samedi 19 janvier 2019

Rocher blanc (Rimouski)


Présences de l’ancienne Irlande
Vigie des peuples amérindiens
Épaule ou tête courbée
De druide ou de chaman
Attendant la grande déglutition 
Dans le gosier usé du fleuve

Rocher blanc
Couché sut tes flancs
Vagues et nuages
Livrent leurs runes

Ici les oiseaux  savent
Et à tes pieds 
Les éperlans terminent
Leur voyage

Œuf du nord
Aux mystérieuses éclosions

Lug Lavallée, L’Aube métisse, 2014

vendredi 18 janvier 2019

L'ombre des amoureux

Si tu es loin de l'ombre des amoureux,
Le soleil te frappe et tu deviens malade.
Coure devant et derrière les amoureux, comme l'ombre
Afin de devenir la lune et le soleil pleins de lumière.

Djalâl-Od-Dîn Rûmi

mercredi 16 janvier 2019

Matawinie

Matawinie
Pèlerinages de montagnes et de vaux
Gencives décalcifiées
Dans l’écume virginale du ciel.

Troupeaux de cumulus
Qui s’éloignent doucement
Et rentrent dans les étables de l’oubli.

Mérisiers, hêtres et bouleaux blancs
Éclairant dans l’encre des nuits d’hiver
La procession silencieuse des conifères.

Matawinie
La charrue du cultivateur
La hache du bûcheron
L’arc du chasseur
Déposent leur peau de songe
Devant la fumée des calumets de paix
Des ancêtres autochtones nomades
La buée s’échappant des poitrines laurentiennes.

Lug Lavallée, L'aube métisse, 2016

mardi 15 janvier 2019

Poème vêtu de vers


Un poème vêtu de vers
verse verse le vermouth
le vert menthe
dans les coupes vermeilles
que le vertige nous hante

des anges de verre
traversent l'atmosphère
au revers du temps
la lumière d'hiver
tout en vertu

sous la verrière
le poème revolver
pointe l'univers
révolution à la verticale
du verbe adverse

un poème tout à l'envers
né de faits divers
en verlan
un jour de verglas
glas de verre
pour ce pervers
que l'on enterre  avec ses vers

sévère vous êtes sévère
se plaint le ver sous terre
je suis ce ver moulu
l'envers du cru
cet invertébré
ce déversé
ce verbe taire
ce ver-micelle priant
verset numéro vingt-sept

envers et contre-verse
que l'on verse le vermouth
le vert menthe
dans la coupe vermeille
de ce versatile
ce ver 
au sang vert


à la santé de Prévert
le poète Verseau

Cygne blanc

lundi 14 janvier 2019

Connaissance de soi

Tout l'univers est contenu dans un seul être humain : toi.
Tout ce que tu vois autour de toi, y compris les choses que tu n'aimes guère, y compris les gens que tu méprises ou détestes, est présent en toi à divers degrés. Ne cherche donc pas non plus Sheitan hors de toi. Le diable n'est pas une force extraordinaire qui t'attaque du dehors. C'est une voix ordinaire en toi.
"Si tu parviens à te connaître totalement, si tu peux affronter honnêtement et durement à la fois tes côtés sombres et tes côtés lumineux, tu arriveras à une forme suprême de conscience. Quand une personne se connaît, elle connaît Dieu."

Djalal-od-Rûmi

dimanche 13 janvier 2019

Sans titre


Nul besoin de forcer les portes
De panser les mots
D’habiller les ondes
Et d’ensemencer les pulsations
Il suffit d’élargir les champs magnétiques
En leur fournissant
Le cinabre du cœur
Au diapason des cristaux
Qui archivent les mémoires
Dans leurs gélules de soleils d’or.

Lug Lavallée, L’Aube métisse, 1996

samedi 12 janvier 2019

Éloge de l’immobile

La vie passe au-dehors et sa vitesse est celle de la lumière. Les deux mains sur un globe de papier transparent, contemplant les flocons d’encre noire qui tombent à l’intérieur, il épouse la vitesse plus considérable encore de la lenteur. Il regarde impassible les blocs de temps pur, venus d’un ciel sans profondeur : Éloge de l’immobile. Supplique du muet.

Les noms possibles du lecteur : Méditant par grand froid. Mâche-le-vent. Creuse-l’azur. Songe-blanc. Passeur. Hirondelle du ras de la page.

