mardi 18 septembre 2018

Alchimie essentielle


Nous labourerons les terres obscures de la nuit. Nous travaillerons le chaos à mains nues, laissant la matière pénétrer les pores de notre peau jusqu'à la rendre translucide. Nous sèmerons nos amours mortes dans le cœur immobile du temps. Nous les irriguerons de notre impatience infiniment patiente. Nous traverserons intacts l'opacité de l'instant. Nous récolterons enfin les soleils dansants qui éclaireront demain.

jeudi 13 septembre 2018

Ni manifesté, ni caché


Comment pourrai-je toujours exprimer Cette Vérité ? 
Comment puis-je dire: "Il n'est pas ceci, ni cela " 
Si je dis qu'il est en moi, le monde est incrédule, 
Si je dis qu'il est au-dehors de moi, c'est mentir. 
Il rend le monde intérieur et extérieur comme un tout indivisible : 
le visible et l'invisible sont ses marchepieds. 
Il n'est ni manifesté,  ni caché. 
Il n'est ni révélé, ni non révélé. 
Il n'y a rien en vérité qui puisse exprimer ce qu'il est.

Kabir

mercredi 12 septembre 2018

Le rire du jardinier

J'ai couru au jardin et j'ai cueilli une rose.
Je craignais d'être vu par le jardinier.
J'entendis la voix du jardinier me dire :
Qu'est-ce qu'une rose, je te donnerai tout le jardin.

Rûmi

mardi 11 septembre 2018

Hors du paradis

Un jour on sort du paradis et on voit ce qu'est le monde : un palais pour les menteurs, un désert pour les purs.

Christian Bobin

lundi 10 septembre 2018

Neti, Neti


Neti, Neti.. Ni ceci ni cela...L'esprit humain ne peut pas Le saisir. Seul l'être vide de toute illusion et de toute Vérité autre que celle-ci peut selon sa grâce l'incarner.

Yakob Asclepios Saladdin

dimanche 9 septembre 2018

Fontaine de jouvence


Nous avons traversé les ténèbres de l'océan et l'immensité de la terre. Nous avons enfin trouvé la fontaine de jouvence. Elle nous attendait patiemment au cœur de nous-mêmes.

Rûmi

samedi 8 septembre 2018

Changer de vie

Trois mots donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c'est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie c'est l'absence de chemin, l'incertitude des voies. On n'est pas devant une question, on est à l'intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c'est ce que l'on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne, n'a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu'en s'étant assurés d'une monnaie d'échange dans leur main droite : on voudrait bien d'une vie nouvelle mais sans perdre la vie ancienne. Ne pas connaître l'instant du passage, l'heure de la main vide.

Christian Bobin

vendredi 7 septembre 2018

Création quotidienne


Pour les lois de la thermodynamique et de l'entropie, tout ce qui est créé est entraîné tôt ou tard de l'ordre au désordre. Tout finit bien sûr par s'affaiblir et se débiliter, tout ce qui était juste devient faux avec le temps, tout ce qui était beau et lisse se craquelle... Mais au lieu de nous en affliger, nous devrions voir là la sagesse primordiale de la création qui ne nous livre pas une fois pour toutes un réel achevé, parfait et durable, mais nous invite en permanence, dans le respect des lois ontologiques et des structures d'un ordre de l'amour, à réactualiser, à remettre à neuf ce qui s'étiole, à réinventer des contenants et des contenus, à faire que soit neuf ce qui était hier usé, que soit étincelant ce qui était hier terni. Nous sommes en permanence nécessaires à la création quotidienne du monde. Nous ne sommes jamais les gardiens d'un accompli mais toujours les cocréateurs d'un devenir.

Christiane Singer

jeudi 6 septembre 2018

Fleurs verticales







Je t'offrirai un bouquet de fleurs verticales pour éclairer en dedans, au profond de la nuit que tu portes comme on porte une vie à naître. Elles seront cri. Elles seront bruit de l'âme qui se déplie après avoir été trop longtemps à l'étroit. Elles seront musique quand l'étoile qui en toi veut danser déploiera ses ailes pour rejoindre ses sœurs - enfin libre !


mercredi 5 septembre 2018

Ballons sur le nez

Ça vaut pas la peine 
De laisser ceux qu'on aime 
Pour aller faire tourner 
Des ballons sur son nez 
Ça fait rire les enfants 
Ça dure jamais longtemps 
Ça fait plus rire personne 
Quand les enfants sont grands .

