dimanche 23 juillet 2017

Oui à ma naissance


Un cri s’élève en moi et me transfigure. Le monde attend que la femme revienne comme elle est née: femme debout, femme puissance, femme résurgence. Un appel s’élève en moi et j’ai décidé de dire oui à ma naissance.

Je me souviens.

Natasha Kanapé Fontaine, poète innue

samedi 22 juillet 2017

Douceur en soi


La grâce traverse rarement les éminences grandiloquentes ou les sommités intellectuelles et leurs incessants borborygmes. Elle caresse délicatement les bienheureuses candeurs, les sobriétés de bon aloi. Une douceur en soi manque cruellement au tumulte du monde.

Sophia Sherine Hutt, La Musique du Ciel en héritage.

jeudi 20 juillet 2017

Entre deux lumières


Lorsque je me tourne vers l’intérieur et vois que je ne suis rien, c’est la sagesse. Lorsque je me tourne vers l’extérieur et vois que je suis tout, c’est l’amour. Entre les deux, ma vie s’écoule.

Sri Nisargadatta

mercredi 19 juillet 2017

Écris


Écris. Ne permets pas qu’un moment de toi retourne au néant dont il semble venir. Quand une pensée ou un sentiment ou une impression traverse ton âme et que cela semble une partie de toi-même, une parcelle de ta vie, retiens-la, exprime-la autant que tu peux, donne-lui la forme la plus belle, si tu peux très belle. Et qu'au moins, de toi qui passe il demeure ces mots, cette beauté formelle, ou toutefois ce désir de créer de la beauté. Pourquoi? Je ne sais. Car tout est perdu, et il ne restera que ce papier qui sera détruit et que nul ne verra. Et moi-même qui le reverrai peut-être, je ne m'y reconnaîtrai qu'à peine et il ne sera plus guère d'intérêt, n'étant plus que du passé ou écarté en route. Pourquoi donc ? Pour la satisfaction d'avoir tiré de la mort, mais encore voué à une autre mort, car la mort prend tout, cette parcelle de ma vie ? Pour avoir la fierté d'avoir toujours tâché, et de chaque chose de mon âme, à faire du plus beau qu'il n'est, de quelque chose de flottant et qui coule, un instant fini et stable, de l'art ? De la Beauté ?

Saint-Denys Garneau, Journal

mardi 18 juillet 2017

Ruche d'or de l'invisible

Nous sommes les abeilles de l'Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible.

Rainer Maria Rilke

dimanche 16 juillet 2017

Été

Bien que malmené
L’été court vers son apogée
Prodiguant sa profusion
De couleurs, d’odeurs et de saveurs.

Pourtant
Les fleurs d’églantiers dispersées
J’hume les derniers effluves des tilleuls
Dont les fleurs fanées dorent les avenues

Au cœur de l’abondance
Des vies brèves s’achèvent
Le soleil flamboyant
Se couche un peu plus tôt
De petites roues tournent
Dans la Grande
Le Yin dans le Yang

C’est à ce moment de l’été
Que l’urgence de profiter
Des dernières longues journées
Me fait veiller

Raissa60

jeudi 13 juillet 2017

Miroirs de pluie

Vu rue Saint-Denis, à Montréal, ville de poésie.

La pluie installe des miroirs un peu partout, par terre, pour qu'on puisse y voir, sans lever la tête, le lent et extrême taï chi des arbres.

José Acquelin

mardi 11 juillet 2017

Harmonie avec le cosmos


Comment être en harmonie avec le cosmos ? Il semble que certains préliminaires soient indispensables : se défaire de toute croyance, laisser la métaphysique aux sectateurs de l'absurde, comprendre que l'espoir est de la peur qui a mal tourné, affronter directement la réalité, cesser d'entretenir le rêve romantique d'une réalisation, oublier la névrose sentimentale, jouer avec ses propres limites, regarder sa confusion, affronter la vie sans le bric-à-brac du religieux et du spirituel, sans pour autant devenir un matérialiste borné qui ferait du rationalisme un nouveau Dieu, oser la solitude, ne pas opposer Essence et Réalité, s'adonner aux plaisirs de la pure subjectivité, comprendre que tout est réel et enfin, un jour, connaître le silence jubilatoire.

