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mardi 17 avril 2018

La nature du cœur humain


Ts'oei-kiu demanda à Lao-tan :
- Comment gouverne-t-on les hommes, sans agir sur eux ?
Lao-tan répondit :
- En ne faisant aucune violence à leur cœur. Le cœur de l'homme est ainsi fait que toute oppression l'abat, que toute excitation le soulève. Opprimé, il se pétrifie ; excité, il s'emballe. Tantôt il plie ; tantôt il se raidit. Parfois il brûle comme le feu, parfois il devient froid comme la glace.
Le mouvement du cœur est si rapide que le temps d'incliner et de relever la tête, il s'en est allé jusqu'au bout des Quatre Mers et en est revenu. Lorsqu'il est au repos, il est insondable comme l'abîme. Lorsqu'il se met en mouvement, il est aussi libre et incontrôlable que les corps célestes.
Fier de sa liberté et, et ne se laissant dompter par personne, telle est la nature du cœur humain.

Tchouang-tseu

samedi 7 avril 2018

Bon à rien


Vos théories, dit Hoei-tseu à Tchouang-tseu, témoignent de votre intelligence, mais elles n'ont aucune valeur pratique ; aussi personne ne s'y intéresse, tel un grand ailante, dont le bois fibreux ne peut se débiter en planche et dont les branches noueuses ne peuvent servir à quoi que ce soit.
- Tant mieux pour moi, répondit Tchouang-Tseu, car tout ce dont on peut faire usage périt par cet motif même. La martre a beau utiliser mille stratagèmes pour échapper aux pièges, elle finit par être tuée car sa fourrure est recherchée. Le yak, pourtant si puissant, finit par être tué, sa queue servant à confectionner des étendards. Tandis que l'ailante, auquel vous me faites l'honneur de me comparer, pousse dans un terrain stérile, grandit autant qu'il veut ; il offrira son large ombrage au voyageur et au dormeur, sans crainte de la hache, précisément parce que, comme vous le dites, il n'est propre à aucun usage. N'être bon à rien, n'est-ce pas un état dont il faudrait se réjouir ?

Tchouang-Tseu

jeudi 5 avril 2018

Vérité intérieure


La vérité intérieure c'est la simplicité, la sincérité, la droiture que chacun porte en lui. Cela seul influence les hommes. Personne n'est touché par des paroles abondantes, par des larmes excessives. Les sentiments véritables se communiquent à autrui sans l'artifice de la parole ni du geste. Ils expriment alors la vérité intérieure de l'être. D'elle, naissent toutes les vertus, l'affection des parents et la piété des enfants, la loyauté envers le prince, la joie communicative dans les festins, la compassion sincère lors des funérailles. Ces sentiments sincères n'ont rien d'artificiel, tandis que les rites dans lesquels vous prétendez enserrer tous les actes de la vie sont une comédie. La vérité intérieure est la part que chaque homme a reçue avec la nature.

Tchouang-tseu

mercredi 24 mai 2017

Oies sauvages


Les oies sauvages n'aspirent pas à projeter leur reflet.
L'eau n'aspire pas à recevoir leur image.

Tchouang-Tseu

samedi 8 novembre 2014

Le pays du grand silence

Cesse de vouloir être important ;
Que tes pas ne laissent aucune trace.
Voyage seul comme le Tao
au pays du grand silence.

Si un homme traverse une rivière
et qu’une barque vide
heurte sa propre embarcation,
il ne sera pas offensé ou courroucé,
quel que chaud que puisse être son sang.
Mais si la barque est dirigée par quelqu’un,
il se peut qu’il s’échauffe, hurlant et jurant,
simplement parce qu’il y a un rameur.

Prends conscience que toutes les barques sont vides
quand tu traverses la rivière du monde,
et rien en pourra t’offenser.
 
Tchouang-Tseu, traduction de Stephen Mitchell, le 2ème livre du Tao

mardi 4 novembre 2014

Le droit chemin vers la liberté


Affranchis-toi de la réussite
et réjouis-toi d’une vie ordinaire.
Coule comme le Tao, sans entrave,
invisible, anonyme,
sans but, sans attente.
Sois comme un enfant, comme un fou.


Sache qu’il n’y a rien à savoir.
C’est le droit chemin vers la liberté.

Tchouang-Tseu, traduction de Stephen Mitchell, le 2ème livre du Tao

lundi 3 novembre 2014

Le pivot du Tao

Tchouang-Tseu rit:

L'endroit où le ceci et le cela
ne sont pas opposés l'un à l'autre
est appelé le "pivot du Tao".
Quand nous trouvons ce pivot,
nous nous retrouvons au centre du cercle,
et nous restons assis là, sereins,
tandis que le Oui et le Non se poursuivent l'un l'autre
autour de la circonférence, sans fin.

Stephen Mitchell commente:

L'esprit ne peut créer le bien et le mal qu'en comparant. Retirez lui la comparaison et ces notions disparaissent aussitôt. Ce qui subsiste, c'est l'inconnu à l'état pur : sujet insaisissable, objet insaisissable, et la lumière du Tao qui s'écoule au travers.

Le pivot du Tao, c'est l'esprit libre de ses propres pensées. Il ne croit pas que le ceci soit un ceci et que le cela soit un cela. Laissez le oui et le non courir autour de la circonférence vers une ligne d'arrivée qui n'existe pas. Comment pourraient-ils s'arrêter de vouloir gagner dans la controverse de la vie si vous ne nous arrêtez pas. Quand vous le faites, vous prenez conscience que vous étiez le seul à courir. Oui, c'était vous. Non, c'était vous, la circonférence toute entière avec ses banderoles de couleur, les majorettes et la foule frénétique, c'était vous aussi.

Au centre, les yeux s'ouvrent et c'est à nouveau la fraicheur du premier matin. Il n'y a rien qui vous limite et personne qui ne trace de circonférence. En réalité, il n'y a personne, pas même vous.
Stephen Mitchell, le second livre du Tao

samedi 18 octobre 2014

La mort n'est pas sérieuse


Le maître marche sur terre à pas légers.
La vie n'est pas sérieuse pour lui,
et la mort n'est pas sérieuse.
Même si le monde s'écroulait,
cela ne le dérangerait pas.
Il comprend ce qui est essentiel.
Il est retourné à la source.
Tchouang-Tseu, traduction de Stephen Mitchell, le 2ème livre du Tao