mardi 26 septembre 2017

Creuset de l'amour


J’ai placé le creuset au feu de ma forge.
L’or étincelant n’a plus de scories.
Comme une fine pellicule de glace,
J’ai fondu au feu de l’amour.
Le soleil s’est levé, et moi, Lalla,
J’ai trouvé la félicité lorsque je me suis souvenue
Que je n’étais rien d’autre que Ton nom.

Lalla

lundi 25 septembre 2017

Démesure d'amour

Celui que l'Amour conduit à son achèvement
Doit parcourir de vastes étendues,
D'âpres sommets et des gouffres ;
Au plus fort des orages il cherchera son chemin
Afin d'être initié à son mystère:
Qu'il faut consentir au désert sans limites,
Cheminer sans repos par des plaines arides
Et se meurtrir aux arêtes
Des versants et des cimes;
Ou encore braver les torrents
Des abîmes sans fond
Afin de conquérir l'Amour
Par démesure d'amour.

Hadewijch d'Anvers

samedi 23 septembre 2017

Signes sur le sable


Un homme qui passait un jour dans le désert,
Vit Majnun assis là, tout seul en son désert.
Utilisant son doigt tel un qalam,
Il traçait des signes sur le sable.
« Ô toi, le fou d’amour, mais que fais-tu donc là ?
Ces mots que tu écris ? A qui les destines-tu ?
Sais-tu que tout cela que tu peines à écrire
La tempête et le vent vont bientôt les détruire ?
Vit-on jamais des mots perdurer sur le sable ? »
Majnun répondit : « Je décris la beauté de Leyli
Pour consoler mon cœur de sa beauté épris
J’écris d’abord son nom, parce qu’elle est une absence
Je compose une lettre d’amour et de constance.
Je n’ai rien d’elle si ce n’est son nom,
Et ce nom m’a fait être
A celle qui a Leyli pour nom, comme je n’ai pu goûter
Je fais l’amour avec son nom.
 »


Jâmî 

vendredi 22 septembre 2017

Jubilarium


À l'occasion de mon prochain retour en Europe pour une durée indéterminée, j'ai décidé de marquer la fin de cycle que manifeste cette étape de ma vie en compilant l'ensemble des poèmes que j'ai publié ici jusque maintenant dans un eBook PDF. Vous y trouverez aussi quelques inédits, et chaque texte présenté est accompagné par un petit commentaire qui le met en perspective du mouvement intérieur que la poésie a accompagné.

Pour le télécharger, cliquez sur ce lien : Jubilarium.

Un pas dans le vide

Il n'est plus rien à faire que d'avancer, un pied devant l'autre - un pas dans le vide, le cœur et les yeux ouverts pour traverser le vertige. Il faut lâcher toutes les mains pour s'envoler jusqu'aux étoiles. Il faut tout quitter sans recours pour se retrouver. Mais c'est toujours la même flamme en dedans qui guide - là-bas, par-delà l'océan miroitant, comme un soleil dansant sur l'horizon : ton sourire radieux.

mardi 19 septembre 2017

Essence de la vertu


Sans amour, vous aurez beau faire — courir après tous les dieux de la terre, prendre part à toutes les activités sociales, tenter de remédier à la pauvreté, entrer en politique, écrire des livres, écrire des poèmes — vous ne serez qu'un être mort. Sans amour, vos problèmes iront croissant et se multipliant à l'infini. Mais avec l'amour, quoi que vous fassiez, il n'y a plus de risque, il n'y a plus de conflit. L'amour, alors, est l'essence de la vertu.

