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vendredi 9 octobre 2015

Telesphoros


Le temps est un enfant — jouant tel un enfant — comme sur un échiquier — le royaume de l'enfant. C'est Télesphore qui erre par les régions sombres de ce cosmos et qui luit comme une étoile s'élevant des profondeurs. Il indique la voie vers les portes du soleil et vers le pays des rêves.
Texte gravé dans la pierre par Carl Jung à Bollingen

dimanche 27 septembre 2015

Enfant prodigue


L'enfant prodigue, s'il revient, ce n'est pas pour demander l'asile d'un pardon. S'il entre dans la maison, c'est avec, à ses bras, la lumière d'une folie conquise à mains nues dans l'ardeur d'une mort.
Christian Bobin

mercredi 16 septembre 2015

Immensité


Les enfants sont comme les marins: où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense.

Christian Bobin

jeudi 6 août 2015

La petite fille


C'est moi qui frappe aux portes,
aux portes, l'une après l'autre.
Je suis invisible à vos yeux.
Les morts sont invisibles.

Morte à Hiroshima
il y a plus de dix ans,
je suis une petite fille de sept ans.
Les enfants morts ne grandissent pas.

Mes cheveux tout d'abord ont pris feu,
mes yeux ont brûlé, se sont calcinés.
Soudain, je fus réduite en une poignée de cendres,
mes cendres se sont éparpillées au vent.

Pour ce qui est de moi,
je ne vous demande rien :
il ne saurait manger, même des bonbons,
l'enfant qui comme du papier a brûlé.
Nâzim Hikmet


dimanche 31 mai 2015

Entre ciel et terre

Sur le banc un ballon
L'enfance au jardin

La lune danse dans mes mains
Pleine

Mon ventre rond
Au reflet d'éden
Précède ta venue

Enfant Solaire
Au jardin suspendu
Cygne blanc

dimanche 19 avril 2015

Enfant prodigue

L'enfant prodigue, s'il revient, ce n'est pas pour demander l'asile d'un pardon. S'il entre dans la maison, c'est avec, à ses bras, la folie d'une lumière conquise à mains nues dans l'ardeur d'une mort.
Christian Bobin

jeudi 9 octobre 2014

La beauté du monde


Je marche dans le royaume. Je m'incline devant ces princes flamboyants que sont les arbres parés de leurs couleurs d'automne. Je ris avec la cour attentive que forment les corbeaux qui commentent mon passage. Je me laisse avec eux porter par le souffle puissant du vent qui soulève mon cœur comme feuille morte bientôt rendue à l'humus — que n'ai-je su plus tôt me livrer ainsi à la danse légère de la vie ! Soudain, tout se tait et l'espace resplendit car voilà la royale présence qui s'avance sous les traits d'une enfant aux grands yeux écarquillés devant la beauté du monde.

jeudi 11 septembre 2014

L'enfant du silence

(Entre toi et moi, suite...)

L'enfant du silence dort profondément entre toi et moi. Ta présence, quelque part dans cet univers, le rassure; ton absence, presque tangible entre nous, exaspère quelque chose qui n'a pas de nom et se cherche rageusement. Quand l'enfant gémit et s'agite un peu, je caresse tendrement son front et j'interroge doucement ses rêves avant de les libérer. Ils s'envolent alors dans un grand bruissement d'ailes qui brassent le temps et, comme un troupeau d'oie sauvages aiguillonnées par la promesse d'un nouveau printemps au-delà de l'horizon, ils disparaissent bientôt de ma vue. Je reste seul et tranquille dans cette vacance qui recueillera la rosée de ton sourire quand l'enfant, enfin, se réveillera.

vendredi 8 août 2014

Tous des enfants

Parce que nous avons tous été des enfants et que nous mourrons tous, je voudrais être bon avec chacun.
Christian Bobin, le Christ aux coquelicots

mercredi 6 août 2014

Oeuf de cendres

Et lorsque tu regarderas en  toi, tu le verras, l'enfant dans son œuf de cendres, celui que mes larmes ont conçu, celui que mon sang achèvera de parfaire.

L'enfant broyé par une roue solaire, étourdi par la soudaine nostalgie de tout.

Christian Bobin, Le baiser de marbre noir

Anthropophagie

Voici le temps du dernier homme. Il se dévore lui-même. Il cuit à petit feu au bureau, à l'usine, en tous ces lieux où la vie racornit à force de se perdre à se gagner. Il se découpe en morceaux jacassants qui gisent épars sur la tombe de ses rêves, chaque matin assassinés. Il remplit le vide qu'il est d'images mortes qui dansent sur des écrans désespérément plats. De l'homme, il ne reste plus rien qu'un regard d'enfant perdu flottant dans l'air, hypnotisé, absorbé par un spectacle dont il est absent.

jeudi 31 juillet 2014

La vie commence maintenant


Pluie d'été. Pourquoi la vie ne sent elle pas toujours aussi bon que dans ces moments où la fraicheur du ciel épouse la chaleur de la terre ? Un sourire d'enfant flotte dans l'air tendre. Où que je me tourne, ses yeux brillants me murmurent : la vie commence maintenant.

lundi 28 juillet 2014

J'irai jusqu'à ce point inédit du silence




J'irai jusqu'à ce point inédit où silence et paroles se confondent en un seul souffle, en un unique corps vibrant. Pour cela, je remonterai la rivière du doute jusqu'à sa source mystérieuse. Je franchirai un à un les contreforts de l'enfance sans rien en oublier; je ramasserai les jouets égarés pour les ranger en ordre de bataille, je sécherai les larmes en  flaques multicolores répandues, et enfin j'érigerai un autel secret pour rendre au soleil sa dignité. Alors peut-être serai-je prêt à redescendre de la montagne, et m'en venant vers toi, je sourirai…