lundi 22 juillet 2019

Joyeux âne y versèrent...


Cela fait 5 ans aujourd'hui, jour pour jour, que le blogue "la joie d'être un âne" est venu au monde. Il rassemble aujourd'hui 1500 textes de toutes provenances. Je remercie tout particulièrement les personnes qui ont contribué à l'enrichir en y publiant des textes inédits...


Pour célébrer ce moment d'émotion rétrospective, je vous offre la dernière version d'un de mes textes préférés, bien sûr dédié à l'âne qui hante ce blogue :

Voici l'âne atone tant il trouve la vie monotone. Son ami l'Anatole n'arrive plus à le faire rire, et même la plus jolie des anatomies le laisse indifférent. Finira-t-il anachorète ? Non, car l'âne sans analogie a sa logique qui n'est pas la notre...

Mais voilà donc qu'il est sans voix à force de crier "vive l'âne Archie !". 

Il ne reste qu'à envoyer l'âne au Mali où il trouvera du réconfort auprès de l'âne à Lise. Ce qui lui vaudra ce conseil qui, sans âne au logis, ne saurait être anodin : ô âne aphone, garde-toi de l'anathème ! Mais surtout, donc, joyeux anniversaire, âne animé mais non anonyme qui, sans anesthésie ni anamnèse anaphylactique, répand ta joie anagogique ! 

vendredi 19 juillet 2019

Portion d'éternité

Nu avec écharpe jaune - Egon Schiele

Le corps nu de la femme est une portion d'éternité trop grande pour l'oeil de l'homme.

William Blake

jeudi 18 juillet 2019

Vie intérieure


J’apprenais que la poésie est un acte, 
une incantation, 
un baiser de paix, 
une médecine.

J’apprenais que la poésie est une des rares choses au monde 
qui puisse l’emporter sur le froid et la haine. 
On ne m’avait pas appris cela.

*

Toujours cette liaison de la lumière et de la joie, cette identité : 
c’est le fait central, constitutif de mon expérience. (...)
Mes amis eux-mêmes s’y trompent souvent : 
ils ne savent pas ce que je dis quand je dis : « lumière ». (...)
Quand je dis « lumière », je ne songe pas aux objets lumineux, 
au tourbillon de reflets et d’oscillations qui forme l’univers visuel. 
Je songe à la source, qui, elle, est au-dedans »

*

Bref, dans ce monde qui secoue contre mes oreilles tous ses règlements et toutes ses ferrailles, 
dans le monde qui chaque jour m’apporte de plus grandes connaissances, des légumes plus grands, des armées plus grandes, 
j’ai besoin de nourriture, j’ai faim. 
J’ai faim d’une chose qui ne diminuerait pas et ne grandirait pas, 
d’une chose qui simplement n’aurait pas de fin. 
Cette chose- là, faute d’autre mot, je l’appellerai la vie intérieure.

Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui.

mardi 16 juillet 2019

Les chiens et les élégantes


Les chiens des petits mesdames et messieurs
De Saint-Lambert et autres villes de  bourgeois 
Qui ignorent Brel et sa chanson Les cochons
Ont droit à d’extraordinaires attentions
Auxquelles la meute des pauvres aux abois
Ne flairera jamais l’odeur sous ces cieux.

Ces canins bénis de Saint-Lambert et d’ailleurs
Aux petits soins vous toisent, bavant d’arrogance
Grands gagnants au loto des réincarnations
Loin des gamins privés de l’os  d’une passion
Qui jamais ne goûteront aux biscuits d’abondance
 Mômes aux yeux éteints et au cœur plein de peurs.

Chiens bercés dans  les confidences, les câlins
Maîtres des regards domestiques de leurs maîtresses
Idiotes qui ne font que parader leur aisance
Idiots, esclaves d’une sotte bienveillance
Qui jamais n’humeront un effluve de détresse
Sauf si leur canin requiert un psy ou un bain.

Et moi  dans cette marche invalide à l’amour
Tâche qui soulève l’ire des élégantes
Une ride sur l’horizon, un déclassé
L’intrus pour leurs chiens  soudainement menacés
Un inversé  dans des solitudes démentes
Mais un cerbère qui les attend au détour.

