dimanche 26 août 2018

La marée des rêves

Sur les lèvres muettes du temps
je lèche le sel chaque nuit déposé
par la marée des rêves.

samedi 25 août 2018

Une main qui donne


L'art est comme la prière, une main tendue dans l'obscurité qui veut saisir une part de grâce, pour se muer dans une main qui donne.

Franz Kafka

mardi 24 juillet 2018

Dépouillement

Dans la lumière immobile du matin
le vent, cet insolent
me dépouille de tous mes regrets.

lundi 23 juillet 2018

Eclairage

La nuit fait un écrin
à ton sourire — 
tes yeux éclairent le chemin.

dimanche 22 juillet 2018

Voile de silence

Le silence comme un voile
sur tes épaules —
ensemble, nous regardons l'horizon.

samedi 21 juillet 2018

Verre de vin

Un verre de vin avec toi — 
tout le sac et le ressac de la mer bleue
en dedans.

jeudi 19 juillet 2018

mercredi 18 juillet 2018

Solitude

En pleine chaleur -
Que je pleure ou que je ris
Toujours aussi seul.

Santoka

mardi 17 juillet 2018

lundi 16 juillet 2018

Légèreté

Rien qui m'appartienne 
Sinon la paix du cœur 
Et la fraîcheur de l'air. 

Issa

dimanche 15 juillet 2018

Allures d'éternité


L’instant en sa présence
A des allures d’éternité

Passionnément intense
On se doit de l’honorer
Elle est la quintessence
Sacrée des sens éclairés
Intime du grand silence
Elle sait le faire parler

Stéphen Moysan (https://www.eternels-eclairs.fr/stephen-moysan.php)

samedi 14 juillet 2018

La Marseillaise


La ville de mes pères
grand-pères et oncles
l'école de ma mère
de mes tantes là où
nous dansions sous le préau
mimant des comptines au parfum de fleur
Fougères bâtie sur la pierre
le Château d'Isle et Vilaine
au son et lumière
le soir couchée dans mon lit
je suivais l'histoire des croisades
elles semblaient traverser ma chambre
et puis il y a eu ce quatorze juillet
nous étions invitée ma mère et moi
chez une amie de collège de celle-ci
nous montâmes la rue de la Pinterie
longeâmes les douves du Château
passâmes sur les ponts et sous
les tonnelles du jardin public
d'où on apercevait en contrebas sur la falaise
la maison de mon grand-père
essoufflées toutes deux nous grimpâmes
les trois étages de bois grinçant et rieur
de notre hôte
je réalisais alors que le jupon
de ma mère ce jour-là dépassait
elle y avait ajouté un ruban tricolore
coquette patriote d'une révolution en marche
dehors la fanfare éclatait
je me penchais alors à la fenêtre
aux volets claquants et restais là
médusée  émerveillée
sous mes yeux
un grand navire aux voiles tricolores
voguant sur une marée humaine
s'agitant d'un édifice à l'autre
la foule entonnait la Marseillaise
dans mon cœur d'enfant j'associais alors
 ma mère et ce chant de rassemblement
la Marseillaise c'était elle
avec son jupon à cocarde

Cygne blanc

vendredi 13 juillet 2018

Espérance


J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Andrée Chedid

mercredi 11 juillet 2018

Repos

Parfois, la chose la plus importante de votre journée est le repos que vous prenez entre deux respirations profondes.

Etty Hillesum

mardi 10 juillet 2018

Rayon d'or

Nous rions, nous trinquons. En nous défilent les blessés,
Les meurtris ; nous leur devons mémoire et vie. Car vivre,
C’est savoir que tout instant de vie est rayon d’or
Sur une mer de ténèbres, c’est savoir dire merci.


François Cheng

lundi 9 juillet 2018

Vient le jour


Vient le jour où la vie ressemble enfin à la vie.
Où l’ombre et la lumière jaillissent
du même instant d’éternité
que délivre l’éphémère.

Vient le jour où la joie et le tourment
la grâce et la détresse, l’amour et l’absence
font un.

Vient le jour qui arrête l’attente.