Krishnamurti

lundi 18 septembre 2017

Ma ville


Je te quitte à petits pas, ma ville. Je n'aurais jamais cru que je t'avais autant dans la peau avec tes arbres lumineux, tes rues ouvertes comme un regard fenêtre sur l'espace, ton mont royal de vie sauvage qui pulse comme un cœur, ton été qui n'en finit pas. Il y a tous ces gens, connus et inconnus, que j'emmène dans mon envolée vers l'ailleurs, avec leur gentillesse décontractée, leurs rires et leur chaleur accueillante. Il y a l'hiver aussi que je n'oublierai pas, la parure que te fait la glace froide dans laquelle tu scintilles et te refais une beauté. Je te serai infidèle encore une fois, et cependant je te reviendrai, comme toujours, car c'est ici que mon âme a planté ses racines et qu'elle a appris à aimer la terre.

samedi 16 septembre 2017

Une étoile

Assise
     dans l’immense cité
           immobile  
             posée

le monde là bas  continue 
          de tourner

              silence
      le clap des ombres
et des  lumières rythme la scène
       terre   lune   soleil

   je ne suis qu'une étoile
                  fixe
        on me confond
       dans la multitude

            si je tombe
quelques uns s'exclameront
              un vœux

    on veut être une étoile

          attrapez moi
     courrez vers l'infini
             je suis là  
                         immobile
              tremblante

    j'attends    ma chute

         je t'attends

Cygne blanc

vendredi 15 septembre 2017

De l'autre côté de ton absence

J'ai le cœur brisé comme une noix dont la coquille est en miettes et l'amande désormais exposée dans sa nudité première. Le feu qui la faisait luire dans la nuit en est enfuie avec ton sourire. Je marche seul dans le vide ouvert par la distance que tu as installée entre toi et moi. C'est une chute les yeux ouverts dans le réel, qui me tend les bras avec tendresse. Ouvrirai-je mes ailes avant de m'écraser sur le sol ? Quoi qu'il en soit de nous, je garde le meilleur et j'emmène le miel que les Anges viennent chercher sur terre. De l'autre côté de ton absence, sans aucun doute, je me retrouverai.

jeudi 14 septembre 2017

Première étoile


Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

Christian Bobin

mercredi 13 septembre 2017

Origine de la vie

C'est par le silence, c'est à dire par l'espace que l'on laisse naître à l'intérieur de soi que l'on peut capter l'origine de la vie.

Shi Bo

mardi 12 septembre 2017

Le bruit d'eau de tes pas

J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche
Sans manger je vais par les rues et je me tais,
Sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi
Je cherche dans le jour le bruit d'eau de tes pas.

Pablo Neruda

lundi 11 septembre 2017

Le plus redoutable

Ils craignent la mort plus que tout, sans voir qu'il y a une chose plus redoutable encore : une vie sans amour.

Christian Bobin

jeudi 7 septembre 2017

Liberté de l'amour

C'est par l'amour qu'on demande, qu'on cherche, qu'on connaît. 

Aime donc et fais ce que tu veux.

Saint-Augustin

mercredi 6 septembre 2017

L'unique manière d'être

She would never say where she came from Elle n'a jamais dit d'où elle venait Yesterday don't matter if it's gone Hier, peu lui importe qu'il ne soit plus là While the sun is bright Quand le soleil brille Or in the darkest night Ou dans la nuit la plus noire No one knows Personne ne sait She comes and goes Elle s'en va s'en vient
(...)
Don't question why she needs to be so free Ne lui demande pas pourquoi elle a besoin d'être aussi libre She'll tell you it's the only way to be Elle te répondra que c'est l'unique manière d'être She just can't be chained On ne peut simplement pas l'enchaîner

The Rolling Stones, Ruby Tuesday


vendredi 1 septembre 2017

Serment d'amour

Aimer, c'est faire en secret ce serment : Je m'engage de toutes mes forces à défendre ta liberté, à ménager autour de toi l'espace qui te sera nécessaire pour croître et fleurir ! Et même si je dois être surpris par l'évolution de l'autre, même s'il ne devient pas celui que j'attendais qu'il soit un jour, je m'engage à respecter son devenir ! C'est le défi que je relève. Que ta volonté soit faite et non la mienne ! Osons nous laisser surprendre ! N'emprisonnons pas nos proches - ni nos enfants ! - dans la représentation que nous avons d'eux. Cassons les moules dans lesquels nous nous enfermons les uns les autres. Offrons-nous la confiance même de nous laisser errer, commettre des erreurs...
Que savons-nous du secret de nos destinées ? En devenant garant de la liberté de celui que j'aime, je lui épargne même de devoir fuir ! Rester ensemble n'est pas, comme au cimetière, une "concession perpétuelle" - c'est une offrande à renouveler chaque jour.
Christiane Singer