Christian Bobin

vendredi 11 janvier 2019

mardi 8 janvier 2019

Le retour du carcajou



Toutes avenues obstruées
J’erre dans des scénarios connus
Des déjà-vus déjà vus
Amanites tue-mouches et soma
Des fous et des dieux
Parsemés ici et là
Dans un sous-bois
Où plus personne ne vient
Sauf quelques écureuils volants
Quelquefois des coyotes errants
À la recherche de cerfs orphelins.

Loin des hommes et des femmes
Des troupeaux frileux et des meutes
Familier des contrées sans âmes
De l’odeur des peaux et des émeutes
Sans répits, je suis les pistes
Qui sentent l’urine des origines.

Toutes avenues obstruées
J’erre dans des scénarios  connus
Des déjà-vus déjà vus
Je suis maître des vertiges et des dérives
Maître des dérives et des vestiges
Maître des vestiges et des vertiges
Maître des vertiges et des vestiges
Maître des vestiges et des dérives
Maître des dérives et des vertiges
En équilibre au-dessus de deux rives.

Lug Lavallée, L’Aube métisse, 1996

lundi 7 janvier 2019

Pour de vrai


Arrière, le temps, arrière, l'espace,
Et tout m'est apparu à travers la nuit blanche :
Le narcisse, le cristal, sur la table,
La légère fumée bleue du cigare,
Et ce miroir où comme dans une eau pure
Tu pouvais désormais te mirer.
Arrière, le temps, arrière, l'espace...
Mais toi non plus, tu ne peux pas m'aider.

Anna Akmatova

dimanche 6 janvier 2019

Trace

Il fait bon ici : craquant, crissant,
Le gel, chaque matin plus dur,
Flamme blanche un buisson
D'éblouissantes roses de glace s'incline.
Et sur l'épaisse neige d'apparat,
Une trace de ski rappelle
Qu'il y a bien des siècles
Nous avons passé ici, toi et moi.

Anna Akmatova

jeudi 3 janvier 2019

Le temps du paysage


Montagnes râpées du Nord
Dans la voix d'estuaire de Miron
La sanctification du labeur et du sol
Dans le Verbe terreux de Grignon.

À l'Ouest vers les Hautes Laurentides
La nuit se remplit de la complainte des arbres
Abattus,
Tassés dans les convois criminels des trains routiers
Qui font grincer le paysage.

À l'Ouest, le soleil se couche incognito
Entre rouge-gorge et chevreuil
S’abandonne à la nuit des rapaces.

Là, le ciel s'affaisse plus lourdement qu'ailleurs
Et pond dans les lits des collines
Des étangs et des marais aux silences inquiétants
Extraits des solitudes stridentes de l'Hudson
Venu reprendre dans la noirceur de la nuit
Le trafic de ses fourrures.

Lug Lavallée

mercredi 2 janvier 2019

La chanson du pêcheur


Vieillard, je ne veux
que la paix.

Les choses de ce monde
n’ont pas de sens.

Je ne vois nulle bonne façon
de vivre et ne peux
m’empêcher de me perdre dans mes
pensées, mes antiques forêts.

Le vent qui agite les pins
desserre ma ceinture.

La lune des montagnes m‘éclaire
tandis que je joue du luth.

Vous me demandez : comment s’élève ou chute un homme en cette vie ?

La chanson du pêcheur s’écoule au plus profond du fleuve.

Wang Wei 王维 (701-761)

dimanche 30 décembre 2018

L'arbre de l'amour


L'amour est un arbre
aux branches
dans le toujours
aux racines
dans l'éternité
et au tronc
nulle part.

Rûmi

samedi 29 décembre 2018

Fils de carcajou


J’ai des gènes de carcajou
Semence d’étoiles et de trous noirs
Rebut de galaxies et de marais
J’erre comme un astre maudit.

J’ai des gènes de carcajou
Tantôt sauvage tantôt joueur
Je cherche d’innocentes victimes 
Plongées dans leur sommeil engourdi.

J’ai des gènes de carcajou
Candide, cruel, stupide et imprévisible
Essentiellement nuisible
Je manifeste le chaos et le Verbe.

J’ai des gènes de carcajou
Grand prêtre de tous les orifices
Déclencheur comique et cosmique
Initiateur de changements.

