisse", recueil de poèmes de Lug qui nous fait l'honneur de bien souvent alimenter ce blogue :


En voici la présentation:

Historiquement, L'Aube métisse renvoie à un changement de paradigme qui a débuté lors de la chute de l'empire aztèque sous le règne de Moctezuma, symbolisé par l'union de Cortés et de la Malinche. Cette aube évoque un changement d'ère, celle du grand métissage entre les peuples d'Amérique, les Espagnols, au Sud, et les Français, au Septentrion. Un métissage scellé par l'union du blé et du maïs, du Christ et de Quetzalcóatl.
Axe du maïs dont l'itinéraire va du Mexique central jusqu'en territoire wendat pour se perdre ensuite dans les échos de la Boréalie auxquels répondent des présences invisibles et la figure inquiétante du Carcajou, maître des paradoxes, des commencements et des crépuscules. C'est à ce voyage poétique, géographique et anthropologique que vous convie L'Aube métisse à travers mes pérégrinations dans le territoire, l'esprit des lieux et mon travail avec des chamans.
L'Aube se conçoit dans l'orgasme des crépuscules et est un métissage de tous nos héritages à l'ultime Occident de l'Eldorado spirituel.

On le trouve en librairie : https://www.decitre.fr/livre-pod/l-aube-metisse-9782383265740.html


jeudi 19 mai 2022

La seconde vie des mots après leur mise au tombeau


La mort, c’est sérieux
Surtout lorsque l’air se raréfie
Dans les affres de la décrépitude
Et que livré aux implacables lois du temps
Bien ficelé dans son fil d’Ariane
Incapable d’applaudir à la symphonie des oiseaux
Et qu’au creux de la mémoire
Le moi prend congé du fil de soie

Alors nourries de silence
Des semences de bienveillance
Dans leur linceul de lumière
Se fraient un chemin dans les champs dorés
Se livrent au temps
Au tumulte des heures
Au courant de vie impétueux
Publient leur existence sans consentement
À nouveau disponibles aux révélations

Lug Lavallée

mardi 8 février 2022

L'image


L’image
Un arbre à mots
Un point dans l’infini
Une procession de mages
Dans des décors de mirages

L’image
Une tête libérée de son tronc
Et de son paysage
Une capture dans les écrans de nos vies

L’image
Un pont de fuite à souvenirs
Un accord entre Ciel et Terre
Un phosphène incarné
Du regardant observé
Un autel à chaque ascension
Une auge à répétitions

L’image
Un pont entre deux visages
Deux voyages

Lug

samedi 5 février 2022

Tout le monde à l'autel


Faites confiance aux baisers furtifs des lobélies
Pour libérer vos lobes de leur folie
Faites confiance aux dentelles des bégonias
À vos vieilles tantes avec leur Ave Maria
Faites confiance aux camélias
Aux nymphettes des orphelinats
Faites confiance aux envoûtements des gardénias
Aux veuves noires drapées de nuits de deux-mâts
Faites confiance aux confidences des magnolias
Et gardez-vous des pizzerias, de la mafia et des dahlias
Faites confiance aux morsures des orchidées
À leurs nuits érotiques avec leurs pattes d’araignées
Faites confiance aux éclosions des roses et des lotus
Aux tiges qui s’enfoncent dans votre cœur et votre plexus
Faites confiance aux fleurs qui ont le sens du baroque
Faites confiance à l’immensité derrière leur synecdoque

Faites confiance aux avertissements des chiens
À leur prescience et savoir wagnériens
Faites confiance au sommeil des chats
Pour choisir vice-versa entre geisha et pacha
Faites confiance à l’entêtement des fourmis
Pour vous libérer des sortilèges ennemis
Faites confiance aux oreilles de lapin
Pour connaître les vertus de la foudre de perlimpinpin
Faites confiance aux yeux du crapaud
Pour changer de vie et de peau
Faites confiance au vol de l’aigle
Et à l’ergot de seigle
Pour retrouver le ciel
La tête sur l’autel.

