vendredi 3 juillet 2020

Je ne savais pas


Je ne savais pas que les arbres marchaient 
au son de ta voix
Je ne savais pas que les fleurs buvaient
le vin de ta métamorphose
Je ne savais pas que des oiseaux dormaient
dans ton lit
Je ne savais pas que des papillons venaient mourir
entre les pages de tes recueils

Je ne sais pas si Orphée devra retourner
aux Enfers
Mais je sais que nous devons renaître
de nos Cendres
Je découvre aussi que le non-savoir participe 
à la création de toutes Choses

Je sais que seul on ne sait rien

Je réclame donc 
le baiser d'un Prince 
à l'école de la vie

Cygne blanc

mardi 30 juin 2020

Nouvelle clarté


Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s'accomplir en vous, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, là où l'intelligence proprement dite n'atteint pas et laissez-les attendre, avec une humilité et une patience profondes, l'heure d'accoucher d'une nouvelle clarté.

Rainer Maria Rilke

dimanche 28 juin 2020

Mot ineffable


Ce que le flot dit aux rivages, 
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : aimons !

Victor Hugo

jeudi 25 juin 2020

Gestes


Il y a des gestes qui font vivre
Les premiers comme des filaments de lumière et d’algues
Coton, fabrique des nuages à songes,
Cocon des avenues en formation.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des appels des choses, véritable orgie de consentements
Au bout de nos premiers pas
Formes, animaux et végétaux.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des carabines au bout des mots
Petites et lointaines signalisations 
Pour hachurer l’espace et le temps.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des danses d’effluves, promesses de secrets à dévoiler
Tout l’itinéraire d’une persistante violence
Entre la rivière et l’école.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des balades vers des inconnus aux bras délétères
Des contrées à aimer
Des sourires à peupler.

Lug

vendredi 19 juin 2020

Fenêtre éclairée


La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard

samedi 13 juin 2020

Réalité du petit cyclamen rose indien


C'est toujours comme une petite vague qui remonte en moi et me réchauffe, même dans les moments les plus difficiles : "comme la vie est belle, pourtant !" C'est un sentiment inexplicable. Il ne trouve aucun appui dans la réalité que nous vivons. Mais n'existe-t-il pas d'autre réalité que celle qui s'offre à nous dans le journal et dans les conversations irréfléchies et exaltées des gens affolés ? Il y a aussi la réalité de ce petit cyclamen rose indien et celle du vaste horizon que l'on finit toujours par découvrir au-delà des tumultes et du chaos de l'époque.

Etty Hillesum, septembre 1942, Amsterdam sous occupation nazie

vendredi 12 juin 2020

Toucher l'horizon



L'horizon est heureux
De ce nouveau matin,
Le matin est heureux
De toucher l'horizon.

Eugène Guillevic

mercredi 10 juin 2020

Zorba


"l'homme doit avoir un brin de folie ou alors il n'ose jamais couper la corde et être libre" "apprends moi à danser" "ensemble" (Zorba le Grec).

Un claquement de doigt,
un claquement de langue
et le bouzouki fait vibrer l'île 
libérée de ses amarres
flottille sur la méditerranée
à la recherche de ses dieux 

Neptune en tête puis Calypso
fille d'Océanos
chantant pour Ulysse 

je suis partie à la nage comme une nymphe
à la rencontre de mes archétypes 
mais d'aucuns ne se sont présentés

me voilà au large de la Crête
sur la plage un géant danse
les bras levés vers le ciel
tel un albatros

apprends-moi à marcher
je serai libre
apprends-moi à chanter
je serai hardie
apprends-moi à danser
je serai ivre
apprends-moi à pleurer
et je serai amour

Cygne blanc

mardi 9 juin 2020

L'éclair de l'encre



La vie comme elle va, oisive, éternelle. Des heures d'oisiveté pour une seconde d'or pur, d'écriture. La durée se précipite dans l'éclair de l'encre. Accepter cette perte de temps, sans jamais prétendre la modifier, la remplir.

Christian Bobin

dimanche 17 mai 2020

Hexagramme 56 : Le voyageur


Le Sage est celui qui n’a pas besoin d’ivoire pour voir.
Sa mémoire seule lui suffit
Il sait se maintenir dans la ponte éternelle
D’un jaune inépuisable aux yeux des nomades
Et qui donne aux éructations tues des montagnes,
Aux labiales des ruisseaux et des rivières
Leurs jeux d’ombres, de lumières et de couleurs.
Comme l’aigle solaire immobile dans ses pensées
Ses vents, ses eaux et ses éléments
Il sait toutes les trajectoires, les envies et leur destin,
Les auberges et les ponctuations des routes de l’existence.
Le Sage est l’hôte de tous les voyageurs
Qui cherchent tous ce qui est
Et qu’il n’est nul besoin de chercher au risque de le perdre
Puisque pour le vrai voyageur l’univers dispose de toute l’éternité 
Pour se dérouler devant ses yeux!

Lug

samedi 16 mai 2020

Danser pour l'éternité

Zorba for ever...

L'enfant regardait le vieil homme qui dansait et semblait danser pour l'éternité.
-Grand père, pourquoi danses-tu ainsi ?
- Vois-tu, mon enfant, l'Homme est comme une toupie.
Sa dignité, sa noblesse et son équilibre, il ne les atteint que dans le mouvement. L'Homme se fait de se défaire. Ne l'oublie jamais.

