vendredi 22 juin 2018

L'étoile a pleuré rose

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles, 
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ; 
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles 
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Arthur Rimbaud

jeudi 21 juin 2018

mercredi 20 juin 2018

Approcher l'épice


Cesse de croire que tu es ce que tu penses. Tu n’es pas ce que tu penses. Cesse de réduire ton être à la dimension de ton crâne. Le sentir seul peut approcher l’épice. Sers-toi de tes yeux, de tes oreilles, de ton goût, de ton odorat, de tes mains. Respire, respire, et laisse-la entrer.

Henri Gougaud, Les sept plumes de l'aigle

mardi 19 juin 2018

L'amour qui nous fonde


Cette puissance infiniment supérieure à l'homme et qui – mystère vertigineux – n'est agissante sur terre qu'à travers l'homme qui l'accueille ou le corps qui l'incarne, cette puissance ou mieux cette présence ineffable et fragile, c'est l'amour qui nous fonde.

Christiane Singer

lundi 18 juin 2018

Soleil levant de l'invisible


Bien avant d'être une manière d'écrire, la poésie est une façon d'orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l'invisible.

Christian Bobin

dimanche 17 juin 2018

Douleur du monde

Sais-tu entrer dans la douleur 
   du monde de toute ton âme,
Pareil au papillon de nuit
   se jetant dans la flamme ?

François Cheng

samedi 16 juin 2018

Gestation essentielle

Porter jusqu'au terme, puis mettre au monde, tout est là. Chaque expression, chaque germe de sentiment, le laisser mûrir en soi, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, ce qui est inaccessible à l'entendement.

Rainer Maria Rilke

vendredi 15 juin 2018

Rencontre de la beauté

Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid. Ta lampe est rose, le vent brille. Le seuil du soir se creuse.

René Char

jeudi 14 juin 2018

Neuve partance

Le Vide. C'est alors qu'au fond de soi
S'ouvre à nouveau la Voie qui du Rien
Avait fait naître le Tout, où la vie
Vécue se découvre en neuve partance.

François Cheng

mercredi 13 juin 2018

Simplicité du ciel


Aux enfants on apprenait jadis 
que Dieu est dans le ciel. 
Mais qui leur apprendra que le ciel est sur terre , 
partout étincelant dans les choses simples ?


Christian Bobin

mardi 12 juin 2018

Vie intégrale


Mais plus que mode de connaissance, la poésie est d’abord mode de vie - et de vie intégrale. Le poète existait dans l’homme des cavernes, il existera dans l’homme des âges atomiques parce qu’il est part irréductible de l’homme. 

Saint-John Perse

lundi 11 juin 2018

Silence qui parle

Le silence parle aussi. Mais si on ne sait pas être silence au-dedans, on ne pourra jamais entendre le silence qui parle.

Henri Gougaud

dimanche 10 juin 2018

Voir la vie

Seuls les artistes et les enfants voient la vie telle qu'elle est.

Hugo Von Hofmannsthal

samedi 9 juin 2018

Pour le baiser définitif


Je t’ai cherchée 
Dans tous les regards, 
Et dans l’absence des regards, 
Dans toutes les robes, dans le vent,
Dans toutes les eaux qui se sont gardées, 
Dans le frôlement des mains, 
Dans les couleurs des couchants,
Dans les mêmes violettes,
Dans les ombres sous les hêtres, 
Dans mes moments qui ne servaient à rien,
Dans le temps possédé,
Dans l’horreur d’être là, 
Dans l’espoir toujours
Que rien n’est sans toi, 
Dans la terre qui monte
Pour le baiser définitif, 
Dans un tremblement
Où ce n’est pas vrai que tu n’y es pas.