Lug Lavallée

lundi 15 juillet 2019

Intérieur de l'âme


L'œil de l'esprit ne peut trouver nulle part plus d'éblouissements ni plus de ténèbres que dans l'homme ; il ne peut se fixer sur aucune chose qui soit plus redoutable, plus compliquée, plus mystérieuse et plus infinie. Il y a un spectacle plus grand que la mer, c'est le ciel ; il y a un spectacle plus grand que le ciel, c'est l'intérieur de l'âme.

Victor Hugo

jeudi 11 juillet 2019

Si je suis tout ce que j'ai aimé


Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant Nights in White Satin
Le cœur comme un gong
Répondant aux vibrations des étoiles
Par une nuit de plénitude d'août
De l'année mille neuf cent soixante sept 
Devant le bassin de La Ronde
Où donc se rend l'âme des ondes?

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant White Rabbit
Les  stolons des sens 
Courant dans la nudité du désert
Et du couchant psychédélique californien
La voix quittant les grottes gutturales 
Une cascade qui remonte le cours du ciel
Et retire ses vêtements de miel.

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant Hurdy Gurdy Man
Les épées aux milles couleurs de Vishnou
Émergeant des diamants de l'aura
Iles lacustres des bienheureux
Ragas de fleurs jamais fanées
Dans le bleu Krishna de tes yeux
Un vœu logé dans chaque dieu.

Si je suis tout ce que j’ai aimé
Écoutant Hey Joe
Les yeux conçus pour la liberté
De Londres à San Francisco
Fuyant la potence et ses lois
Pour l’amour des filles et de la zizique
Tout nu sur le sol et sur le do
L’âme comme un desperado.

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant Suzie Q 
L'hypnotique mantra des bayous
Les violets des nuits d'encre
Les oboles remplies du sang de la lune
Dans les pupilles des marécages
Et celles des grenouilles, des caïmans,
Des quenouilles et des serpents.

Si je suis tout ce que j’ai aimé
Écoutant On the Road Again
Avec mes rêves d’Eldorado
De coureur de bois et de hobo
Enfant de rivières, de montagnes,
De forêts et de plaines
Traînant ma vérité comme un apôtre
Sans hargne d’un océan à l’autre.

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant Sunday Morning
L'éclectique et le psychédélique Warhol
Derrière les vitrines des gratte-ciels de Manhattan
Aux yeux de mouches et de fourmis
Et la voix sulfureuse de Nico
Sirène de l'héroïne et des barbituriques
Walkyrie égarée en Amérique.

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Écoutant The End
Une plume de quetzal
Balayant la Côte Ouest
Et l'esprit du peyotl
Et des sages navahos
Fleurissant comme un cactus ardent
Dans la tête d'un poète de dix-sept ans.

Si je suis tout ce que j'ai aimé
Alors le cœur du futur
Bat la mesure 
De toutes les musiques qui l'ont vu fleurir.

Lug Lavallée

mercredi 10 juillet 2019

Féminin

J'appelle féminin cette qualité que la femme réveille au cœur de l’homme, cette corde qui vibre à son approche.

J’appelle féminin le pardon des offenses, le geste de rengainer l’épée lorsque l’adversaire est au sol, l’émotion qu’il y a à s’incliner.

J’appelle féminin l’oreille tendue vers l’au-delà des mots, l’attention qui flotte à la rencontre du sens, le palpe et l’enrobe.

J’appelle féminin l’instinct qui, au-delà des opinions et des factions, flaire le rêve commun.

Christiane Singer

mardi 9 juillet 2019

Nuit d'exil


L’exil
Nous allège de tout
Il nous déshabille entièrement
Il commence par effacer nos noms
Avant de camoufler nos âges
De zébrer nos réminiscences
Et d’incendier nos racines

L’exil
Il engloutie la mémoire
Et nous expose à l’errance
Il nous dévie de nos voies 
Nous détourne de nos liens
Nous absente de nos lieux
Et de nous-mêmes

Au bout de soi
Que reste-t-il ?
Un déraciné qui se ressaisit
Comme dans un rêve
Quel est ton nom ?
Moi ?
Eeuh !

Je suis celui qui renaît de ces cendres
Je retrouve mon nom et habille mon âge
Je suis celui qui reprend son souffle
celui qui reprend vie
J’arrive

Je suis celui qui prend pays
Celui qui choisit sa maison et ses voisins
Je suis celui qui rentre dans sa marche
Épouse son pas et se recommence 
Sans cesse

Je suis le libéré.