Daniel Odier, L'incendie du cœur 

vendredi 7 juillet 2017

Entre la cendre

Entre la cendre et la suie
il n'y a guère 
que poussière 
suicidaire

entre la cendre et la suie
un peu de terre
poursuit 
l'éphémère

entre la suie et la terre
descendre
l'enfer

entre la terre et la cendre
               je suis


Cygne blanc


jeudi 6 juillet 2017

Les chants des hommes


Les chants des hommes
Sont plus beaux qu'eux-mêmes
Plus lourds d'espoir
Plus tristes
Plus durables
Plus que les hommes
J'ai aimé leurs chants
j'ai pu vivre sans les hommes
jamais sans les chants
Il m'est arrivé d'être infidèle
A ma bien-aimée
Jamais aux chants que j'ai chantés pour elle
Jamais non plus les chants ne m'ont trompé
Quel que soit leur langage
J'ai toujours compris tous les chants
Rien en ce monde
De tout ce que j'ai pu boire et manger
De tous les pays où j'ai voyagé
De tout ce que j'ai pu voir et apprendre
De tout ce que j'ai pu chercher et comprendre
Rien, rien
Ne m'a jamais rendu aussi heureux
Que les chants
Les chants des hommes.

Nazïm Hikmet

mardi 4 juillet 2017

Le couteau de l'illusion

Tu n'es jamais loin de mon cœur. Je sais, tu crois, parce que je suis parti danser avec une autre, que je t'ai abandonnée, oubliée sur le bord du chemin. Tu ne connais rien aux mystères de l'amour, ses tours et ses détours. Tu ne sais pas qui je suis parce que tu ne sais pas qui tu es toi-même. Il t'appartient de te retrouver et quand cela sera, tu me retrouveras car je ne suis pas autre que toi. Ma liberté est la tienne et quand tu pleures, je pleure; quand tu ris, je ris. Je suis ton reflet dans le miroir de la vie, et rien ne saurait nous séparer sinon le couteau de l'illusion.

dimanche 2 juillet 2017

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

Robin Williams, dans "le cercle des poètes disparus", inoubliable capitaine !

Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre effroyable voyage est terminé
Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée
Le port est proche, j'entends les cloches, la foule qui exulte,
Pendant que les yeux suivent la quille franche, le vaisseau lugubre et audacieux.

Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Ô les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie.

Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi: pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent:

Ici, Capitaine ! Cher père !
Ce bras passé sous ta tête,
C'est un rêve que sur le pont
Tu es étendu, froid et sans vie.

Mon Capitaine ne répond pas, ses lèvres sont livides et immobiles;
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a plus pouls ni volonté.
Le navire est ancré sain et sauf, son périple clos et conclu.
De l'effrayante traversée le navire rentre victorieux avec son trophée.

Ô rives, exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas lugubre,
J'arpente le pont où gît mon capitaine,
Étendu, froid et sans vie. 

Walt Whitman, en hommage à Lincoln, assassiné.

jeudi 29 juin 2017

Naissance adulte

Entrer dans l'âge adulte est une naissance. C'est un passage difficile. Beaucoup le refusent parce qu'ils ne veulent affronter ni la souffrance d'être seuls, ni la liberté d'inventer leur propre vie. Jusqu'à ta mort et même au-delà tu devras grandir, grandir encore, devenir toujours plus adulte.

Henri Gougaud

mardi 27 juin 2017

Miracle absolu


Je crois qu’une feuille d’herbe n’est en rien inférieure au labeur des étoiles,
Et que la fourmi est également parfaite, et un grain de sable, et l’œuf du roitelet,
Et que la rainette est un chef d’œuvre digne du plus haut des cieux,
Et que la ronce grimpante pourrait orner les salons du ciel,
Et que la plus infime jointure de ma main l’emporte sur toute mécanique,
Et que la vache qui broute tête baissée surpasse n’importe quelle statue
Et qu’une souris est un miracle capable de confondre des milliards d’incroyants.

