jeudi 18 octobre 2018

mercredi 17 octobre 2018

Tête emplumée


Au réveil je vérifie
où a-il la tête
il est parti
sans dire 
sans faire 
sans jouir

au creux de l'oreiller 
l'empreinte
et quelques cheveux
que je m'empresse
de rassembler

je vérifie alors
la pression atmosphérique
la chaleur des draps
les reflets de l'extérieur

il est parti 
sans se couvrir
sans boire et manger
sans but

je vérifie alors
le ruban de ses chapeaux
le son du frigidaire
l'absence du connu

où as-tu mis ta tête
réponds-moi
embrasse-moi
crie 

ta tête je l'ai vue
dans ton regard
elle voyage 
sans mot
sans chapeau
pleine d'oiseaux

tête de poète
tête emplumée

Cygne blanc

mardi 16 octobre 2018

Limpidité


J'ai toujours su que nous n'étions pas encore nés, que le monde était une matrice avant le vrai ciel, au-delà des sombres nuages. La vie est à gagner, la limpidité à conquérir. La plupart des hommes sont dans les brumes et ne le voient pas.

Christian Charrière, le maître d'âme

lundi 15 octobre 2018

Ami intérieur

Pour chaque âme individuelle, il y a un maître intérieur qui, tout au long d'une existence terrestre assume envers elle une sollicitude et une tendresse particulières. C'est lui qui l'initie à la connaissance, la protège, la guide, la défend, la réconforte, la fait triompher. Cet être, plein de mystère, d'intelligence et d'amour, les anciens le nommaient la Nature Parfaite. Et c'est cet ami, ce défenseur et protecteur, qu'en langue religieuse on appelle l'Ange.

Abd-ûl Haquîqî

dimanche 14 octobre 2018

Miroir brisé


La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé.
Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve.

Rûmi

samedi 13 octobre 2018

Mur de briques


L'illusion de la liberté continuera aussi longtemps qu'il est profitable de faire perdurer cette illusion. Lorsque cette illusion sera trop coûteuse à maintenir, ils débarrasseront la scène, déferons les rideaux et vous verrez le mur de briques au fond du théâtre.

Frank Zappa 

vendredi 12 octobre 2018

Mille nouveaux visages

Un amour est venu qui a éclipsé tous les amours. Je me suis consumé, et mes cendres sont devenues vie. De nouveau, mes cendres, par désir de brûler, sont revenues et ont revêtues mille nouveaux visages.

Rûmi

jeudi 11 octobre 2018

Lumière intérieure


Si Dieu réside en chaque homme, alors toute forme d'organisation hiérarchique prétendant détenir le monopole du vrai, et dispensant celui-ci de haut en bas, est l'ennemie de l'espèce humaine. Sans preuve de l'existence de cette Lumière intérieure, il ne peut exister de justification rationnelle à l'anarchie. Avec cette preuve (que je détiens), il n'y a pas d'explication rationnelle légitimant la centralisation du pouvoir, ou les États tels que nous les concevons actuellement. Nous serons tous reliés les uns aux autres de toute façon. Il ne saurait en être autrement. Les conséquences sur le plan social sont incalculables, mais dans le bon sens.

Philip K. Dick, l’exégèse

mercredi 10 octobre 2018

Entre deux trains

Ce matin, comme je me perdais un moment dans l'espace improbable entre deux trains, deux vies, soudain des notes de piano ont égrené le silence. Elles ont ruisselé sur mon âme en perles de lumière qui l'ont lavée et rendue à sa nudité première. Tout superflu étant irrémédiablement perdu pour quelques instants, j'ai retrouvé alors ton sourire qui attendait au fond de non cœur que je le redécouvre, soleil éclairant du dedans le diamant de l'Être.

mardi 9 octobre 2018

Subtilité

Si tu es à la recherche de la demeure de l'âme, tu es une âme. Si tu es en quête d'un morceau de pain, tu es du pain. Si tu peux saisir le secret de cette subtilité, tu comprendras. Chaque chose que tu recherches, tu l'es.