Lug 07-01-2022

vendredi 4 juin 2021

Hommage à Serge Bouchard


L’homme qui a vu l’homme qui a vu la Grande Ourse par les détours de sentier des étés sans fin.

Il nous a quittés pour le village de la Grande Ourse, l’homme qui a vu les hommes des authentiques témoignages des actes de leur vie. Ces véritables; parfois de simples natifs tendus vers nous dans les bras de Mère nature comme des fleurs de justesse, parfois des fondatrices et des fondateurs qui prenaient la mesure de nos vastes contrées non encore souillées par l’appât du gain et les vulgaires ruses appropriatives et expropriatrices, souvent des animaux qui savent parler aux hommes la langue qu’ils ont oubliée. 

À défaut de monter un mammouth pour parcourir les nécropoles de nos mémoires holocènes, il s’est astreint à parcourir notre Boréalie avec un vieux camion aux yeux jaunes de loup-cervier, question de retrouver les sentiers effacés des Ancêtres. Peshu, le Lynx tutélaire, lui a appris à jouer avec les mots, à bondir de modernité à Tradition et à conserver intactes ses fourrures.

Ils l’ont attendu les Oki des Premières Nations. Gulo Gulo, le carcajou, les avait avertis de sa présence à La Romaine. Il fut désigné pour réparer dans la mémoire vierge du territoire des Innus les estafilades laissées par la croix du père Joveneau. Cette croix qui dissimulait le phallus du côté sombre de Kwekwatshew défiant les anges glacés de l’interminable horizon du golfe. Il a su retrancher, le meilleur de notre Loki septentrional, ce grand prêtre des orifices, ouvrant les portes parthénogénétiques et transes historiques pour y déloger les grands troupeaux de mensonges et y faire pénétrer les vérités chantantes du pré historique.

Il me faudrait des pages de nobles écritures pour rendre justice à la richesse des conversations qu’il a eues au cours des années dans son cénacle composé d’amants de la liberté et de la simplicité originelle. 

Mais sache cher aède anthropologue que les sillons que tu as déterrés dans notre imaginaire collectif nous conduiront sur les chemins de Médecine de Makousham où – je crois - tu es allé retrouver la fille du chef. Et cet apport est plus noble qu’un Nobel.

Lug, 27-05-2021


samedi 8 mai 2021

Un monde idéal


J’ai déjà vécu dans un monde parfait où il n’y avait pas d’Idéal et encore moins d’idéaux ou d’idées fixes, dans la nudité d’une lumière sans mémoire et sans souvenir d’elle-même. En vérité, cet état n’avait rien à voir avec moi et qui que ce soit. Je n’ai pas non plus conscience de l’avoir quitté. Comment et pourquoi y retournerais-je maintenant que le poison de la recherche d’idéal coule dans mes déveines?

M’y voici donc dans le monde idéal; celui de la grimace et des limaces, de la production et de la consumation. M’y voici à m’envoler librement, lyriquement, amoureusement, mystiquement vers des plafonds dont j’ignore évidemment les couleurs dans l’enthousiasme de mes aveuglements. 

Et si l’idéal n’était qu’une question d’attraction? Faudrait peut-être le demander aux nephilims? Mais je crois qu’ils se sont desséchés depuis le temps et les filles de la Terre qu’ils ont aimées ne leur ont guère laissé le prestige de la paternité.

Un radis taoïste vous dira sûrement que l’idéal n’est que la brume du Tao. J’ai assisté bien sûr à quelques percées et effluves de nirvana, mais rien encore qui m’autorise à penser que c’était autre chose qu’une grimace du prince de la quête d’absolu si encore il existe.

Alors le monde idéal pour moi se trouve peut-être dans la giclée des risettes des enfants, la peur attachante des faons, la résilience des plantes et des bestioles et le retour de l’ange. Une effluve, l’haleine d’un vent sans attache, un Verbe sans syntaxe.

