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vendredi 6 avril 2018

Touareg


J'écris touareg
dans mon journal de bord
se dresse alors une silhouette 
à contre-jour 
sa peau est plus sombre
que le cuir
de son chameau 
ses yeux d'obsidienne
ourlés de khôl
aux si profonds tunnels
qu'on imagine une étoile
s'y baigner
il a les traits du soleil
couchant
son turban bleu 
déroule l'horizon
dans un vent de cobalt

le petit coup sec de son fouet
commande à sa monture de s’asseoir
je demeure là 
observant le frêle équipage
s'agenouiller à mes pieds

l'homme tend sa gourde
me fait signe de m'abreuver
une source fraîche au parfum d'oranger
coule en moi 
je ferme les yeux
la nuit tombe
face à moi cet inconnu
sa monture
son odeur âcre de cuir
se mêlant à la douceur des figues

sur les pages de mon journal
les grains de sable
d'un marchand de bonheur

Cygne blanc

lundi 26 mars 2018

Accoucher de l'oasis

Aucune vie ne saurait être précieuse si on ne sait pas rêver, aucun mirage ne saurait accoucher de l'oasis si on ne sait pas déceler dans la nudité du Désert de quoi habiller notre âme et épurer notre esprit.

Yasmina Khadra

lundi 5 février 2018

Nudité du désert


Le désert est une femme nue qui se prélasse, fière de la beauté de ses rondeurs, brûlante sous un soleil de feu. Cette femme nue est indifférente aux regards, et de ses superbes formes naissent le désir. Sa nudité éveille les passions endormies, elle nous dénude. Son incroyable beauté vient des dieux. Ils ont tracé sur son corps des lignes aussi pures que le ciel. Cette nudité, loin d'être provocante, est dépouillement. Elle n'est pas un appel à la luxure mais à la paix.

Blanche de Richemont 

samedi 23 septembre 2017

Signes sur le sable


Un homme qui passait un jour dans le désert,
Vit Majnun assis là, tout seul en son désert.
Utilisant son doigt tel un qalam,
Il traçait des signes sur le sable.
« Ô toi, le fou d’amour, mais que fais-tu donc là ?
Ces mots que tu écris ? A qui les destines-tu ?
Sais-tu que tout cela que tu peines à écrire
La tempête et le vent vont bientôt les détruire ?
Vit-on jamais des mots perdurer sur le sable ? »
Majnun répondit : « Je décris la beauté de Leyli
Pour consoler mon cœur de sa beauté épris
J’écris d’abord son nom, parce qu’elle est une absence
Je compose une lettre d’amour et de constance.
Je n’ai rien d’elle si ce n’est son nom,
Et ce nom m’a fait être
A celle qui a Leyli pour nom, comme je n’ai pu goûter
Je fais l’amour avec son nom.
 »


Jâmî 

mercredi 22 juin 2016

Désert


Sans homme
sans ombre
figé
cuisant de sortilèges
pierres chaudes déstabilisées
météorites oubliées
tombes ensablées
mon souffle
seul mon souffle
témoigne de ce lieu
sans ombre
sans proie

Cygne blanc

vendredi 5 février 2016

Perdu dans mon propre désert


Je ne t’ai pas seulement perdue, désormais je ne me connais plus moi-même. Qui suis-je ? Je me tourne et tourne encore sur moi-même en me disant : " Quel est ton nom ? Aimes-tu ? Qui est l’objet de ton amour ? Es-tu aimé ? Par qui ? Une flamme est en train d’embraser mon cœur ; une vaste, incommensurable flamme, qui a réduit en cendre tout mon être. Sais-je encore où je vis ? Puis-je encore goûter ce que je mange ? " Je suis perdu dans mon propre désert.

Majnun

vendredi 25 juillet 2014

Investigation

Qu'y a-t-il donc aujourd'hui dans le vent qui me porte un soupçon d'ailleurs ? C'est en descendant verticalement dans l'intensité charnelle du moment présent que je le découvrirai peut-être. Il s'agit d'écarter un à un les voiles suaves pour accueillir ce qui ne se laisse ni saisir ni voir. Si je m'en fais une idée, c'est irrémédiablement perdu.

Soudain, la source d'eau claire dans l'écrin que lui fait le désert immense, patient, inexorable.