jeudi 31 août 2017

Un nuage balayé par le vent


La vie d'un homme c'est un voyage;
Il va là-bas,
Il revient ici,
Il n'a plus de souffle?
Il n'a plus de souffle!
Comme un nuage balayé par le vent est la vie d'un homme; 
Il monte là-haut,
Il plonge en bas!
La mort l'attend?
La mort l'attend!

Edward Stachura

mardi 29 août 2017

Vent du désert


Quoi qu'il arrive n'oublie jamais ceci : notre existence s'écoule en quelques jours. Elle passe comme le vent du désert. Aussi, tant qu'il te restera un souffle de vie, il y a deux jours dont il ne faudra jamais t'inquiéter : le jour qui n'est pas venu, et celui qui est passé...

Gilbert Sinoué, Avicenne

dimanche 27 août 2017

La ligne droite

On prend tous la ligne droite
C'est plus court, oh oui, c'est plus court
On n'voit pas qu'elle est étroite
Qui n'y a plus d'place pour l'amour.


Danielle Messia, De la main gauche




samedi 26 août 2017

Je suis l'aube


Je suis l’aube et ce qui arrive dans un coin, sur la terre, et ce qui n’arrive pas, l’imaginé, quelques phrases et tout se met à scintiller, la maladie, la mort prochaine d'un ami, les décombres, je suis l’aube et l‘assis, l’accueil de ce qui est, hors de moi, et trouve un écho, en moi, la fraternité des heures, je recueille ce qui fuit, ce qui tombe, goutte à goutte, l’allongement des ombres, je suis la poussière lumineuse d’un pas, le sable humide, le souffle rocailleux de ce que j’abandonne, je suis, c’est un détail, une écharde, une pointe au bout du regard, la douceur rugueuse d’une main, foudroyés.

Jean-Marc Lefebvre

vendredi 25 août 2017

Au bout de ma liberté

Au bout de ma liberté, qu'y a-t-il ? Il y a toi, inévitablement. Tu étais au début, tu seras à la fin. Tu es mon aube de toujours. Il y aura la mort aussi, ce grand soleil qui éclaire tout, dans lequel nous disparaîtrons en nous tenant la main. Sourire aux lèvres, n'est-ce pas ? Il n'y aura rien, enfin, parce que si la liberté mène à tout, c'est en passant par ce rien du tout où je commence et je finis. Et toi aussi. Nous nous retrouverons là...

mercredi 23 août 2017

Oser vivre


Oser vivre, c'est oser mourir à chaque instant mais c'est oser également naître, c'est-à-dire franchir de grandes étapes dans l'existence où celui que nous avons été meurt pour faire place à un autre, avec une vision du monde renouvelée...

Arnaud Desjardins

mardi 22 août 2017

Faire silence


La voie consiste donc à découvrir, à dé-couvrir, enlever ce qui couvre, pour constater : ''Ah ! C'était déjà là ...'' On peut faire du bruit mais on ne peut pas faire du silence. ''Faire silence'' consiste à éliminer tous les bruits et tous les sons. Seul le silence est réel unique et permanent. Les bruits sont irréels, naissants, mourant, disparaissant. Le vide et le silence sont toujours en nous, ici et maintenant, dans le meilleur et dans le pire, sous le tumulte de nos chants d'amour et de nos cris de haine, de nos peurs et de nos pleurs, de nos rêves et de nos joies, de nos ambitions et de nos amertumes, de nos triomphes et de nos désarrois.