J’ai hérité de l’esprit du carcajou
De la famille des heyokas et des clowns sacré
Des moines kagyüpas et autre fous de Dieu
Des marginaux, Loki et Hamlet de ce monde.

J’ai des gènes de carcajou
On me craint et on me déteste
Des rumeurs disent que je viens du diable
Partout où je passe, je provoque des accidents.

J’ai des gènes de carcajou
Descendant du premier chaman
Du soma de l’amanite tue-mouches,
Versé dans la rhétorique des paradoxes.

J’ai des gènes de carcajou
J’inverse les pôles
Brouille les directions
La logique et les éléments.

J’ai des gènes de carcajou
Mordant dans les chairs du mensonge
De la fausse vertu et de la fumisterie
Je laisse leurs carcasses fumantes derrière mes pas de danse.

J’ai des gènes de carcajou
Les coyotes, les hyènes et les aigles
Partagent ma solitude
Dans le narthex de mon cœur pleurent les étoiles !

Lug Lavallée

mercredi 26 décembre 2018

La brûlure du soleil

Après un certain temps, vous apprendrez que le soleil peut vous brûler si vous vous y exposez trop longtemps. Vous accepterez même que les bonnes personnes puissent parfois vous blesser, et vous aurez alors besoin de les pardonner. Vous apprendrez que parler peut apaiser les douleurs de l’âme…vous découvrirez que cela prend des années de construire la confiance, et à peine quelques secondes de la détruire, et que vous pourrez aussi faire des choses que vous regretterez toute votre vie.

William Shakespeare

dimanche 23 décembre 2018

Boréale

Une aurore boréale m'a parlé de toi
A déshabillé tes secrets
Et m'a montré tes origines.

Dans la paix retrouvée,
J'ai caressé l'éther de tes yeux
Nous avons souri aux souvenirs angéliques des étoiles

Et je crois que nous avons dansé nos vies
Dans la nuit encerclée par les caribous.

Lug Lavallée

vendredi 21 décembre 2018

A toutes mes relations


Tu es musique
Tes nuages sont sans frontières
Quand ils s’approchent
Leurs odeurs se parfument de brume
Tu danses la pureté des gouttes
Les yeux éteints
Je perçois ta beauté
Tes mélodies
Je dépose du tabac
En offrant sur une pierre
Je te suis redevable 
Pour ma liberté


Joséphine Bacon

jeudi 20 décembre 2018

La poursuite du bonheur


Il est des moments dans la vie où l’on a presque l’impression d’entendre l’ironique froufrou du temps qui se dévide,
Et la mort marque des points sur nous.
On s’ennuie un peu, et on accepte de se détourner provisoirement de l’essentiel pour consacrer quelques minutes à l’accomplissement d’une besogne ennuyeuse et sans joie mais que l’on croyait rapide,
Et puis on se retourne, et l’on s’aperçoit avec écœurement que deux heures de plus ont glissé dans le vide,

Le temps n’a pas pitié de nous.

À la fin de certaines journées on a l’impression d’avoir vécu un quart d’heure et naturellement on se met à penser à son âge,
Alors on essaie d’imaginer une ruse une sorte de coup de poker qui nous ferait gagner six mois et le meilleur moyen est encore de noircir une page,
Car sauf à certains moments historiques précis et pour certains individus dont les noms sont écrits dans nos livres,
Le meilleur moyen de gagner la partie contre le temps est encore de renoncer dans une certaine mesure à y vivre,
Le lieu où nos gestes se déroulent et s’inscrivent harmonieusement dans l’espace et suscitent leur propre chronologie,
Le lieu où tous nos êtres dispersés marchent de front et où tout décalage est aboli,
Le lieu magique de l’absolu et de la transcendance
Où la parole est chant, où la démarche est danse
N’existe pas sur terre,

Mais nous marchons vers lui.