Francis Razorbak

vendredi 15 mai 2020

mardi 5 mai 2020

La nuit

Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
À la nuit sans limites
À la nuit.Mienne, belle, mienne.Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplis de mon cri
De mes épis.

Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.Nuit qui gît, Nuit implacable.Et sa fanfare, et sa plage,
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil,
Sous la nuit.

Henri Michaux.

samedi 2 mai 2020

Dehors


Dehors
lorsque je sors 
j’hésite
j’oublie
pourquoi sortir
je suis si bien ici

Et là? 
Où est-ce au juste?
je dois faire une recherche
sur le là, le où, l’ailleurs, l’autre,

L’autre m’attend peut-être...
ou est-ce mon imagination
ou la démission de ma chère Solitude
qui ouvrent la porte sur
l’autre, l’au-delà

Finalement où suis-je?

Dans ma tête
je ne peux en sortir
et vous?
À quoi bon essayer
peut-être en avez-vous la clef
Surtout ne la perdez pas
en tergiversations!
Suivez les instructions
ne perdez pas la carte non plus!

Moi, je suis ici
je ne sors pas
je ne veux pas sortir
en fait je ne peux pas
car si je sortais
je serais encore ici
ici,  dedans…
je ne connais pas
le dehors

Venez me visiter si
vous en avez le courage
ici il n’y a que 
du Dedans…

Cygne blanc

samedi 25 avril 2020

Noyade


Quand on a peur on nage tout le temps
de toutes ses forces pour rester à la surface. 
Quand on a confiance on se laisse couler, 
on se noie et on atteint la profondeur ! 

Anonyme Soufi

mercredi 22 avril 2020

Être de passage


Et toi, l’exilé :
Être de passage, toujours de passage,
avoir la terre pour auberge
et contempler des cieux qui ne sont pas les nôtres,
vivre parmi des gens qui ne sont pas les nôtres,

fredonner des chansons qui ne sont pas les nôtres,
rire mais d’un rire qui n’est pas le nôtre,
serrer des mains qui ne sont pas les nôtres,
pleurer avec des larmes qui ne sont pas les nôtres,
céder à des amours qui ne sont pas les nôtres,
goûter à des plats qui ne sont pas les nôtres,

prier des dieux, des dieux qui ne sont pas les nôtres,
entendre notre nom sans que ce soit le nôtre,
penser à ceci, à cela, à ce qui n’est pas nôtre,
tendre une monnaie qui n’est pas la nôtre,
et suivre des chemins qui ne sont pas les nôtres.

Miguel Angel Asturias

mardi 21 avril 2020

Météo



Aujourd'hui, malheureusement, quoi que ça dépend de qui de quoi, je me sens!
Je me sens la gorge usée par les cris des météorites qui ne veulent plus retourner au ciel
parce qu'il leur reste du temps, parce que tout comme moi, elles aiment ça faire du temps 
Tisser du temps avec l'haleine des étoiles... 
Mettons, moutons-y du berger!
Non, mais c'est tu vraiment important comment je me sens?
Ah les bergers, ces gardiens des rives du ciel et de la Terre interdites aux virus!
Je me sens fou hurlant avec l'empire du binaire, 
Avec la nouvelle papauté maçonnique
Les regards des satellites qui nous espionnent sans cesse
Et les mots dits mous thons noirs qui nous dénoncent
Disons que je sais mieux à qui j'ai affaire et je cultive mieux mes coings et mes points 
Aussi mes coins et mes poings
Mais moi avec ma douce
Je me confine
Et nous comptons encerclés d'enfants et d'animaux heureux les quenouilles
Qui éclaireront comme des torches les nuits d'août 
Dans le grand silence des festivités
Je me sang froid et chaud à la fois!.

Lug



mardi 14 avril 2020

L'île


L’île avec son petit chapeau
sur la pointe du î
hilare de ses soleils
éclatée de ses marées

Je chemine dans tes sentiers
sans jamais perdre de vue
le bleu de ta robe

Île  fleur d’un jardin d’eau
Île  coquillage aux saveurs de sel
Île  passage du ciel dans ton regard

souffle d’un baiser
échappé du littoral

Je chemine dans tes sentiers
sans jamais perdre de vue
le bleu de ta robe

L’île avec son petit château
sur la pointe du î
comblée de ses trésors

Exil de mes jours  de mes nuits
à tes pieds
échoués

Ton Évadé

Cygne blanc


dimanche 12 avril 2020

L'immensité comme un baume


Je ne sais pas où
Je ne sais pas quand
Mais à la première occasion
Je file voir la mer

Le béant
plutôt que le néant

L'immensité comme un baume
L'immensité en écho
à la p(l)age blanche du dedans

Sophie Dassy

#monapo #napomo
Avril : mois de la poésie

samedi 4 avril 2020

Tendresse


Tendre  tendre  est-ce
Cela qu’il me reste
Tendre ma main  ma joie
Vers toi

Est-ce cela qu’il me reste

Par delà l’intouchable
demeurent
le rêve l’élan les mots

tendre vers toi

Cygne blanc