mercredi 22 mars 2017

La rivière oubliée

Endormis les yeux ouverts, vous marchez dans la ville sans Me voir. Pourtant, Je suis partout. Je suis l'arbre qui s'incline sur votre passage. Je suis la petite fleur sauvage qui pousse entre deux dalles de béton et vous sourie. Je suis le brin d'herbe qui danse avec le vent et vous nargue gentiment. Je suis le vent aussi, et les nuages lents qui vont leur chemin sans souci, et le soleil derrière les nuages, et les étoiles patientes. Je suis la rivière oubliée qui chante dans votre cœur. Je suis vous aussi, mais vous l'avez oublié car vous préférez vivre dans le petit monde de votre esprit plutôt que de vous offrir à la vie.

lundi 20 mars 2017

Au bord de la rivière bleue


Les anciens poètes savaient s'enivrer de silence. Ils buvaient à la coupe de l'éternité, rayonnant au cœur de la montagne, demeurant cachés au milieu du peuple. Nous en cherchons en vain les traces, qui ne sauraient conduire nulle part. Pourtant, Han-Chan continue de sourire, assis pensif au bord de la rivière bleue.

dimanche 19 mars 2017

samedi 18 mars 2017

Promenade au mont de la Paix Suprême


Le ciel s'écartèle au péril des rochers ;
Le soleil se déchire au vertige des arbres.
Dans l'ombre des ravins meurt l'éclat du printemps ;
Sur la glace des pics vit la neige d'été.

K'ong Tche-Kouei

vendredi 17 mars 2017

La danseuse sublime

Sensualité de la ville sous la caresse du printemps : tout frémit. La danseuse sublime est partout, virevoltant toute entière dans l'air du temps, un accent de violon sauvage, un regard fauve qui te saisit, une robe légère qui se soulève un instant, un rayon de soleil qui fait jouir la terre...

Oh ! Vivrai-je assez longtemps pour l'embrasser et n'en plus revenir ?

jeudi 16 mars 2017

Vraie lumière


Vraie lumière,
Celle qui jaillit de la nuit ;
Et vraie nuit,
Celle d'où jaillit la lumière.

François Cheng

mardi 14 mars 2017

Coulée


N'appelle pas Dieu à voix haute
Sa source est en toi
Et si tu n'obstrues pas le passage 
Rien n'en suspend la coulée

Angélus Silesius

lundi 13 mars 2017

Vacance

Je me promène dans les rues
avec en dedans un espace vacant
où niche, radieux, le printemps.

dimanche 12 mars 2017

samedi 11 mars 2017

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?


Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé d'écrire,
Cesser de lever les yeux,
Cessé de relire.
Dans le parc, devant la grille,
Les hommes arrivent
Et juste une trace de pas
Le long des rives,
Juste une trace de pas
Le long des rives.

Depuis bien longtemps,
Je ne dirige plus les musiciens.
Depuis bien longtemps,
Laissé pendu l'habit de magicien
Dans le parc, devant la mer.
Les robes blanches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches,
Enfants fragiles comme du verre,

 Jouent sous les branches...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure.

Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé de vivre,
De toucher du bout des doigts
La tranche des livres.
Dans le parc, devant la rive,
Des bruits étranges,
Bruissements d'ailes, lumières,
Cheveux des anges,
Le bruissements des ailes, les lumières,
Les cheveux des anges...

Depuis bien longtemps déjà,
Le seul souvenir
D'une miette de vie encore
Que je respire,
Dans le parc devant l'allée,
Le vide immense.
Bruits des pas sur le gravier,
De mon enfance,
Les bruit des pas sur le gravier,
Les ombres dansent...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure,
Et leur parfum, au loin, demeure

Gérard Manset

vendredi 10 mars 2017

Ombre et lumière


Du creux de mes racines
ombre et lumière dansent
ce visage qui me regarde
Ô visage
j’ose danser avec toi
et me laisse enfin être
qui je suis

Raissa60

mercredi 8 mars 2017

Monde meurtrier


Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer.

Christian Bobin

mardi 7 mars 2017

Translation

Entre deux mondes,
     entre deux vies...
je me défais de tout,
    même de moi-même.

lundi 6 mars 2017

Contradiction

Est-ce que je me contredis moi-même ?
Bon d'accord, je me contredis moi-même,
(Je suis vaste, je contiens des multitudes).

Walt Whitman

dimanche 5 mars 2017

Échos du monde

Des échos du monde me parviennent :
des fous aveugles se tapent dessus
en clamant qu'ils sont seuls à voir la lumière.

samedi 4 mars 2017

Âme lune



The soul,
Like the moon, is now, and always new again.
My teacher told me one thing, live in the soul.
When that was so, I began to go naked,
And dance

L'âme,
Comme la lune, est maintenant et toujours renouvelée.
Mon maître m'a dit une chose, vis dans l'âme.
Quand il en a été ainsi, j'ai commencé à aller nue,
Et à danser.