Jeanne-Marie Rugira - Décembre 2014


lundi 8 juillet 2019

Regarder la mer


Je reste des heures, sans bouger simplement à regarder la mer, à écouter les coups des vagues, à goûter au sel jeté par les rafales de vent. Ici, il me semble qu'il n'y a rien de tragique.

Jean-Marie Gustave Le Clezio

dimanche 7 juillet 2019

Accouchement de l'âme

S’il y a une âme, c’est une erreur de croire qu’elle nous est donnée toute créée. Elle se crée ici, à longueur de vie. Et vivre n’est rien d’autre que ce long et torturant accouchement.

Albert Camus

samedi 6 juillet 2019

Éblouissement


Que meurent que crèvent LES POÈTES pour que LA POÉSIE soit langue d'échange entre des ÊTRES inventés CE MATIN dans la SARDANE DES SANGS ALIÉNÉS, dans l'ÉBLOUISSEMENT DU CORPS RECONQUIS deux mille ans après que le Nazaréen ait rendu le dernier souffle.

André Laude

vendredi 5 juillet 2019

Épuisement de la vérité


La vérité vient de si loin pour nous atteindre que,lorsqu'elle arrive près de nous, elle est épuisée et n'a presque plus rien a nous dire. Ce presque rien est un trésor.

Christian Bobin

jeudi 4 juillet 2019

Comme scie

Comme si
                  Cette vie n’avait été qu’un mauvais rêve
                  Un pèlerinage vers des oasis d’illusions
                   Quelques trêves dans des jardins d’hallucinations
                   Inanimés tous ces visages aimés?
                   Éventrées ces étreintes de dieux noyés?

Comme si 
                  C’était aujourd’hui que je m’éveillais
                  Maintenant qu’il n’y a plus rien
                  Tout juste un peu de sable fuyant le sablier des mains
                  Un cri émigré devant la route de ma voix
                  Brisant le cendrier rempli des couleurs de l’horizon

Comme si
                  Tous les mots dits étaient dorénavant maudits
                  Les traces de mes pas à jamais effacées
                  Les pays habités des îles évaporées
                  Mon père le plus proche des étrangers
                  Et ma mère une pierre au fond de la mer

Comme si
                  Quelqu’un ou quelque chose avait scié
                  La pomme de la gorge des vents et du souffle
                  Où se termine l’inspiration et où débute l’expiration
                  Où les feuilles peu à peu vident la mémoire des arbres
                  Là où se taisent les dernières percussions des yeux

Comme si 
                  Les chiens, les enfants et les chats
                  Toujours tendaient de fragiles passerelles
                  Aux linceuls de nos âmes fantomatiques
                  Les invitant à traverser sur les os  le sang solaire des océans
                  À revêtir d’habits de brumes les squelettes de nos peurs étranglées

Lug Lavallée

mercredi 3 juillet 2019

La poésie est inadmissible


La poésie est inadmissible. Seule la voyance demeure permise dans ce monde de barbelés de magnétos qui tournent inlassables le jour et la nuit tandis que les mathématiciens les ingénieurs étudient les possibilités d'accélérer les cadences, tandis que les philosophes s'épuisent à couvrir de leur ombre puante le fonctionnement de la machine.

André Laude

mardi 2 juillet 2019

Traversée


La traversée est le lieu de l'incertitude, de la non évidence, de l'étrangeté.

Edouard Glissant

lundi 1 juillet 2019

Force étrange


Laissez-vous silencieusement attirer par la force étrange de ce que vous aimez vraiment. Elle ne pourra pas vous égarer. 

Rûmi

dimanche 30 juin 2019

Pina

Hommage à Pina Bauch, à l'occasion du 10ème anniversaire de son décès


Un homme, une chaise
Il s’assoit
Seuls ses pieds s’agitent sous lui
Un autre homme
Entre, s’étend au sol
rampe de ses bras
de ses coudes
il emplit l’espace   
de son corps
le troisième homme s’adosse
au mur, observe
le quatrième trouve sa place
d’emblée
il monte sur une table
tend les bras vers le haut
regarde droit devant lui

