lundi 21 septembre 2020

Rayon d'or

Nous rions, nous trinquons. En nous défilent les blessés, 
Les meurtris; nous leur devons mémoire et vie. 
Car vivre, c'est savoir que tout instant est rayon d'or
Sur une mer de ténèbres, c'est savoir dire merci.

François Cheng

vendredi 11 septembre 2020

Accoucher d'une nouvelle clarté


Les œuvres d'art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien  n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique. Seul l'amour  peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles. C'est à vous-même, à ce que vous sentez, qu'il faut toujours donner raison, contre toutes ces analyses, ces comptes-rendus ou introductions; quand bien même vous auriez tort, c'est la croissance naturelle de  votre vie intérieure qui vous amènera lentement, avec le temps, à d'autres conceptions.  

Laissez vos jugements connaître leur propre développement, calme, non troublé; comme tout progrès, il doit venir de la profondeur du dedans, et rien ne peut le hâter ni l'accélérer. Tout doit être porté à terme, puis mis au monde. Laissez chaque  impression et chaque germe de sensibilité s'accomplir en vous,  dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, là où l'intelligence  proprement dite n'atteint pas, et laissez-les attendre, avec une  humilité et une patience profondes, l'heure d'accoucher d'une  nouvelle clarté : cela seul s'appelle vivre l'expérience de l'art : qu'il  s'agisse de comprendre ou de créer.

Rainer Maria Rilke

jeudi 10 septembre 2020

La canopée


La canopée
du négrier éthéré

le canotier

de l'héritier vétéran


le chapelier

du retraité véhément


l’éthéré

vétéran véhément 


le canotier 

laissé sur le canapé

du négrier véhément

héritier du chapelier


le rescapé

de la canopée

au canotier éventé


le chapelier frisé

vantant ses bérets feutrés

à des toqués


le négrier dénigré

véhiculant des rasés

ventripotents


le vénéré tonsuré

échappé du couvent

au clocher émergeant

de la canopée ventilée


l'éminence mitrée

du silence sacré

évitant les décoiffés

pénitents


le chapelier effervescent

de l'archevêché

éventré devant 

les pénitents décapités


les décapités innocents

réclamant une couronne


Cygne blanc




dimanche 30 août 2020

Terminaisons en ur et ir

 

À Ur

Grondait l’ire

Des temps à venir

Inutile désormais de chercher des ciels purs

Étaient venus le temps des ziggourats et des menhirs

Vraiment une lutte à finir

Entre l’azur et l’obscur

Entre dire et mentir


Non nos fémurs

Ne sont pas faits pour se rompre contre les murs

Mais pour courir

Après les papillons et les sourires


À Ur 

Sont apparues de nouvelles urgences sur fond de soupirs

De puissants mensonges à l’effet qu’il fallait atteindre l’âge mûr

Pour voir les fruits du destin s’épanouir

Pour dégager le présent du passé et du futur


Lug


vendredi 28 août 2020

Poignée de lumière


L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

Christian Bobin 

mardi 25 août 2020

Sixties

Syracuse 1968

J’avais dix ans

Encore tout mon temps

Bob Dylan, Eight miles High

Hurdy Gurdy Man, 

Cheveux aux vents

Quelques ruptures d’horizon

À l’occasion.

Robert Kennedy venait de mourir

Comme un trop lointain bruit de verre brisé 

Dans le ciel encore trop parfait de l’Amérique.

Michel Legrand lui dédia Celui-là.

L’Empire perdait du sang.

Les géants ne s’écroulent jamais en une seule nuit

Des décennies, des siècles parfois.

L’azur se teintait de roses froides.


J’avais dix ans 

L’été de ma première blonde

Tellement blonde celle-là

Que j’en oubliais les Black Panthers

Et le soleil qui cognait à ma fenêtre.

Elle vendait des frites

Mais mon cœur battait tellement fort pour elle

Que je n’entendais que lui,

Tellement qu’il enterrait

Le rythme des tambours des Indiens d’Amérique

Celui des vaudouisants dans les ghettos noirs,

Le vol agaçant des mouches,

La rage folle des marteaux-piqueurs,

Et les gargarismes des corvettes et des Harley Davidson.

Je n’entendais que lui pour ses yeux à elle

Et ses cheveux d’elfe.


Le temps de son absence me brisait les tempes

Mais j’avais appris l’art de réduire les distances

En la faisant apparaître chaque fois au bout de mes pensées

Mais que les ruelles et les rues avaient les jambes longues.