Lug Lavallée

samedi 3 avril 2021

Limon


Ma naissance comme semence
Comme gland avant la mesure du quand
Et le déploiement de l’espace dans les gorges de la soif

Et plus tard ce lin de conscience
Avec son visage d’automne et de terre
D’abandon aux souffles des bourgeons
Paumes vierges livrées à l’œuvre humide
Pour que s’écrivent toutes les mémoires 
Et les assonances des hautbois
Ne serait-il qu’une souche en devenir
Par laquelle passent les partitions de la forêt 
Faisant valser les nuages ?

Lug

mardi 23 mars 2021

Clin d’œil à Prévert en passant le temps


Mais oui da
Ouïe dada
Rien de plus aisé
Que de passer le temps
Cher Jacquot
Lapin de Paris
Dans les prés verts
Les prés vers
Sur un air de Kosma
Avant que ne disparaisse
Mon temps
À Montmartre
Avec Arletty
Et les pigeons
Ne pigeons pas
De quoi demain sera fait.
Mais ce temps qui passe
Cher Jacquot la Lune
Baïle des chiens et des chats
Et pourquoi pas des Petits Princes
De seins d’Héspéries
Emportant avec toi
Dans un désert trop blanc
Toutes les couleurs du jour
Exaspéré et exsangue
Du don de ses baisers
Aux mains maladroites
D’être encore palmées
Dans leur persistant manque d’imagination
Mais ce temps qui passe
D’outres en outre
Dans une tristesse animale
Ce temps qui passe
Et qui nous casse
Qui nous tasse
Pour un carré d’as
Nous lasse
Tant il sasse
Outrepasse
Lui répond
Le trou noir
Dans un Écho
Narcissique.

Lug

vendredi 6 novembre 2020

Dialogue avec Vigneault (chemin montant)




Dans la glaise de l’indéterminé
J’écris à la main
Qui jamais ne me répond vraiment

J’ai du mal parfois
Alors je consulte ses méridiens
Les mots me font souvent défaut
Les silences s’accompagnent de leurs faux

Le temps c’est ce vieux miroir
Exsangue de ceux qui sont venus y boire

Les poussières de l’ennui
Bouchent les moustiquaires de la nuit
De la nuit qui luit pour un oui

La chaise de ma grand-mère
Une catapulte à l’assaut
De la chaire de mon grand-père
Pour voir le jour s’allumer
Dans les ivoires de leurs souvenirs

Si l’hiver est un long dimanche
C’est que le repos et les changements de peaux
Sont des vers gravés sur des nuits blanches.

* Les vers 2, 4, 6, 8, 10, 13, 16 et 18 sont extraits du poème "Chemin montant" de Gilles Vigneault

Lug Lavallée

mardi 3 novembre 2020

L’eau tonne


L’eau tonne
Les pas mortels de dieux ensanglantés

Les trembles exultent les derniers vocables
Des langues ailées

Les fleurs ont vidé leurs outres
Après avoir donné le vin de toutes leurs infidélis

La terre est saoule jusqu’à lie
Les ruisseaux tranchent les artères du Temps
Le silence règne en despote dans son établi
La terre assume toutes les moiteurs.

Lug Lavallée

samedi 31 octobre 2020

Samaïn


Octobre
Ou Novembre
Passage
Des vivants et des morts
Échanges
De confidences
Dans un bouquet de feuilles mortes
Dernière moisson des sens
L’ange de l’étrange
Me tend Samain
Tous seins confondus.

Les citrouilles célèbrent les champs
Et le déclin de l’oranger
Les corneilles
Disputent les derniers reflets du jour
Aux corbeaux qui chantent la noirceur
La Terre remplit son encrier
Pour composer avec l’alphabet de la neige
Un nouveau chapitre des vivants et des morts.

Lug Lavallée

mardi 25 août 2020

Sixties

Syracuse 1968

J’avais dix ans

Encore tout mon temps

Bob Dylan, Eight miles High

Hurdy Gurdy Man, 

Cheveux aux vents

Quelques ruptures d’horizon

À l’occasion.

Robert Kennedy venait de mourir

Comme un trop lointain bruit de verre brisé 

Dans le ciel encore trop parfait de l’Amérique.

Michel Legrand lui dédia Celui-là.

L’Empire perdait du sang.