Michel Houellebecq

dimanche 16 décembre 2018

Dans ta chambre de verre


Dans ta chambre de verre
précieux instants
précise l'heure de notre rendez-vous
celle où le soleil frappe
juste avant le reflet des arbres
celle où nos regards vacillent
à l'horizon d'un autre monde

toi dans ta chambre de verre
moi au jardin
je ne perçois pas ton souffle 
je le pressens
au balancement des gerberas
il perpétue le mien

un rare papillon se pose
sur ma main  contemplation 
miroitement
il est aussi dans la tienne
l'autre main
le soleil darde de ses rayons
la pointe de ses ailes
la paume de nos mains
au berceau du hara

tu t'élèves
je demeure
Eleorah

Cygne blanc


mardi 11 décembre 2018

Fleur de barricade

Louise Michel

Tu es la muse des pauvres gueux

Ton visage est noir de fumée
Tes yeux sentent la fusillade
Tu es une fleur de barricade
Tu es la Vénus
Des meurt-de-faim tu es la maîtresse
De ceux qui n’ont pas de chemise
Les gueux qui vont sans souliers
Les sans-pain, les sans-lit
Ont tes caresses
Mais les autres te font roter
Les gros parvenus et leurs familles
Les ennemis des pauvres gens
Car ton nom, toi, ô sainte fille
Est Liberté


vendredi 30 novembre 2018

Le survivant


Est-ce le vent
est-ce mon ange
diable on cogne

si l'humanité a disparu
qui peut bien s'intéresser
à moi

est-ce le vent
est-ce mon ange
diable 

devrais-je ouvrir
et dans quelle tenue
je suis si bien là
dans mon fauteuil

si je me lève
le retrouverais-je
tout a tellement disparu

je suis un survivant
le Survivant
le seul l'unique

je peux dire et faire
tout ce que je veux
on ne me contredira pas
même les dieux n'ont plus 
ce privilège

on cogne à nouveau
est-ce lui
non je ne bougerai pas
c'est moi le Maître désormais
personne ne me forcera à répondre
je ne réponds que de moi 
à moi-même 

d'ailleurs je n'en ai pas le temps
le Temps aussi a été emporté
avec tous ces disparus 

comment puis-je
ne serait-ce qu'envisager
me rendre à la porte
si je ne peux plus compter
sur le temps qui m'en sépare 

non je reste là 
dans mon fauteuil

oui on a cogné
mais était-ce avant
pendant ou après

puisque le temps n'est plus
je ne peux situer l'instant
où l'on a frappé
peut-être même que l'on n'a 
jamais frappé à cette porte

à moins que ce soit 
le Temps 
lui-même
qui me revienne

Cygne blanc

mercredi 28 novembre 2018

lundi 26 novembre 2018

Feu d'en bas


Ne crains pas d’attiser ton feu d’en bas. C’est lui qui éveille le cœur et fait les pensées lumineuses !

Henri Gougaud

lundi 19 novembre 2018

Ange

Un tableau de JmRaynaud

Est un ange celui qui - animal, poème ou humain - remet la vie en vie.

Christian Bobin

jeudi 18 octobre 2018

mercredi 17 octobre 2018

Tête emplumée


Au réveil je vérifie
où a-il la tête
il est parti
sans dire 
sans faire 
sans jouir

au creux de l'oreiller 
l'empreinte
et quelques cheveux
que je m'empresse
de rassembler

je vérifie alors
la pression atmosphérique
la chaleur des draps
les reflets de l'extérieur

il est parti 
sans se couvrir
sans boire et manger
sans but

je vérifie alors
le ruban de ses chapeaux
le son du frigidaire
l'absence du connu

où as-tu mis ta tête
réponds-moi
embrasse-moi
crie 

ta tête je l'ai vue
dans ton regard
elle voyage 
sans mot
sans chapeau
pleine d'oiseaux

tête de poète
tête emplumée

Cygne blanc

mardi 16 octobre 2018

Limpidité


J'ai toujours su que nous n'étions pas encore nés, que le monde était une matrice avant le vrai ciel, au-delà des sombres nuages. La vie est à gagner, la limpidité à conquérir. La plupart des hommes sont dans les brumes et ne le voient pas.

Christian Charrière, le maître d'âme

lundi 15 octobre 2018

Ami intérieur

Pour chaque âme individuelle, il y a un maître intérieur qui, tout au long d'une existence terrestre assume envers elle une sollicitude et une tendresse particulières. C'est lui qui l'initie à la connaissance, la protège, la guide, la défend, la réconforte, la fait triompher. Cet être, plein de mystère, d'intelligence et d'amour, les anciens le nommaient la Nature Parfaite. Et c'est cet ami, ce défenseur et protecteur, qu'en langue religieuse on appelle l'Ange.

Abd-ûl Haquîqî

dimanche 14 octobre 2018

Miroir brisé


La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé.
Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve.

Rûmi