Aucun message portant le libellé Gérard Manset. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Gérard Manset. Afficher tous les messages

vendredi 9 mars 2018

Y'a une route


Y'a une route.
Tu la prends. Qu'est-ce que ça te coûte?
Y'a une route.
Y'a même un chien qui court,
La tête entre les mains.
Y'a une route.
Tu sais, y'a pendant des années
Des gens qu'ont vécu le dos tourné
Sur une route abandonnée
Avec des marronniers sauvages
Qui jettent leurs fruits plein le paysage.
Y'a une route comme une blessure.
On verrait l'os de ton visage.

Y'a une route.
Y'a une route
Avec des champignons qui poussent
Et qui font la neige et la mousse.
Y'a une route qui coupe la brousse.
Y'a une route emplie d'oiseaux
Aux yeux malades
Qui regardent vers l'équateur
D'où vient la fumée qui fait peur,
D'où vient la fumée qui fait peur.

Y'a une route.
Y'a une route.
On marche dessus. Y'a pas de tapis
Y'a des fleurs comme des anémones
Qu'attendent la pluie.
Y'a une route.
Tous les dix ans, y'a un marin
Qui jette l'ancre au café du coin,
Qui parle de voyage et plus loin,
Après la route, faut prendre le train.
Tu descends dans le petit matin
Avec ta valise à la main.
Y'a tellement de bruit que t'as plus d'oreilles
Pendant que la fumée mange le ciel.

Puis finalement tout est pareil parce que
Y'a une route.
Tu la longes ou tu la coupes.
Tu t'allonges et te passe dessus
Ou tu te lèves et on te tire dessus.
Y'a une route. C'est mieux que rien.
Sous tes semelles c'est dur et ça tient.

Gérard Manset

samedi 11 mars 2017

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?


Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé d'écrire,
Cesser de lever les yeux,
Cessé de relire.
Dans le parc, devant la grille,
Les hommes arrivent
Et juste une trace de pas
Le long des rives,
Juste une trace de pas
Le long des rives.

Depuis bien longtemps,
Je ne dirige plus les musiciens.
Depuis bien longtemps,
Laissé pendu l'habit de magicien
Dans le parc, devant la mer.
Les robes blanches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches,
Enfants fragiles comme du verre,

 Jouent sous les branches...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure.

Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé de vivre,
De toucher du bout des doigts
La tranche des livres.
Dans le parc, devant la rive,
Des bruits étranges,
Bruissements d'ailes, lumières,
Cheveux des anges,
Le bruissements des ailes, les lumières,
Les cheveux des anges...

Depuis bien longtemps déjà,
Le seul souvenir
D'une miette de vie encore
Que je respire,
Dans le parc devant l'allée,
Le vide immense.
Bruits des pas sur le gravier,
De mon enfance,
Les bruit des pas sur le gravier,
Les ombres dansent...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure,
Et leur parfum, au loin, demeure

Gérard Manset