Rûmi

lundi 8 octobre 2018

Se battre


Ce qu'un Sans Roi doit faire, c'est tout faire pour que l'argent et la gloire n'ait plus pour lui aucune valeur. Savoir qu'il vivra inconnu et mourra pauvre - mais tout faire pour que cette pauvreté soit la fenêtre vers des rapports plus justes, des relations plus belles, et cet anonymat la porte vers des combats plus intenses et des amours plus nobles. Se battre, non pour s'enrichir à la place des chefs mais pour que ceux-ci ne détruisent pas davantage la nature, les animaux et les hommes dans leur projet infernal. Se battre, non parce que nous voulons posséder ce monde illusoire mais parce que c'est la seule façon d'accéder à quelque chose qui ressemble à un destin. Se battre, parce que ce combat est la seule chose qu'ils ne peuvent pas nous prendre ; c'est la seule chose qui ne puisse être négociée.

Pacôme Thiellement, la victoire des Sans Roi

dimanche 7 octobre 2018

Tapis rouge

J'entre doucement dans l'automne de ma vie. À pas lents, comptés, je me glisse sans bruit parmi les ombres qui s'allongent. Les feuilles mortes de nos amours défuntes me font un tapis rouge où l'or du temps se mêle au brun de la terre féconde. J'ai le privilège des larmes qui ravivent la mémoire et arrosent la fleur de lumière. Intacte quoi qu'il arrive, elle traversera l'hiver et te parviendra où que tu sois.

samedi 6 octobre 2018

L'enfer

L’enfer, c’est de toujours faire les choses en s’en foutant. C’est de vivre en pensant à autre chose. L’enfer, c’est de ne jamais être là, mais toujours un peu avant ou un peu après, à regretter quelque chose ou à en attendre une autre. C’est de ne jamais écouter quand on vous parle, parce qu’on s’emmerde partout et qu’il n’y a pas de raison que ça s’arrête. L’enfer, c’est la vie gâchée à attendre la vie, la pensée gâchée à penser autre chose.

Pacôme Thiellement

vendredi 5 octobre 2018

Réintégration


Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus grave menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux.

André Malraux

jeudi 4 octobre 2018

Petit rien

Il n'a rien  qu'un petit rien
bien enfoui dans sa main
il va souriant
chantonnant à St Germain
on le croise soir et matin
au café du coin

il ne dit rien
il vous sourit
vous tend la main
son regard au loin
vous entraîne

là où les fruits les fleurs
et le labeur  boivent à la chaleur
des pays lointains
là où les baleines les requins
les oursins se côtoient
aux pays marins

là où se trouve celle à qui 
il a tout donné
celle du pays en chemin
cette étrangère
qui vous donne la vie
puis la ravit

il n'a rien  qu'un petit rien
bien enfoui dans sa main
un peu d'eau
un peu de cendre
que du divin

Cygne blanc

mercredi 3 octobre 2018

Redite

Entre rein et cœur, à notre insu
   un filet de souffle circulant
Redit ce que les astres ont tu
   ce que la chair a corrompu

François Cheng

lundi 1 octobre 2018

Rosier enflammé


Tu es dans mon cœur même quand je l'ignore, comme un rosier qui s'enflamme en l'absence du jardinier.

Christian Bobin

dimanche 30 septembre 2018

Préparatifs

Ne perds jamais espoir,
mon cœur,
des miracles se préparent
dans l’invisible.

Rûmi

samedi 29 septembre 2018

Soumission passionnée

Le principe de mon travail est une soumission passionnée à l'objet qui m'occupe, auquel, en d'autres mots, mon amour appartient.

Rainer Maria Rilke

jeudi 27 septembre 2018

mardi 25 septembre 2018

Rivière et fleuve


Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

François Cheng

lundi 24 septembre 2018

Blessure éternelle


Ce que les nazis ont fait aux juifs n'est rien que l'on puisse dater et inscrire dans la longue chaîne de l'Histoire, ce n'est rien de passager ni de localisé en un seul pays, c'est un fait absolu, une blessure éternelle dans la chair terrestre du temps, c'est ce que l'humanité a fait à toute l'humanité, c'est ce que l'humanité s'est fait à elle-même. Le mal perpétré par un seul homme souille tous les autres hommes, de même que les larmes versées par un seul lavent tous les autres. Le meurtre comme la bonté engagent à chaque fois l'humanité entière, la sauvent et la perdent à chaque fois.