Lalla, Naked songs - adaptation Coleman Barks, ma traduction de l'anglais

jeudi 2 mars 2017

mercredi 1 mars 2017

Les couleurs de l'amour



Mon ami Basile, qui n'existe que dans mon imagination, est éloquent après deux verres de vin. Voilà ce qu'il déclarait à qui voulait l'entendre l'autre soir :

« La vérité de la vie, c'est que quelque chose de complètement impersonnel oeuvre au travers de nous. C'est pourquoi notre agitation devant les événements est complètement vaine. Nous ne voyons pas cette dimension impersonnelle de l'existence, que nous pourrions peut-être appeler Dieu, tant nous sommes occupés à exister, c'est-à-dire à prendre la responsabilité personnelle de ce qui arrive ou à nous en croire victime, à nous en féliciter ou à nous y opposer. Tout ce cinéma entretient l'illusion bien pratique d'exister, c'est-à-dire d'être une personne séparée de ce grand mouvement impersonnel dans lequel tout l'Univers se meut. Cependant, la séparation est une illusion utile car elle permet de vivre toutes les couleurs de l'amour. Mais ce n'est pas la vérité de la vie et nous en ressortons aussi librement que celui qui quitte la salle de cinéma après avoir vu un bon film, non sans emmener l'essentiel : l'amour qui a été suscité pour les personnages dans le drame qu'ils ont partagé... »

Là il m'en a bouché un coin. Comprenne qui pourra.

mardi 28 février 2017

Cinquante ans moins un jour

Aujourd'hui je suis fragile
Demain il y aura un demi-siècle
que la vie m'a adopté sur cette planète
Pour oser ne pas faire semblant
face à la mort et à la souffrance
Aujourd'hui le ciel est d'ardoise
la craie d'un goéland ne lui ajoute rien
C'est une lettre libre
qui ne cherche pas à laisser
sa trace ou sa forme
Si vivre était vérifier autre chose
que soi-même
qui nous dépasse depuis toujours
en un infime effleurement
Il n'y aurait plus de temps, plus de prison
et nous n'aurions plus besoin d'exister.


José Acquelin

lundi 27 février 2017

Nous sommes solitude

Nous pouvons, il est vrai, nous donner le change et faire comme si cela n'était pas. Mais c'est tout. Comme il serait préférable que nous comprenions que nous sommes solitude ; oui : et à partir de cette vérité, sans nul doute serons-nous alors pris de vertige, car tous nos horizons familiers nous auront échappé ; plus rien ne sera proche, et le lointain reculera à l'infini.

Rainer Maria Rilke

dimanche 26 février 2017

L'homme qui parle

Il parle toutes les langues
celle du nord  du sud
de l'est   de l'ouest
celle  d'en haut  d'en bas
celle  d'à côté

il murmure à mon oreille
lorsque je m'endors
il chante dans mes nuits
au réveil  il fait silence

l'homme qui parle
aux foules  et à l'insecte
des foules  aux insectes
des insectes  aux foules

j'écoute
l'homme qui parle
sa voix est chaude humaine
un jour il m'a dit  suis-moi

nous nous sommes regardés
dans ses yeux il y avait
un baiser
puis un autre
j'ai pris le baiser
je l'ai donné à l'autre

puis je l'ai suivi
jusque dans la grotte
où il range ses secrets
il a mis ma main sur sa bouche
la sienne  à mon oreille

sur sa bouche j'ai cueilli
l'autre baiser
à mon oreille une fleur

depuis je parle de lui

Cygne blanc


samedi 25 février 2017

Le seul courage

Au fond, le seul courage qui nous soit demandé est de faire face à l'étrange, au merveilleux et à l'inexplicable que nous rencontrons.

Rainer Maria Rilke

vendredi 24 février 2017

Marchant sur Terre, main dans la main, ailes déployées


Un jour un homme dit à une femme : Il est possible qu’un jour j’en désire  une autre et que je veuille concrétiser ce désir. Mais d’ici là, je veux vivre tous les instants qui nous sont données.

La femme répondit : il est possible que je ne le supporte pas et que la souffrance soit si terrible que je n’aie d’autre choix que de renier ces instants. Mais d’ici là, je veux profiter de toutes les fois où tu t’endormiras dans mes bras et où je me réveillerai dans les tiens.

L’homme dit encore : Parfois tu penseras que je ne suis  pas aussi bienveillant et accueillant que tu le souhaites. Tu m’en voudras et tu m’accuseras. Ce sera la tempête. Mais je serai patient afin d’être toujours là, après la bourrasque, pour partager avec toi ce que tu auras trouvé en toi que tu me demandais.

La femme répondit : Parfois tu oublieras que ce n’est pas moi qui te blesse mais que c’est la blessure en toi qui se réveille à mon contact. Tu m’accuseras et tu m’en voudras. Ce sera la tempête. Mais je serai patiente afin d’être toujours là, après la bourrasque, pour partager avec toi cette douceur retrouvée.

L’homme dit enfin : Il est possible que notre histoire dure un jour, un an, un siècle. La seule certitude que j’ai c’est l’envie de faire l’amour ici et maintenant.

La femme répondit : Il est possible que notre histoire dure un siècle, un an, un jour. A l’instant où nous faisons l’amour le temps n’existe plus, notre histoire n’existe plus. Seule la présence demeure. La tienne et la mienne.

Marie

jeudi 23 février 2017

Cœur d'école

Cris d’enfant dans une cour d’école
Bouddhas incarnés là, tapageurs !
Quelle belle méditation…

mercredi 22 février 2017

mardi 21 février 2017

Assumer notre existence

Nous devons assumer notre existence aussi loin qu'il est possible : il faut que tout y soit possible, même ce qui paraît inouï.

Rainer Maria Rilke

lundi 20 février 2017

Les dragons de notre vie

Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir agir un jour, juste une fois, avec beauté et courage. Peut-être que toutes les choses qui nous font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent notre amour. Pensez qu’il se produit quelque chose en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main ; elle ne vous abandonnera pas.Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie toute inquiétude, toute souffrance, toute mélancolie alors que vous ignorez leur travail en vous.

Rainer Maria Rilke