Elle arrive
virevolte non
pas encore
voltige bientôt
danse à peine
court à perte
marche vers l’un
vers l’autre sans égard

sa robe
vous la voudriez bleue
intouchable
ou rouge de braises
en fusion
verte océane
elle est orangée
terre brûlée
à l’approche du soleil
terre de sienne
comme sa peau
de pauvresse
de princesse

au sol l’homme rampant
l’encercle de sa masse
la retient longuement
dans son déséquilibre
elle s’abandonne
lentement il la transporte
elle est son habitat
il lui retire sa robe d’ocre
de terre brûlée
elle porte alors sa robe océane
il l’installe sur les genoux
de l’homme assis puis s’éloigne

l’homme assis
la berce
la dévêt de sa robe verte
dont il couvre ses pieds
désormais immobiles

le troisième homme
quitte son point d’observation
l’attire à lui
rouge tango
d’une robe oubliée

rêve indigo dévoilé
dans les bras de l’homme attablé
dépouillée d’un frisson
elle est nue
comme la peau du ciel à l’aube
plus nue que la lune
face au soleil
que vous et moi dans son regard

elle danse, virevolte, voltige
ses bras, ses jambes
enserrent l’horizon
son corps épouse ciel et terre
son souffle attise la fusion
des braises
embrasse le bleu inouï
survole l’ocre des déserts
aux confins des océans

sa chair est continent
forêt, brousse, jungle
longue plainte d’un ailleurs
qui nous revient

dans le regard des hommes
un seul désir
Être
Être à nouveau
Infiniment
Être

Cygne blanc


vendredi 28 juin 2019

Décantouque d’un pays à reconquérir

Hommage à Gérald Godin


Je n’entends plus les voix de Maria
Sauf loin loin dans les bois
Où s’arrête le regard du comte d’Hydro
Et où les loups et même le Windigo
Pensent à changer de peau.

Tout ça à cause des descendants de Bigot
Et des Libéraux qui ont toujours vendu
Les yeux de canon de Louis bourg qui n’ont rien vu
Nos forêts, nos lacs, nos idées et nos grandes crues
Nous reléguant aux sauvages, aux moins que rien et aux parias.

Ils sont où ces trafiquants d’armes, de terres et d’âmes
Virus qui s’attache au corps de lumière d’un peuple
Pour lui soutirer son bonheur et ses flammes
Afin que tranquillement il se dépeuple.

Les tabarnaks à cravate
Crosseurs de la bourse
Qui un jour n’aura plus de jus
Plus de vie, plus d’avenir
Les petits gestionnaires et les nouveaux spéculateurs
Qui ont tassé les poètes, les diseurs et les chanteurs
Ceux-là qui ont repris du service en soixante-seize
Et qui ont  au nom de l’économie,
Surtout la leur, nous  promettaient 
Le chemin le plus court pour y arriver au pays
Les disciples du fiasco olympique
Du triomphe de la pensée commerçante unique
Qui ont multiplié par milliers les têtes de Babylone
À Dubaï, à Shanghai et dans toutes les métropoles
Aux impuissances phalliques de gratte-ciels
Aux érections toujours plus hautes
Et aux ongles de schistes
Les binaires, les pognés 
Du nouveau bréviaire
Les unicellulaires enfermées dans leurs cellulaires
Dans les toiles d’araignée refroidies
Des Kundalini aux mille pattes nouées
Des réseaux électriques et des fibres optiques.
Elles sont où nos squaws et nos filles du roy
Dans ce pays de fausses blondes 
Qui rêvent de policiers et de pompiers 
D’entrepreneurs en construction 
Et de joueurs de hockey
Tous pendus aux écumes du million?

Qu’est-ce qui t’arrive ma Terre Québec
Il est grand temps que tu retournes à l’argile
Tiens à L’Isle-Verte où défèquent les oies
Qu’on te refasse une beauté?
C’est-tu ça Terre Québec
Une vitrine de porcs d’hamsters dame Nouvel Âge
Qui tournent en rond dans l’anale logique pas du tout?

Vous êtes où Pélo, Ducharme, Godin, Julien et Langevin
Pis les hôtes?
Qui voyaient surréalistes 
Et n’en voulaient pas de cet hyperréalisme
Virtuel calqué sur du mauvais réel
Au point de l’étouffer le réel 
De l’empêcher de respirer
De sortir des cadres

Allons sortons les violons
Les gazous, les musiques à bouche et à babouche
Les cuillères, les flèches de nos ceintures
Et dans un reel d’enfer
Faisons le sortir le réel de ses normes et de ses cadres
Qui ne nous ont jamais appartenu.