Qu’est-elle devenue ma vendeuse de frites?

Une agente d’immeuble ? 

Une chirurgienne dentiste ?

Une poseuse d’ongles ?

Une pianiste ?

Lay Lady Lay me tourne toujours dans la tête

Et il me semble parfois que dans la logique 

Des rendez-vous ratés et des avenues vierges

Hier est demain à deux mains!


Lug

samedi 22 août 2020

Le problème

 


Vous n'êtes prisonniers de rien d'autre que de vos pensées.

Vous n'avez à vous libérer de rien d'autre que de vos pensées.

Voilà la vérité.

Et vous n'avez pas d'autre problème que celui de vos pensées.

Vous n'avez de problème,

ni avec votre patron,

ni avec vos enfants,

ni avec votre femme,

ni avec votre voisin,

ni avec votre propriétaire,

ni avec le maire de votre commune.

Vous n'avez qu'un seul problème:

un problème entre vous et vos pensées...

Arnaud Desjardins

lundi 17 août 2020

Au bord du silence

 


Assieds-toi au bord du sentier
Et tu sentiras l'amitié de tous ceux qui cheminent,
Assieds-toi au bord de tes frères
Et tu recevras l'amour qui dort dans leur cœur,
Assieds-toi au bord du silence
Et tu entendras enfin au fond de toi.

Khalil Gibran

mercredi 22 juillet 2020

Regard droit


Et pourquoi pas la joie ?
Au milieu de nos villes escaliers
Où les murs de parpaing suent du béton,
Où les fils électriques dessinent, sur les toits, des ciels d'araignées,
Et pourquoi pas la joie ?
Le temps d'une corde à sauter qui fait tourner le monde,
D'un ballon fatigué qui court de jambes en jambes
Et soulève la pauvreté dans les cris d'enfant,
Et pourquoi pas la joie ?
Les pieds dans l'immondice
Mais le regard droit.

Laurent Gaudé

samedi 18 juillet 2020

Sauvés des eaux


Depuis la veille la mer était houleuse

malgré le calme plat des jours précédents

Sur le pont quelques passagers demeuraient dans leurs transats

fumant bouquinant sirotant quelques rafraîchissements

mais le regard obstinément tourné vers l'horizon 

Certains se tenaient au bastingage foulards au vent

retenant leurs chapeaux à deux mains

quand soudain l'un d'eux lança un cri d'alarme

"un homme à la mer"

Tous se précipitèrent renversant leurs plateaux au passage

perdant leurs chapeaux emportés par le vent bousculant

leurs compagnons

Voilà des semaines et des jours qu'il ne s'était produit un événement

qu'ils n'avaient vu âme qui vive ne pouvant accoster sur la terre ferme

La boussole du navire étant déréglée et la radio de bord n'émettant

que les grichements interrompus de quelques voix lointaines et inaudibles


Au loin un petit paquet blanc et étincelant sous le soleil apparaissait

à la crête des vagues tourbillonnant dans l'écume disparaissant du regard

et réapparaissant plus haut plus blanc et plus étincelant encore

Nos voyageurs en étaient tout éblouis

Ébahis ils fixaient cette chose ou corps flottant sans pouvoir

distinguer ce qui en retournait ni de l'anatomie ni de la morphologie

ni si vie ou mort l'habitait

La carène du navire fendait déjà les vagues dans sa direction

quand un membre de l'équipage vient rejoindre nos passagers toujours intrigués 

et assemblés sur la passerelle 

Ce dernier jeta un petit canot à la mer et plongea à sa suite ramant vers cette chose 

si lumineuse qu'elle l'aveuglait presque

Avec maintes précautions le petit paquet fut déposé sur le pont en présence du Capitaine