Arnaud Desjardins

lundi 21 août 2017

Joie inconditionnelle

Il y a un grand malentendu qui empêche de goûter la joie inconditionnelle.  A tort, nous croyons qu'elle ne sera possible que le jour où nous aurons guéri de toutes nos blessures, alors que cette joie sans pourquoi est possible dès maintenant, même au cœur du tourment. Nous pouvons y accéder, là, tout de suite. Si nous attendons une vie parfaite pour y goûter, nous risquons d'attendre bien longtemps...

Christophe André

samedi 19 août 2017

Exécution de la liberté

C’est quoi l’homme sans liberté
O ! Mariana dis moi
Dis-moi comment puis-je t’aimer
Si je ne suis pas libre, dis-moi
Comment t’offrir mon cœur
S’il n’est pas à moi.

Federico Garcia Lorca (assassiné par la milice franquiste le 19 août 1936)

jeudi 17 août 2017

Respirer l'amour


Ce n'est pas moi qui contient mon amour, c'est mon amour qui me contient. Je n'ai même pas à veiller sur lui car il appartient au monde des choses divines qui ne redoutent rien des remous de l'existence. C'est sur moi que je dois veiller pour m'emplir le plus possible de ce mystère qui m'enveloppe. L'amour ne peut me manquer mais je peux manquer à l'amour. Mon âme est à l'amour ce que les poumons sont à l'air : l'air est inépuisable et ne se refuse jamais le premier, seuls les poumons peuvent défaillir et cesser de respirer.

Gustave Thibon

lundi 14 août 2017

Obstacles

Ta tâche n’est pas de chercher l’amour, mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l’amour.

Rûmi

dimanche 13 août 2017

Enracinement dans l'amour


Vous pouvez avoir de l'argent, une maison, un compte en banque. Ce ne sont que de pauvres substituts de l'amour. Tout comme les arbres s'enracinent dans la terre, les êtres humains s'enracinent dans l'amour. Nos racines sont invisibles, tout ce qui est visible n'est donc d'aucune aide. Mais nous sommes des arbres avec des racines invisibles. Il faudra trouver de la terre invisible - appelez-la amour, appelez-la dévotion, - ce sera quelque chose comme ça, quelque chose d'invisible, d'intangible, de mystérieux. Vous ne pourrez pas le saisir. Au contraire, vous devrez lui permettre de prendre possession de vous.

Osho

vendredi 11 août 2017

Fleur d'amour

C'est un rêve qui meurt. Il s'agite et crie ton nom dans la nuit. Il a tes yeux, ta bouche que je cherche et j'embrasse furieusement avant de me rendre compte qu'elle n'est plus là, déjà. Pourquoi, pourquoi ? gémit-il. Comment, tu ne savais pas ? lui réponds-je. Les rêves vivent et meurent aussi, et quand ils se dissipent, il demeure la lumière blanche de ce qui a été, la vérité de ton sourire, la fleur d'amour.

jeudi 10 août 2017

Voie ouverte


Les dieux nous créent bien des surprises : l'attendu ne s'accomplit pas, et à l'inattendu, un dieu ouvre la voie.

Euripide

mercredi 9 août 2017

Oies sauvages


Tu n’as pas à faire preuve de bonté.
Tu n’as pas à faire pénitence
et parcourir cent kilomètres sur les genoux dans le désert.

Il te suffit de laisser le doux animal de ton corps aimer
ce qu’il a envie d’aimer.

Parle moi de désespoir, de ton désespoir, et je te parlerai du mien.

Pendant ce temps, la Terre continue de tourner.
Pendant ce temps, le soleil et les perles limpides de la pluie traversent les paysages, balayant les prairies et les arbres enracinés,
les montagnes et les rivières.

Pendant ce temps, là-haut, dans le bleu pur du ciel,
les oies sauvages reviennent, une fois encore, au pays.

Qui que tu sois, quelle que soit la profondeur de ta solitude,
le monde s’offre à ton imagination,
comme les oies sauvages, il t’appelle de son cri strident et exaltant. 

Sans cesse, il proclame ta place
au sein de la famille des choses de l’univers. 

Mary Oliver