Retournons dans nos forêts Gaulois d’Amérique
Disons non à ces abrutis qui arrachent les bras des arbres
Aux pro gazons et autres poisons de ce monde 
Aux convertis de la Gestapo Santé Sécurité
À ces délateurs gelés aux barbituriques des média
Et au nouvel Évangile de l’imbécillité
Qui voient en chaque voisin un maudit Judas.

Il est où mon Québec
Des parties de hockey
Des gamins qui bloquaient les rues l’hiver
Des rondelles noires aux yeux carbonisés
De Maurice Richard ?
Il est où mon Québec perdue dans les légendes nues
De je m’ensauvage quand le cœur m’en dit
Parce qu’il cogne trop fort avec son Noroît contre mes tempes
Et que j’ai le goût de bondir 
Comme une fleur à la face de la vie ?

Lug Lavallée, 

dimanche 23 juin 2019

Folie qui danse

Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse.

Christian Bobin

samedi 22 juin 2019

Se connaître

Si tu parviens à te connaître totalement, si tu peux affronter honnêtement à la fois tes côtés sombres et tes côtés lumineux, tu arriveras à une forme suprême de conscience. Quand une personne se connaît, elle connaît Dieu.

Djalâl-od-Dîn Rûmî

vendredi 21 juin 2019

Entre les murs

Entre les murs
du temple
nous marchons

chacun de nos pas
nouveaux
anciens
à la fois

fleurs du frangipanier
offrande terrestre
à la porte des jardins
Ganesh
le Om 

Cygne blanc


jeudi 20 juin 2019

Réinventer le feu

Il faut la nuit pour que le jour puisse sortir de la profondeur obscure qui l'enfante. Il faut le jour pour que la nuit puisse jouir de la danse du soleil dans le temple qu'est son ventre. Il faut le temps suspendu pour que soit recueillie la semence de la lumière. Il faut l'immensité de l'océan étoilé et la violence des embruns qui fouettent le visage, la douceur salée des larmes qui remplissent l'absence par laquelle tout est convoqué, pour qu'enfin opère l'alchimie qui réinvente le feu chaque matin. Il faut l'Amour, sinon tout est vain.


mercredi 19 juin 2019

mardi 18 juin 2019

Force dérangeante

La vie, appelons ainsi approximativement cette force dérangeante qui se charge, à brève ou longue échéance, de délabrer tout système, n'a cure des bonnes intentions. Non que ces intentions n'aient été sincères, mais la vie ne les respecte pas. Dans toute croyance, dans tout principe, dans toute idéologie, elle flaire le "système", la réponse toute faite. La vie ne tolère à la longue que l'impromptu, la réactualisation permanente, le renouvellement quotidien des alliances. Elle élimine tout ce qui tend à mettre en conserve, à sauvegarder, à maintenir intact, à visser au mur.

Christiane Singer

lundi 17 juin 2019

Obligation morale

Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura dans ce monde en ébullition.

Etty Hillesum

dimanche 16 juin 2019

Territoire inconnu


La vie en territoire inconnu, sans refuge, sans repères. La fraîcheur d’images surgies tout droit de la terre. Ici, pas de style, quelque chose comme une physique, une physique de l’esprit, une physique du mot. Pas de discours fadasse charriant des mondes morts. Quelque chose qui va plus loin, qui vous relie à l’univers.

Kenneth White

samedi 15 juin 2019

Chemin le plus court


Dans ce monde saccagé, les chemins les plus courts d'un être à un autre sont des chemins intérieurs. On ne connaît pas la vie de quelqu'un si l'on n'en sait que les événements extérieurs. Pour connaître la vie de quelqu'un, il faut connaître ses rêves, ses rapports avec ses parents, ses états d'âmes, ses désillusions, sa maladie, sa mort.

Etty Hillesum

jeudi 13 juin 2019

Comme fit la rose


Comment
fit la rose
pour jamais ouvrir son cœur
et donner à ce monde toute sa beauté ?
J'ai senti le réconfort de la lumière au travers de son être
sans ce sentiment nous restons tous trop
effrayés.

Hafiz de Shiraz

mercredi 12 juin 2019

Durée amoureuse

La durée amoureuse n'est pas une durée. Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.

Christian Bobin

mardi 4 juin 2019

Un arbre


Vivre comme un arbre, seul et libre
Vivre en frères comme les arbres d'une forêt. 

Nazim Hikmet