Guillevic

vendredi 8 juin 2018

Marche en avant



Il y a, dans notre marche en avant, quelque chose du désir amoureux, de la curiosité de l’amour, même quand nous recherchons la solitude de la forêt ou le calme des sommets ou une plage vide sur laquelle vient s’échouer la frange argentée d’une mer bruissante. Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s'il ne s'agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s'arrête et nous fixe dans l'obscurité. Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu'elle a de décisif, ce n'est pas l'étreinte mais la rencontre.

Hugo Von Hofmannsthal

jeudi 7 juin 2018

Manque d'air

Salvador Dali : prémonition de la guerre civile

Le temps soudain se resserre et voilà que je manque d'air ; l'espace me fuit et je tombe dans mon propre vide. Il n'est rien là, plus même de flacon où enfermer l'ivresse - il n'est plus rien là que moi, tout nu, assujetti à mon miroir.

mercredi 6 juin 2018

La terre


La terre se secoue
de tous ses océans
de tous ses feux
de ses quartz
de ses anges

la terre tremble
de tous ses êtres
de ses vivants de ses morts
de ses mort-nés de ses mort-vivants
de ses colombes

la terre appelle le secours
de ses lunes de ses étoiles
de son phénix
ses nuits sont désormais plus longues
que ses jours

le soleil lui a offert sa dernière extase

Cygne blanc

mardi 5 juin 2018

Aube d'une nouvelle clarté


Tu dois donner naissance à tes visions. Elles sont faites du futur qui attend sa naissance. Ne crains pas le sentiment étrange qui t'habite. Le futur doit vivre en toi bien avant qu'il ne survienne. Tu n'as qu'à attendre la naissance, l'aube d'une nouvelle clarté.

Rainer Maria Rilke

lundi 4 juin 2018

Pas à pas

Je ne sais où je vais mais j'y vais d'un pas lent qui prend le temps par la main, l'embrasse doucement, le rend à la caresse du vent. Il n'est rien là devant moi que les remugles inéluctables du passé qui cherchent à nous retenir en falsifiant demain, et la danse des ancêtres qui prête vie aux ombres grinçantes. J'aurais aimé que tu m'accompagnes jusqu'à l'extrémité acérée de cette solitude qu'on appelle existence : comme un ponton de bois qui avance au milieu de l'océan houleux, elle prend pied au cœur du mystère, nous invitant à plonger. Avec toi, cela aurait été facile de mourir puisque de toute façon, c'est là que nous irons, au rendez-vous que nous a fixé depuis toujours l'immensité patiente, souriante.

dimanche 3 juin 2018

Danse des libellules


L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse, la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse...

Christian Bobin

vendredi 1 juin 2018

Rien à quoi s'aggriper


Le maître se donne
à tout ce que l'instant apporte.
Il sait qu'il va mourir,
et rien ne lui reste à quoi s'agripper : 
pas d'illusions dans l'esprit,
pas de résistances dans le corps.
Il ne réfléchit pas à ses actions : 
elles jaillissent de la profondeur de son être.
Il ne refuse rien de la vie ;
ainsi est-il prêt pour la mort,
comme un homme est prêt à dormir,
après une bonne journée de travail.

Tao-Te-King (adaptation par Stéphen Mitchell)

jeudi 31 mai 2018

Par-delà tes jours

Ne quémande rien. N’attends jamais
D’être payé de retour. Le pur souffle
Que tu propages doit faire le long tour,
Par-delà tes jours. Te reviendra
En orties, ou en pierres, peu importe.
Il t’accompagnera dans ta marche

Plus loin que toi le long de la Voie.

François Cheng

mercredi 30 mai 2018

Dissolution


L'amour est la grande affaire de notre vie. Ce que l'Éros ouvre à l'être, c'est la dissolution de l'ego dans quelque chose qui le dépasse.

Christiane Singer

mardi 29 mai 2018

Pauvreté de l'âme

La solitude épure la vue, elle nous dit que nos jours passent plus vite que le vent sur les eaux, que notre âme est plus pauvre que l'ombre sur la terre.