Beau dommage.




mardi 4 septembre 2018

Maison ouverte


Le solitaire est celui qui n'est plus jamais seul parce que toutes choses viennent à lui trouver leur nom. Il est comme une petite maison dans la forêt, si ouverte au silence que les bêtes sauvages ne craignent pas d'y entrer.

Christian Bobin

lundi 3 septembre 2018

Horizon écarlate


Un oiseau plonge dans l'horizon écarlate.
Le suivant des yeux, elle demande :
Jusqu'où irons-nous ensemble ?

dimanche 2 septembre 2018

Route brûlante

Le soleil trace une route
qui va brûlante de maintenant à maintenant
sans détour ni retour.

samedi 1 septembre 2018

Recevoir ce qui nous est donné


La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches d’un monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d'herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, dans une fine touche de bleu, bleu pale, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant au sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté , vous voyez bien, elle est partout donnée. Et si en même temps, elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.

Christian Bobin

jeudi 30 août 2018

Un après-midi d'août


Un après midi d'août
cette chaleur torride
comme j'aime
rien ne bouge ou presque

nue sous ma robe de coton
je retourne à l'état premier      
dans l'incubateur du monde
un peu plus et je sucerais mon pouce
évoquant ma mère  Dieu   vous
   
je me laisse guidée
flottant dans la chaleur tangible
lourde voilure étale

en aveugle
je vous appelle

entendez-vous 
le stridulement des insectes
dans l'immobile été
il scie les barreaux
de mon berceau
il tête mon enfance de miel
et de sauterelles

           essaim d'orage sur les grands foins
on cuit l’œuf au nid de l'aigle

je vous appelle  

battements d'ailes
l'oiseau foudroyé
choit à mes pieds
pluie chaude
de plumes  de sang
mon corps maculé a
votre odeur de souffre
de chair  brûlée

dans la fournaise du monde
la terre cuit
          au nid solaire

Cygne blanc

mercredi 29 août 2018

Libération


On ne se libère pas d'une chose en l'évitant mais seulement en la traversant.

Cesare Pavese

mardi 28 août 2018

Où va la vie ?

Où va la vie ? Nulle part, dit le vent - je la porte en mon ventre, et tant qu'elle m'est fidèle, elle n'a pas besoin de destination. 

Où va la vie ? gémit la pierre, lourde de son éternité. Elle va à la nuit, murmure le soleil, car c'est en celle-ci seulement qu'elle trouvera l'étoile par laquelle elle renaîtra.

Mais où va-t-elle, cette vie ? demande encore le ciel en se penchant sur moi pour m'embrasser. Où veux-tu donc qu'elle aille ? lui réponds-je en lui caressant les seins. 

Tiens, voilà le Fou qui embrase tout. Ô Shams, Shams ! Pourquoi ris-tu ?

lundi 27 août 2018

Partout où s'étend le ciel


On est chez soi. Partout où s'étend le ciel on est chez soi. En tout lieu de cette terre on est chez soi, lorsqu'on porte tout en soi.

Etty Hillesum

dimanche 26 août 2018

La marée des rêves

Sur les lèvres muettes du temps
je lèche le sel chaque nuit déposé
par la marée des rêves.

samedi 25 août 2018

Une main qui donne


L'art est comme la prière, une main tendue dans l'obscurité qui veut saisir une part de grâce, pour se muer dans une main qui donne.

Franz Kafka

mardi 24 juillet 2018

Dépouillement

Dans la lumière immobile du matin
le vent, cet insolent
me dépouille de tous mes regrets.

lundi 23 juillet 2018

dimanche 22 juillet 2018

Voile de silence

Le silence comme un voile
sur tes épaules —
ensemble, nous regardons l'horizon.

samedi 21 juillet 2018

Verre de vin

Un verre de vin avec toi — 
tout le sac et le ressac de la mer bleue
en dedans.

mercredi 18 juillet 2018

Solitude

En pleine chaleur -
Que je pleure ou que je ris
Toujours aussi seul.

Santoka

mardi 17 juillet 2018

lundi 16 juillet 2018

Légèreté

Rien qui m'appartienne 
Sinon la paix du cœur 
Et la fraîcheur de l'air. 

Issa

dimanche 15 juillet 2018

Allures d'éternité


L’instant en sa présence
A des allures d’éternité

Passionnément intense
On se doit de l’honorer
Elle est la quintessence
Sacrée des sens éclairés
Intime du grand silence
Elle sait le faire parler

Stéphen Moysan (https://www.eternels-eclairs.fr/stephen-moysan.php)