D'un amas de mousseline de voile d'organza une fois déployé et libéré de ces rubans

et cordelettes émergea une merveilleuse robe sertie de nacre et de pierres de lune 

aux coutures enchevêtrées d'algues violettes et pourpres 

Un oiseau brodé de fil d'argent ornait son bustier 

Elle portait encore son poids d'eau celui-ci ruissela jusqu'au pied du Capitaine

qui ordonna de la suspendre à la proue du navire là où le soleil couchant

dardait ses derniers rayons

Cette magnifique robe ne présentait aucun indice de sa provenance

excitant par le fait même l'imagination de tout l'équipage

Certains la photographièrent d'autres en tirèrent quelques esquisses 

et aquarelles d'autres allumèrent des lampions à ses pieds et récitèrent 

le rosaire mais personne ne se risqua à la revêtir 

la taille en était si effilée rappelant celle des libellules de mer qui traversent 

l'Océan Indien  pour trouver l'amour

Sous le clair de lune elle apparut encore plus énigmatique à nos voyageurs 

nimbée de songe de brise laiteuse et de parfum de conque

Ces derniers bercés par les vagues s'endormirent sur le pont ainsi qu'une partie de l'équipage

À l'aube ils furent réveillés par des cris et battements d'ailes impératifs

Des oiseaux blancs de mer qui annoncent le littoral

tournoyaient à la proue du bateau et fendaient l'air de leur appel du large

Mais oh surprise aucune trace de la sublime robe

seules quelques plumes parcelles de nacre et pierres de lune roulaient sur les planches

au rythme apaisé des vagues  

Aucun vestige des voiles mousseline et organza

ne subsistait du vêtement de rêve sauvé des eaux 


Sauvés des eaux nos voyageurs l'étaient tout autant


Sous la volière étincelante des oiseaux on apercevait déjà

le littoral Indien ses Temples ses Mosquées ses Portes

sa Magie... 


Cygne blanc


jeudi 16 juillet 2020

Vivre l'expérience de l'art


Tout tient dans ces mots : porter à terme et enfanter. Laisser chaque impression, chaque germe de sentiment se développer en soi-même, dans l'obscurité, dans l'indicible, dans l'inconscient, dans une zone inaccessible à l'entendement et attendre avec une profonde humilité, une profonde patience, l'heure d'accoucher d'une nouvelle clarté; cela seul s'appelle vivre l'expérience de l'art : dans la compréhension comme dans la création.

Là, le temps ne peut servir de mesure, là, l'année ne compte pas et dix ans ne sont rien. Être artiste veut dire : ne pas calculer, ne pas compter ; mûrir comme l'arbre, qui ne presse pas sa sève et qui brave avec confiance les tempêtes du printemps, sans craindre qu'après elles ne vienne pas l'été. L'été viendra. Mais il ne vient qu'aux patients;, qui sont aussi sereinement tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux. Je l'apprends tous les jours, l'apprends au milieu de douleurs auxquels je rends grâce : la patience est tout.

Rainer Maria Rilke

mardi 14 juillet 2020

L’amour au temps de la covid-19


Je suis taillé pour le Far West. Alors moi les cas vides, ça me connaît. J’en profite pour me décharger. Covid-19, on dirait une marque de carabine. Ça sonne Remington, je ne sais pas pourquoi…N’empêche que le jour de la covid, je n’ai pas souffert de daltonisme et ma Mae West non plus qui m’a reconnu tout de suite dans le comptoir des pastèques, des bananes et autres fruits tropicaux. Il faut dire que nous étions tout à fait mûrs pour des vacances bien méritées. Vacances des media, de la production, de la circulation et de tout le tintamarre qui vient avec les hommes amoureux des chaînes. J’oubliais les masques… Moi habituellement quand je porte un masque, c’est pour violer une tire-lyre et vivre en suite…

Mais il y en a qui feront l’amour dans des sacs de polythène si la SS Santé publique le prescrit.

Donc le jour de la grande prescription, je me suis confiné avec ma belle pour socialiser avec les colibris tellement nous exhalions le nectar. Eh ma foi nous avons pris des couleurs. Beaucoup de couleurs printanières. Amenez-en des microbes, on les bouffe avec nos doigts de pieds. Nous avons redécouvert l’anal fait bête de nos voisins les singes qui retrouvent pouce par pousse un peu de la forêt qu’ils ont perdu depuis que les fous sont immobilisés sur la lige de tir des covid.

Par vagues successives, tantôt il n’y aura plus rien. Il ne restera que l’amour et la guerre comme ça toujours été les cas depuis que le monde est immonde. 

J’ai toujours pensé que l’amour était prospère en temps de guerre. Il me reste donc l’Ouest, les plaines infinies du couchant qui m’attend dans son haleine rose et bleue.

L’amour après la covid sera sous haute surveillance de Vénus et de Mars.

Lug

vendredi 10 juillet 2020

Transmission


Ce ne sont pas des contenus qu’il faut transmettre.