Walt Whitman

dimanche 25 juin 2017

Cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour


Si nous étions capables de nous oublier, c'est-à-dire de dissiper, ne serait-ce que le temps d'un Pater, tout ce qui nous embrume, nous occupe, nous pèse, nous endort, nous distrait, la question de Dieu ne se poserait pas, simplement parce qu'il n'y aurait plus de questions. Si nous étions capables de cette sorte d'attention qu'on appelle l'amour, il n'y aurait plus que des évidences.

Henri Gougaud

mercredi 21 juin 2017

Cicatrices

Les traces que les hommes laissent sont trop souvent des cicatrices....
Le chagrin ne vous change pas, il vous révèle.


John Green

dimanche 18 juin 2017

Dieu apprend

Prenez vos forces bien disciplinées
et étirez-les entre deux pôles opposés.
Parce que c'est en l'être humain
que Dieu apprend.

Rainer Maria Rilke

mercredi 14 juin 2017

Haute mer


J'ai largué toutes les amarres et j'embrasse le grand large, furieusement, sur la bouche. Je ne sais pas où je vais ni si je retrouverai un port d'attache. Cela n'a pas d'importance. Je suis arrivé où rien ne va et où tout commence. L'abîme me tend les bras, joyeux. Les profondeurs savent ce que je ne sais pas, imperturbables. Elle a un goût de sel. Son souffle tout à la fois me transperce et emplit mes voiles. Dans son cou, un parfum d'embruns fous. Dans ses yeux, un océan d'étoiles, mouvant.

dimanche 11 juin 2017

MeuuuH non !

(Fable de la vache folle)

Il était une fois dans une vaste prairie balayée en permanence par de forts vents du sud ouest, une pauvre vache laitière à la robe blanche tachetée de noir prénommée Hortense.

La pauvre vache meuglait à pie fendre. Pas la moindre petite brindille à brouter. Que des lichens et des cailloux, qu'elle avait déjà léché plus de cent fois avec sa grosse langue fissurée. Même les mouches n'osaient plus s'aventurer sur ses bouses rachitiques et dures comme du ciment au sortir de son anneau pylorique irrité.

Quand on sait qu'une vache normale mastique en moyenne de cinquante à soixante dix fois par minute et qu'elle maintient ce rythme effréné pendant des périodes de dix à douze heures d'affilé pour un grand total de quarante à quarante-cinq mille mouvements de mâchoires par jour, on ne peux que plaindre la pauvre Hortense, réduite à quelques mastications éparses au gré d'hirsutes touffes de mauvaises herbes rencontrées in sine qua non au fil d'errances éperdues.

Cependant que dans le pâturage voisin du sien séparé par un minuscule fil électrifié, un tendre ruisseau glougloutait, dévalait l'abrupt d'une riche prairie semé de pâquerettes et de myosotis en fleurs saturés de pollen que libellules et bourdons survolaient non sans euphorie, à la fois grisés et béats. Des humaines nues y jouaient de la harpe en chantant du Céline Dion tout en sautillant et gambadant allègrement, la brise jouant dans leurs poils pubiens.

Hortense, notre pauvre vache, ne pouvait que constater _ et ce constat la mettait il va sans dire à la torture_ que l'herbe du voisin ainsi que le vieil adage le dit, était vraiment plus verte que celle de son  pâturage. Comme elle aurait aimé s'en repaître jusqu'à en avoir les pis gonflés, que Fernand, le fermier, de ses grosses mains couvertes de verrues plantaires vienne lui tirer sur les trayons jusqu'à l'en vider de son lait.

Heureusement, à la sortie du lit, le matin même, elle avait eu le loisir de se sustenter, surprenant un loup qui rôdait à l'entour des bâtiments, elle avait plongée dessus du deuxième de l'étable et l'avait dévoré à belles dents alors que dans l'aube naissante l'écho cacophonique des clochers des villages des alentours s'emmêlaient dans l'air tiède et gorgé des odeurs de la défécation subite du loup qu'une peur sauvage avait étreint au moment où la mort lui décochait cet irrésistible dernier clin d’œil. Waouuu ! Comme hurlait l'autre, son cousin de meute,  pris quelques kilomètres plus bas dans un piège à ours. Un waouuu cependant vagit du bout d’une pensée, jamais poussé.