Hélène Dorion

dimanche 8 juillet 2018

Si proche et si lointaine

Portrait du rien qui nous rassemble et nous défait sans trêve tandis que la nuit s'étend à tes pieds rougeoyante presque lascive invitante et que nos jours raccourcissent déjà dans une fuite éperdue vers le lointain, souvenir d'une absence où tu te tenais souriante, ébauche d'une présence où tu disparaîtras souveraine - que reste-t-il donc des grains de lumière que nous semions hier dans la terre noire pour éclairer demain ?

samedi 7 juillet 2018

Comme des chevaux sauvages...


Nous arrivons échevelés
comme des chevaux sauvages
l'écume à la bouche
les sabots ensablés
dans la nuit des temps

une lune d'émeraude
coiffant notre troisième œil

les sons d'une harpe ruissellent
le long de nos échines
tel un manteau de rosée
couvrant nos flans frémissants

attelés d'immensité
nos corps réclament
l'eau vierge
l'inaltérable
l'eau vive
l'immuable
celle qui court dans nos veines
gardienne de nos mémoires

nous repartirons
nos sabots éclaboussés
du flot des rivières
nos crinières tressées d'azur
une étoile d'or au plexus
sans mors  sans bride
chevauchés d'archanges

Cygne blanc

vendredi 6 juillet 2018

Se contenter d'être


Il faut oublier des mots comme Dieu, la Mort, la Souffrance, l’Éternité. Il faut devenir aussi simple et muet que le blé qui pousse ou la pluie qui tombe. Il faut se contenter d'être.

Etty Hillesum

jeudi 5 juillet 2018

Résistance

Nous résistons si fortement à ce qui nous invite à renaître, alors que nous appartenons à ces recommencements comme la vague à l’océan.

mardi 3 juillet 2018

Portes du ciel

Je m'encre dans ton coeur
Tu m'ouvres les portes du ciel
Nous cheminons
L'âme et les pieds nus

Ensemble et séparés
Nous voyageons sans but
Nous laissant portés par la route
En savourant chaque pas

Tu t'ancres dans mon cœur
Je t'ouvre les portes du ciel
Tu dis je et je dis tu
Nous sommes deux
Et nous sommes un

Unis par la nuit
Déliés au soleil levé
Nous chantons à l'unisson
En écrivant notre propre symphonie

Nous nous ancrons dans nos cœurs
Nous nous ouvrons les portes du ciel
Je,tu, nous... Différents
Infiniment reliés

Sarabacha

lundi 2 juillet 2018

Naitre


Nous sommes appelés à sortir de nos cachettes de poussière, de nos retranchements de sécurité, et à accueillir en nous l'espoir fou, immodéré d'un monde neuf, infime, fragile, éblouissant. Naître...

Christiane Singer

dimanche 1 juillet 2018

Mon oiseau


Si mon ciseaux
était un oiseau
il découperait les nuages
ferait du bleu
un ruban pour tes cheveux
une robe de mariée
un voile amarrée

si mon oiseau
était un ciseaux
il découperait les barreaux
de sa cage
ferait des fleurs
un bouquet de bonheur
il taillerait en ribambelles
les hirondelles de juin
sur un ciel d'aquarelle

Cygne blanc

samedi 30 juin 2018

Rencontre


La rencontre est le but et le sens d'une vie humaine. Elle permet qu'on ne la traverse pas en somnambule. Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m'auront ému, troublé, éclairé. Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre, l'illumine, le rend vivant. Il capte une lumière et la renvoie. C'est quelque chose de rare. La richesse de cette vie est faite surtout de visages et de quelques paroles.

Christian Bobin

vendredi 29 juin 2018

Je perds pied


Je perds pied
comme une échappée
envoûtée de transparence

les volutes dérobées des cheminées
tracent à l'encre noire
le travail d'une ville
sur les rails quotidiennes

je perds pied
comme une échappée
envoûtée de transparence

sur les rails de la ville poussent
des hommes des femmes
des enfants
des animaux  des arbres où
la fleur la prière
l'oiseau
tracent dans l'innocence bleutée
le soleil de demain
comme une échappée

Cygne blanc

jeudi 28 juin 2018

Chiffon rouge

Il n'est qu'un jour et qu'une nuit, toujours recommencés depuis le début de l'éternité. Ils ne semblent multiples que parce que nous en sommes absents, nous tenant au bord du gouffre qu'ils dessinent comme un équilibriste sur son fil contemplant la chute vertigineuse dans laquelle il s'abolira tôt ou tard. Pourtant, quand tu poses tes lèvres sur les miennes, c'est toujours le matin et quand tu te détournes de moi, le crépuscule revient. Quand tu danses devant moi sans voiles, il est midi et quand je te cherche partout sans te trouver, je me perds dans mon propre minuit. Quoi, que dis-tu mon Aimée ? Ah ! Je devrais me taire au lieu de livrer ainsi nos secrets en place publique. Mais tu le sais bien : mes mots sont le chiffon rouge que j'agite devant le taureau du silence.

mercredi 27 juin 2018

Agnosia


Quelque chose cherche à naître.  Mais je ne sais pas ce que c'est. Je ne pars jamais d'un savoir. Il n'y a pas de savoir possible. Le vrai n'est pas un savoir.