Les Dieux se rient de nos théories.

C’est une manière intense d’être.

Ce qui manque le plus à notre vie d’aujourd’hui, c’est cette intensité surgie de l’intérieur

C’est dans la rencontre de personnes vivantes qu’on en donne le goût. Chacun est dans une telle richesse ! Mais il faut que cette richesse soit réveillée.

La transmission, c’est cette attention portée à un autre qui fait qu’en lui surgit le meilleur de lui-même.

Christiane Singer

jeudi 9 juillet 2020

Poésie à hauteur d'homme


Je veux une poésie qui s'écrive à hauteur d'hommes. Qui regarde le malheur dans les yeux et sache que dire la chute, c'est encore rester debout.

Laurent Gaudé

vendredi 3 juillet 2020

Je ne savais pas


Je ne savais pas que les arbres marchaient 
au son de ta voix
Je ne savais pas que les fleurs buvaient
le vin de ta métamorphose
Je ne savais pas que des oiseaux dormaient
dans ton lit
Je ne savais pas que des papillons venaient mourir
entre les pages de tes recueils

Je ne sais pas si Orphée devra retourner
aux Enfers
Mais je sais que nous devons renaître
de nos Cendres
Je découvre aussi que le non-savoir participe 
à la création de toutes Choses

Je sais que seul on ne sait rien

Je réclame donc 
le baiser d'un Prince 
à l'école de la vie

Cygne blanc

mardi 30 juin 2020

Nouvelle clarté


Laissez chaque impression et chaque germe de sensibilité s'accomplir en vous, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, là où l'intelligence proprement dite n'atteint pas et laissez-les attendre, avec une humilité et une patience profondes, l'heure d'accoucher d'une nouvelle clarté.

Rainer Maria Rilke

dimanche 28 juin 2020

Mot ineffable


Ce que le flot dit aux rivages, 
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : aimons !

Victor Hugo

jeudi 25 juin 2020

Gestes


Il y a des gestes qui font vivre
Les premiers comme des filaments de lumière et d’algues
Coton, fabrique des nuages à songes,
Cocon des avenues en formation.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des appels des choses, véritable orgie de consentements
Au bout de nos premiers pas
Formes, animaux et végétaux.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des carabines au bout des mots
Petites et lointaines signalisations 
Pour hachurer l’espace et le temps.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des danses d’effluves, promesses de secrets à dévoiler
Tout l’itinéraire d’une persistante violence
Entre la rivière et l’école.

Il y a des gestes qui font vivre
Comme des balades vers des inconnus aux bras délétères
Des contrées à aimer
Des sourires à peupler.

Lug

vendredi 19 juin 2020

Fenêtre éclairée


La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard

samedi 13 juin 2020

Réalité du petit cyclamen rose indien


C'est toujours comme une petite vague qui remonte en moi et me réchauffe, même dans les moments les plus difficiles : "comme la vie est belle, pourtant !" C'est un sentiment inexplicable. Il ne trouve aucun appui dans la réalité que nous vivons. Mais n'existe-t-il pas d'autre réalité que celle qui s'offre à nous dans le journal et dans les conversations irréfléchies et exaltées des gens affolés ? Il y a aussi la réalité de ce petit cyclamen rose indien et celle du vaste horizon que l'on finit toujours par découvrir au-delà des tumultes et du chaos de l'époque.

Etty Hillesum, septembre 1942, Amsterdam sous occupation nazie

vendredi 12 juin 2020

Toucher l'horizon



L'horizon est heureux
De ce nouveau matin,
Le matin est heureux
De toucher l'horizon.

Eugène Guillevic

mercredi 10 juin 2020

Zorba


"l'homme doit avoir un brin de folie ou alors il n'ose jamais couper la corde et être libre" "apprends moi à danser" "ensemble" (Zorba le Grec).

Un claquement de doigt,
un claquement de langue
et le bouzouki fait vibrer l'île 
libérée de ses amarres
flottille sur la méditerranée
à la recherche de ses dieux 

Neptune en tête puis Calypso
fille d'Océanos
chantant pour Ulysse 

je suis partie à la nage comme une nymphe
à la rencontre de mes archétypes 
mais d'aucuns ne se sont présentés

me voilà au large de la Crête
sur la plage un géant danse
les bras levés vers le ciel
tel un albatros

apprends-moi à marcher
je serai libre
apprends-moi à chanter
je serai hardie
apprends-moi à danser
je serai ivre
apprends-moi à pleurer
et je serai amour

Cygne blanc

mardi 9 juin 2020

L'éclair de l'encre



La vie comme elle va, oisive, éternelle. Des heures d'oisiveté pour une seconde d'or pur, d'écriture. La durée se précipite dans l'éclair de l'encre. Accepter cette perte de temps, sans jamais prétendre la modifier, la remplir.