Christian Bobin

dimanche 23 septembre 2018

Main noire


Il y a ce poids qui s'alourdit avec la nuit, cette fatalité indécente de la poésie. Il y a le rempart fragile de l'enfance devant la marée du chagrin. Il y a le clinquant absurde de l'ordre marchand qui me met des chaines aux pieds et veut monnayer mon rêve. Il y a ces raisons qui me sont servies froides et un peu rancies de rétrécir la vie jusqu'à en faire un horizon minuscule. Il y a le scalpel de ton absence qui grave des arabesques dorées sur mon cœur obsidienne. Il y a les lignes de fuite brûlantes du désir qui dessinent un ailleurs impossible sous la couverte du silence. Il y a cette main noire qui tendrement ramasse les dés de l'existence et les relance, comme si tout pouvait recommencer...

samedi 22 septembre 2018

Je suis

Je suis le jour. Je suis la nuit. Et je suis ce qui les tient ensemble. Je suis le vent qui tourbillonne, je suis la vague qui meure en embrassant le rocher, et je suis l'océan avec son parfum d'infini. Je suis le goéland qui trace une route invisible dans le ciel, et je suis le goût de grand large que les embruns viennent déposer sur ta bouche. Je suis tout ce que je ne suis pas tandis que m'effaçant, je livre passage à ce qui est... sans moi.

vendredi 21 septembre 2018

Intériorité


Je ne peux rien te donner
qui n'ait déjà son existence
à l'intérieur de toi...
Je ne peux te proposer
d'images que les tiennes...
Je t'aide à rendre visible
ton propre univers...
C'est tout...


Herman Hesse

jeudi 20 septembre 2018

Aurore inattendue

Je marche dans la nuit sur des traces qui deviennent lumineuses quand je ferme les yeux. Je marche dans la vie sur un fil tissé de rêves aveugles où se reflètent le ciel ardent et les étoiles rieuses. Je marche dans le vide avec le regard tourné en dedans vers ta beauté, cette aurore toujours inattendue.

mercredi 19 septembre 2018

Bateaux sans équipage

Chaque objet se ferme et résonne
Mes outils démoniaques me tachent.
Sur des bateaux sans équipage
   nous profanons le paysage d'un secret
L'infini n'arrivera pas jusqu'à nous.

François Charron

mardi 18 septembre 2018

Alchimie essentielle


Nous labourerons les terres obscures de la nuit. Nous travaillerons le chaos à mains nues, laissant la matière pénétrer les pores de notre peau jusqu'à la rendre translucide. Nous sèmerons nos amours mortes dans le cœur immobile du temps. Nous les irriguerons de notre impatience infiniment patiente. Nous traverserons intacts l'opacité de l'instant. Nous récolterons enfin les soleils dansants qui éclaireront demain.

jeudi 13 septembre 2018

Ni manifesté, ni caché


Comment pourrai-je toujours exprimer Cette Vérité ? 
Comment puis-je dire: "Il n'est pas ceci, ni cela " 
Si je dis qu'il est en moi, le monde est incrédule, 
Si je dis qu'il est au-dehors de moi, c'est mentir. 
Il rend le monde intérieur et extérieur comme un tout indivisible : 
le visible et l'invisible sont ses marchepieds. 
Il n'est ni manifesté,  ni caché. 
Il n'est ni révélé, ni non révélé. 
Il n'y a rien en vérité qui puisse exprimer ce qu'il est.

Kabir

mercredi 12 septembre 2018

Le rire du jardinier

J'ai couru au jardin et j'ai cueilli une rose.
Je craignais d'être vu par le jardinier.
J'entendis la voix du jardinier me dire :
Qu'est-ce qu'une rose, je te donnerai tout le jardin.

Rûmi