Bram Van Velde

mardi 26 juin 2018

Grain de sable


Voir le monde dans un grain de sable,
Un ciel dans une fleur des champs,
Retenir l'infini dans la paume des mains
Et l'éternité dans une heure.

William Blake

dimanche 24 juin 2018

Feu du matin


Sur le bord de la route, un vaillant coquelicot — dont le poète a beau jeu de nous rappeler qu'il est trace de l'amour non-né sur terre — tente sa chance. Pourquoi ne capterait-il pas, après avoir tout bravé, dont la promesse de l'ombre de ne jamais le quitter, un éclat du soleil de ton sourire pour briller à la vie, tendrement fugitif ? Il y a quelque chose de la nuit dans ton regard qui m'incite à y plonger pour trouver la perle, et quelque chose du matin sur ta bouche, que je ne peux m'empêcher de cueillir.

samedi 23 juin 2018

Loups de vie


Ce ne sont pas les livres qui m'intéressent mais ce dont les livres sont la trace. C'est cette trace qui m'intéresse, et le passage qu'elle dit, la traversée d'une vie vivante, déchirante de vie vivante, le passage des loups de vie dans les forêts du monde. La littérature, je m'en fous.

Christian Bobin

vendredi 22 juin 2018

L'étoile a pleuré rose

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles, 
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ; 
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles 
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Arthur Rimbaud

jeudi 21 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Approcher l'épice


Cesse de croire que tu es ce que tu penses. Tu n’es pas ce que tu penses. Cesse de réduire ton être à la dimension de ton crâne. Le sentir seul peut approcher l’épice. Sers-toi de tes yeux, de tes oreilles, de ton goût, de ton odorat, de tes mains. Respire, respire, et laisse-la entrer.

Henri Gougaud, Les sept plumes de l'aigle

mardi 19 juin 2018

L'amour qui nous fonde


Cette puissance infiniment supérieure à l'homme et qui – mystère vertigineux – n'est agissante sur terre qu'à travers l'homme qui l'accueille ou le corps qui l'incarne, cette puissance ou mieux cette présence ineffable et fragile, c'est l'amour qui nous fonde.

Christiane Singer

lundi 18 juin 2018

Soleil levant de l'invisible


Bien avant d'être une manière d'écrire, la poésie est une façon d'orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l'invisible.

Christian Bobin

dimanche 17 juin 2018

Douleur du monde

Sais-tu entrer dans la douleur 
   du monde de toute ton âme,
Pareil au papillon de nuit
   se jetant dans la flamme ?

François Cheng

samedi 16 juin 2018

Gestation essentielle

Porter jusqu'au terme, puis mettre au monde, tout est là. Chaque expression, chaque germe de sentiment, le laisser mûrir en soi, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, ce qui est inaccessible à l'entendement.

Rainer Maria Rilke

vendredi 15 juin 2018

Rencontre de la beauté

Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid. Ta lampe est rose, le vent brille. Le seuil du soir se creuse.

René Char

jeudi 14 juin 2018

Neuve partance

Le Vide. C'est alors qu'au fond de soi
S'ouvre à nouveau la Voie qui du Rien
Avait fait naître le Tout, où la vie
Vécue se découvre en neuve partance.

François Cheng

mercredi 13 juin 2018

Simplicité du ciel


Aux enfants on apprenait jadis 
que Dieu est dans le ciel. 
Mais qui leur apprendra que le ciel est sur terre , 
partout étincelant dans les choses simples ?


Christian Bobin

mardi 12 juin 2018

Vie intégrale


Mais plus que mode de connaissance, la poésie est d’abord mode de vie - et de vie intégrale. Le poète existait dans l’homme des cavernes, il existera dans l’homme des âges atomiques parce qu’il est part irréductible de l’homme. 