Les géants ne s’écroulent jamais en une seule nuit

Des décennies, des siècles parfois.

L’azur se teintait de roses froides.


J’avais dix ans 

L’été de ma première blonde

Tellement blonde celle-là

Que j’en oubliais les Black Panthers

Et le soleil qui cognait à ma fenêtre.

Elle vendait des frites

Mais mon cœur battait tellement fort pour elle

Que je n’entendais que lui,

Tellement qu’il enterrait

Le rythme des tambours des Indiens d’Amérique

Celui des vaudouisants dans les ghettos noirs,

Le vol agaçant des mouches,

La rage folle des marteaux-piqueurs,

Et les gargarismes des corvettes et des Harley Davidson.

Je n’entendais que lui pour ses yeux à elle

Et ses cheveux d’elfe.


Le temps de son absence me brisait les tempes

Mais j’avais appris l’art de réduire les distances

En la faisant apparaître chaque fois au bout de mes pensées

Mais que les ruelles et les rues avaient les jambes longues.


Qu’est-elle devenue ma vendeuse de frites?

Une agente d’immeuble ? 

Une chirurgienne dentiste ?

Une poseuse d’ongles ?

Une pianiste ?

Lay Lady Lay me tourne toujours dans la tête

Et il me semble parfois que dans la logique 

Des rendez-vous ratés et des avenues vierges

Hier est demain à deux mains!


Lug

mardi 14 juillet 2020

L’amour au temps de la covid-19


Je suis taillé pour le Far West. Alors moi les cas vides, ça me connaît. J’en profite pour me décharger. Covid-19, on dirait une marque de carabine. Ça sonne Remington, je ne sais pas pourquoi…N’empêche que le jour de la covid, je n’ai pas souffert de daltonisme et ma Mae West non plus qui m’a reconnu tout de suite dans le comptoir des pastèques, des bananes et autres fruits tropicaux. Il faut dire que nous étions tout à fait mûrs pour des vacances bien méritées. Vacances des media, de la production, de la circulation et de tout le tintamarre qui vient avec les hommes amoureux des chaînes. J’oubliais les masques… Moi habituellement quand je porte un masque, c’est pour violer une tire-lyre et vivre en suite…

Mais il y en a qui feront l’amour dans des sacs de polythène si la SS Santé publique le prescrit.

Donc le jour de la grande prescription, je me suis confiné avec ma belle pour socialiser avec les colibris tellement nous exhalions le nectar. Eh ma foi nous avons pris des couleurs. Beaucoup de couleurs printanières. Amenez-en des microbes, on les bouffe avec nos doigts de pieds. Nous avons redécouvert l’anal fait bête de nos voisins les singes qui retrouvent pouce par pousse un peu de la forêt qu’ils ont perdu depuis que les fous sont immobilisés sur la lige de tir des covid.

Par vagues successives, tantôt il n’y aura plus rien. Il ne restera que l’amour et la guerre comme ça toujours été les cas depuis que le monde est immonde. 

J’ai toujours pensé que l’amour était prospère en temps de guerre. Il me reste donc l’Ouest, les plaines infinies du couchant qui m’attend dans son haleine rose et bleue.

L’amour après la covid sera sous haute surveillance de Vénus et de Mars.

Lug

jeudi 25 juin 2020

Gestes


Il y a des gestes qui font vivre
Les premiers comme des filaments de lumière et d’algues
Coton, fabrique des nuages à songes,
Cocon des avenues en formation.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des appels des choses, véritable orgie de consentements
Au bout de nos premiers pas
Formes, animaux et végétaux.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des carabines au bout des mots
Petites et lointaines signalisations 
Pour hachurer l’espace et le temps.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des danses d’effluves, promesses de secrets à dévoiler
Tout l’itinéraire d’une persistante violence
Entre la rivière et l’école.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des balades vers des inconnus aux bras délétères
Des contrées à aimer
Des sourires à peupler.