Christian Bobin

lundi 28 mai 2018

Le diamant

Il y a un temps pour le rêve, et un temps pour le retrait du rêve, qu'on appelle l'éveil. Le rêve est merveilleux, c'est tomber amoureux d'un rayon de soleil, danser avec un souffle de vent. C'est Maya, et combien est-elle belle ! Se réveiller après un tel rêve est difficile, douloureux, comme de voir s'évanouir un mirage tandis que nos bras se referment sur le vide, que notre bouche soudain embrasse un crâne décharné. La mort nous regarde droit dans les yeux en souriant. Peu le supportent, la plupart préfèrent se rendormir au plus vite. Pourtant, cette Beauté qui scintille dans l'illusion ne vient de nulle part ailleurs que du Réel. C'est un mouvement, comme la caresse de la vague qui vient couvrir, puis découvrir en se retirant, le Diamant qui brille de mille feux.

dimanche 27 mai 2018

On the road again

Well, i'm so tired of crying,
Eh bien, je suis si fatigué de pleurer,
But i'm out on the road again.
Mais je suis dehors à nouveau sur la route.
I'm on the road again.
Je suis à nouveau sur la route.
Well, i'm so tired of crying,
Eh bien, je suis si fatigué de pleurer,
But i'm out on the road again.
Mais je suis dehors à nouveau sur la route.
I'm on the road again.
Je suis à nouveau sur la route.
(...)
You know the first time I traveled
Tu sais la première fois j'ai voyagé
Out in the rain and snow -
Dehors sous la pluie et la neige -
In the rain and snow,
Sous la pluie et la neige,
You know the first time i traveled
Tu sais la première fois j'ai voyagé
Out in the rain and snow -
Dehors sous la pluie et la neige -
In the rain and snow,
Sous la pluie et la neige,
I didn't have no payroll,
Je n'avais aucune feuille de paie,
Not even no place to go.
Et pas même un endroit où aller
(...)
But i aint going down
Mais je ne descends pas
That long old lonesome road
Cette longue vieille route solitaire
All by myself.
Tout seul.
But i aint going down
Mais je ne descends pas
That long old lonesome road
Cette longue vieille route solitaire
All by myself.
Tout seul 



samedi 26 mai 2018

Horizon illimité


L'horizon soudain est illimité. Impassible, il s'offre à une envolée d'oiseaux amoureux comme à une caresse frémissante de pure tendresse. Et c'est ainsi, dans l'écrin du temps suspendu, que l’œil naît doucement à la présence d'un nouveau soleil, un éclat de lumière rose qui transperce tout et lui restitue la joie vibrante de l'origine.

vendredi 25 mai 2018

Asile dans la lumière

Le cœur de la nuit cherche
un asile dans la lumière.

Chaque chose
se réfugie dans son contraire.

C'est ainsi qu'existe ce qui existe.

Si s'annulaient les oppositions,
tout cesserait d'exister.

Roberto Juarroz

jeudi 24 mai 2018

Un lieu pour renaître


Toi le féminin
Ne nous délaisse pas,
Hormis en ton sein,
Quel lieu pour renaître ?

François Cheng

mardi 22 mai 2018

Morrigane


Nous sommes tempête. Nous sommes le vent qui mugit, la vague déferlante. Nous sommes la terre qui, après un long sommeil, se secoue. Nous sommes le volcan qui attend son heure. Nous sommes la forêt impénétrable. Nous sommes le fauve tapi dans le silence. Nous sommes la paix du soir qui enveloppe de douceur la grande étendue sauvage. Nous sommes la lune qui danse joyeusement dans le ciel avec le soleil ardent du nouveau matin. Nous avons traversé le feu et la morsure du fer. Nous sommes échappées de vos prisons, dont il ne restera que des ruines. Nous serons sans pitié, comme vous l'avez été avec nos sœurs et nos frères. Nous sommes les enfants à naître de Celle-qui-vient.