Saint-John Perse

lundi 11 juin 2018

Silence qui parle

Le silence parle aussi. Mais si on ne sait pas être silence au-dedans, on ne pourra jamais entendre le silence qui parle.

Henri Gougaud

dimanche 10 juin 2018

Voir la vie

Seuls les artistes et les enfants voient la vie telle qu'elle est.

Hugo Von Hofmannsthal

samedi 9 juin 2018

Pour le baiser définitif


Je t’ai cherchée 
Dans tous les regards, 
Et dans l’absence des regards, 
Dans toutes les robes, dans le vent,
Dans toutes les eaux qui se sont gardées, 
Dans le frôlement des mains, 
Dans les couleurs des couchants,
Dans les mêmes violettes,
Dans les ombres sous les hêtres, 
Dans mes moments qui ne servaient à rien,
Dans le temps possédé,
Dans l’horreur d’être là, 
Dans l’espoir toujours
Que rien n’est sans toi, 
Dans la terre qui monte
Pour le baiser définitif, 
Dans un tremblement
Où ce n’est pas vrai que tu n’y es pas.


Guillevic

vendredi 8 juin 2018

Marche en avant



Il y a, dans notre marche en avant, quelque chose du désir amoureux, de la curiosité de l’amour, même quand nous recherchons la solitude de la forêt ou le calme des sommets ou une plage vide sur laquelle vient s’échouer la frange argentée d’une mer bruissante. Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s'il ne s'agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s'arrête et nous fixe dans l'obscurité. Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu'elle a de décisif, ce n'est pas l'étreinte mais la rencontre.

Hugo Von Hofmannsthal

jeudi 7 juin 2018

Manque d'air

Salvador Dali : prémonition de la guerre civile

Le temps soudain se resserre et voilà que je manque d'air ; l'espace me fuit et je tombe dans mon propre vide. Il n'est rien là, plus même de flacon où enfermer l'ivresse - il n'est plus rien là que moi, tout nu, assujetti à mon miroir.

mercredi 6 juin 2018

La terre


La terre se secoue
de tous ses océans
de tous ses feux
de ses quartz
de ses anges

la terre tremble
de tous ses êtres
de ses vivants de ses morts
de ses mort-nés de ses mort-vivants
de ses colombes

la terre appelle le secours
de ses lunes de ses étoiles
de son phénix
ses nuits sont désormais plus longues
que ses jours

le soleil lui a offert sa dernière extase

Cygne blanc

mardi 5 juin 2018

Aube d'une nouvelle clarté


Tu dois donner naissance à tes visions. Elles sont faites du futur qui attend sa naissance. Ne crains pas le sentiment étrange qui t'habite. Le futur doit vivre en toi bien avant qu'il ne survienne. Tu n'as qu'à attendre la naissance, l'aube d'une nouvelle clarté.

Rainer Maria Rilke

lundi 4 juin 2018

Pas à pas

Je ne sais où je vais mais j'y vais d'un pas lent qui prend le temps par la main, l'embrasse doucement, le rend à la caresse du vent. Il n'est rien là devant moi que les remugles inéluctables du passé qui cherchent à nous retenir en falsifiant demain, et la danse des ancêtres qui prête vie aux ombres grinçantes. J'aurais aimé que tu m'accompagnes jusqu'à l'extrémité acérée de cette solitude qu'on appelle existence : comme un ponton de bois qui avance au milieu de l'océan houleux, elle prend pied au cœur du mystère, nous invitant à plonger. Avec toi, cela aurait été facile de mourir puisque de toute façon, c'est là que nous irons, au rendez-vous que nous a fixé depuis toujours l'immensité patiente, souriante.

dimanche 3 juin 2018

Danse des libellules


L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse, la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse...

Christian Bobin

vendredi 1 juin 2018

Rien à quoi s'aggriper


Le maître se donne
à tout ce que l'instant apporte.
Il sait qu'il va mourir,
et rien ne lui reste à quoi s'agripper : 
pas d'illusions dans l'esprit,
pas de résistances dans le corps.
Il ne réfléchit pas à ses actions : 
elles jaillissent de la profondeur de son être.
Il ne refuse rien de la vie ;
ainsi est-il prêt pour la mort,
comme un homme est prêt à dormir,
après une bonne journée de travail.

Tao-Te-King (adaptation par Stéphen Mitchell)