Lug

dimanche 17 mai 2020

Hexagramme 56 : Le voyageur


Le Sage est celui qui n’a pas besoin d’ivoire pour voir.
Sa mémoire seule lui suffit
Il sait se maintenir dans la ponte éternelle
D’un jaune inépuisable aux yeux des nomades
Et qui donne aux éructations tues des montagnes,
Aux labiales des ruisseaux et des rivières
Leurs jeux d’ombres, de lumières et de couleurs.
Comme l’aigle solaire immobile dans ses pensées
Ses vents, ses eaux et ses éléments
Il sait toutes les trajectoires, les envies et leur destin,
Les auberges et les ponctuations des routes de l’existence.
Le Sage est l’hôte de tous les voyageurs
Qui cherchent tous ce qui est
Et qu’il n’est nul besoin de chercher au risque de le perdre
Puisque pour le vrai voyageur l’univers dispose de toute l’éternité 
Pour se dérouler devant ses yeux!

Lug

mardi 21 avril 2020

Météo



Aujourd'hui, malheureusement, quoi que ça dépend de qui de quoi, je me sens!
Je me sens la gorge usée par les cris des météorites qui ne veulent plus retourner au ciel
parce qu'il leur reste du temps, parce que tout comme moi, elles aiment ça faire du temps 
Tisser du temps avec l'haleine des étoiles... 
Mettons, moutons-y du berger!
Non, mais c'est tu vraiment important comment je me sens?
Ah les bergers, ces gardiens des rives du ciel et de la Terre interdites aux virus!
Je me sens fou hurlant avec l'empire du binaire, 
Avec la nouvelle papauté maçonnique
Les regards des satellites qui nous espionnent sans cesse
Et les mots dits mous thons noirs qui nous dénoncent
Disons que je sais mieux à qui j'ai affaire et je cultive mieux mes coings et mes points 
Aussi mes coins et mes poings
Mais moi avec ma douce
Je me confine
Et nous comptons encerclés d'enfants et d'animaux heureux les quenouilles
Qui éclaireront comme des torches les nuits d'août 
Dans le grand silence des festivités
Je me sang froid et chaud à la fois!.

Lug



vendredi 31 janvier 2020

Littoral Rimouskois


De ciels en ciels,
Rimouski déserté par ses élans
M'invite à y chanter son ermitage
Comme une complainte que le vent dépose
Au creux
Des coquillages et des passants.

Encastré dans l'inattendu,
L'oublié,
Le Rocher Blanc,
Dénudé et altier,
Veille sur ses secrets.

Sur sa cime, le doux bruissement de la frange des nuages
Les traces d'une assemblée de druides
Devisant l'avenir d'un passé omniprésent.

Le long du littoral,
Le cycle se renouvelle
Les capelans viennent s'éventrer sur la grève
L'argent et le mercure se mêlent
S'écaillent
Minuscules boucliers de Voie lactée.
Les pierres du rivage s'embrument
Indifférentes dans leur tristesse 
Aux baisers ensanglantés du fleuve.

À proximité de ce silence, 
Un enfant né géomancien
Dessine l'horizon du dedans sur le sable coupant.
Mais de cils en cils,
L'angoisse du départ
Alourdit
Les paupières de l'âme.

Trop tôt, la route
Les lumières de la ville
Aiguillonnent nos arêtes.

Rimouski s'éveille sous la poussière orangée du couchant.

Lug Lavallée

vendredi 3 janvier 2020

Littoral de Saint-Anne


Les sables fins de Sainte-Anne
Cheveux blonds, chevaux de mer
Partis en cavale dans les siècles déposés des rivages
Avec mes rêves engloutis
Concassés lors des derniers déplacements
De la Grande Tortue.

Aquarelles, opales coagulées
Des lointains maritimes
Des algues d’un cœur
Ouvert à toutes les  impossibilités
Sous le bleu muet du ciel insulaire.

Rivage de Sainte-Anne
Longue chevelure elfique
Distillant le bleu de l'or.

Lug Lavallée

samedi 30 novembre 2019

Ensemencement

Mourir...
Et si c'était
Vivre
Avec d'autres yeux
D'autres mains
D'autres pas
Dans un arpent de soleil.

Lug Lavallée