Christian Bobin

dimanche 17 mai 2020

Hexagramme 56 : Le voyageur


Le Sage est celui qui n’a pas besoin d’ivoire pour voir.
Sa mémoire seule lui suffit
Il sait se maintenir dans la ponte éternelle
D’un jaune inépuisable aux yeux des nomades
Et qui donne aux éructations tues des montagnes,
Aux labiales des ruisseaux et des rivières
Leurs jeux d’ombres, de lumières et de couleurs.
Comme l’aigle solaire immobile dans ses pensées
Ses vents, ses eaux et ses éléments
Il sait toutes les trajectoires, les envies et leur destin,
Les auberges et les ponctuations des routes de l’existence.
Le Sage est l’hôte de tous les voyageurs
Qui cherchent tous ce qui est
Et qu’il n’est nul besoin de chercher au risque de le perdre
Puisque pour le vrai voyageur l’univers dispose de toute l’éternité 
Pour se dérouler devant ses yeux!

Lug

samedi 16 mai 2020

Danser pour l'éternité

Zorba for ever...

L'enfant regardait le vieil homme qui dansait et semblait danser pour l'éternité.
-Grand père, pourquoi danses-tu ainsi ?
- Vois-tu, mon enfant, l'Homme est comme une toupie.
Sa dignité, sa noblesse et son équilibre, il ne les atteint que dans le mouvement. L'Homme se fait de se défaire. Ne l'oublie jamais.

Francis Razorbak

vendredi 15 mai 2020

mardi 5 mai 2020

La nuit

Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
À la nuit sans limites
À la nuit.Mienne, belle, mienne.Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplis de mon cri
De mes épis.

Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.Nuit qui gît, Nuit implacable.Et sa fanfare, et sa plage,
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil,
Sous la nuit.

Henri Michaux.

samedi 2 mai 2020

Dehors


Dehors
lorsque je sors 
j’hésite
j’oublie
pourquoi sortir
je suis si bien ici

Et là? 
Où est-ce au juste?
je dois faire une recherche
sur le là, le où, l’ailleurs, l’autre,

L’autre m’attend peut-être...
ou est-ce mon imagination
ou la démission de ma chère Solitude
qui ouvrent la porte sur
l’autre, l’au-delà

Finalement où suis-je?

Dans ma tête
je ne peux en sortir
et vous?
À quoi bon essayer
peut-être en avez-vous la clef
Surtout ne la perdez pas
en tergiversations!
Suivez les instructions
ne perdez pas la carte non plus!

Moi, je suis ici
je ne sors pas
je ne veux pas sortir
en fait je ne peux pas
car si je sortais
je serais encore ici
ici,  dedans…
je ne connais pas
le dehors

Venez me visiter si
vous en avez le courage
ici il n’y a que 
du Dedans…

Cygne blanc

samedi 25 avril 2020

Noyade


Quand on a peur on nage tout le temps
de toutes ses forces pour rester à la surface. 
Quand on a confiance on se laisse couler, 
on se noie et on atteint la profondeur ! 

Anonyme Soufi

mercredi 22 avril 2020

Être de passage


Et toi, l’exilé :
Être de passage, toujours de passage,
avoir la terre pour auberge
et contempler des cieux qui ne sont pas les nôtres,
vivre parmi des gens qui ne sont pas les nôtres,

fredonner des chansons qui ne sont pas les nôtres,
rire mais d’un rire qui n’est pas le nôtre,
serrer des mains qui ne sont pas les nôtres,
pleurer avec des larmes qui ne sont pas les nôtres,
céder à des amours qui ne sont pas les nôtres,
goûter à des plats qui ne sont pas les nôtres,

prier des dieux, des dieux qui ne sont pas les nôtres,
entendre notre nom sans que ce soit le nôtre,
penser à ceci, à cela, à ce qui n’est pas nôtre,
tendre une monnaie qui n’est pas la nôtre,
et suivre des chemins qui ne sont pas les nôtres.

Miguel Angel Asturias