Vache qui rit, vache qui pète, vache qui fume la cigarette. Hortense n'était pas vache à se laisser abattre, elle ne finirait pas sur le gril graisseux d'un BBQ au propane de banlieue en hamburger avec une tranche de cheddar fondant sur le dos. Un jour se serait son tour. La vie n'était pas faite que de vacheries. MeuuuH non !

Ce jour là elle regarda bien dix trains passer avant de se décider et de sauter dans un des wagons, galopant un moment, la langue pendante, à côté de la voie, avant de prendre son élan et de bondir dedans, quittant définitivement sa terre de misère, son fermier trayeur myope et puant des aisselles.

Voilà, en peu de mots circonscrite, l'histoire de la vache qui se levant du mauvais sabot, dévora un loup avant de se faire la malle pour le pays des sacs à main et des souliers compensés en cuir véritable.

On raconte que depuis ce matin-là l'herbe a repoussé dans la vallée où habitait Hortense, que monarques et frelons se confondent en virevoltes et autres acrobaties aériennes, que des hommes nus, vieux et bedonnants, à la voix éteinte, tentent de convaincre les femmes nues de l'autre bord de la clôture de venir prendre une tasse de café et des petits fours au babeurre à l’ombre de leurs balancelles.

On raconte bien des histoires, par exemple on prétend que dans la mièvre semence de ces vieillards grisonnants et bedonnants il y aurait certaines toxines qui développées dans un utérus sain risquerait de contaminer la planète d'un nouveau virus encore plus dévastateur que le sida, et qui ferait pousser des poils de culs au cerveau. Entretenue en un milieu humide exceptionnel, cette pilosité cérébrale aura tôt fait  de se propager aux cordes vocales, travestissant la parole en un espèce de borborygme non sans rappeler un meuglement. Meuuuh non !

Pierre Cinq-Mars

samedi 10 juin 2017

Nocturne no 2

Elle s’est tue à la fin
la terre plate et parlante -
il n’y a plus qu’un ange
musicien qui traverse l’air.

Le monde, il semble,
comme un sablier,
tout en lui-même s’est emmuré :
voici le ciel qui donne
et la terre qui reçoit
ses brèves étincelles
et ses radieux silences.

Charlote Melançon

dimanche 4 juin 2017

Un train


      Un train
l'homme à la portière
   descente
le quai s'entasse
de valises
                      balises
et malles


une femme court
trébuche sur l'enfant
le surprend


une balle rouge
entre les rails


une main gantée
devant sa bouche
l'autre agrippe les derniers
    souvenirs


           bousculade
ébranlement de la machine
      la malle s'éventre
l'instrument est à découvert
  précieux
secret
à la vue de tous


l'enfant le saisit
l'enfant sait
il joue


l'homme entend
dans le brouhaha
il s'avance
l'enfant c'est lui
       1940



Cygne blanc

jeudi 1 juin 2017

Épingler un papillon


C’est comme épingler un papillon.
La forme est capturée
Mais le vol est perdu.

Lao-Tseu

mercredi 24 mai 2017

Oies sauvages


Les oies sauvages n'aspirent pas à projeter leur reflet.
L'eau n'aspire pas à recevoir leur image.

Tchouang-Tseu

samedi 20 mai 2017

Dualité


La Vérité est une, et pourtant l'amour veut qu'elle revête la dualité pour jouer à être, à la fois, proche et lointaine.

Swami Râmdâs

jeudi 18 mai 2017

Battement de coeur


Y avait-il une réponse ? Une réponse à quoi ? Je n'étais pas en quête d'une pensée ni d'une philosophie ! J'étais en quête d'un battement de cœur.

Satprem

lundi 8 mai 2017

Splendeur de la vie


Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.


Kafka

mercredi 3 mai 2017

Changer le sang en or


Le paradis n'est pas un lieu de l'univers, mon fils, mais un état de ton être. […] Ferme les yeux, le paradis est là, à tout instant, en toi. Inspire, inscris ces mots derrière tes paupières. Expire, et répands-les partout dans l'obscurité de ton corps. Vois maintenant. La vérité se reconnaît à ce qu'elle change ton sang en or.

Henri Gougaud, Paramour

samedi 22 avril 2017

Un bouquet de fleurs éclairantes


Sophia has no lantern, but walks in the front carrying a bouquet of flowers, for seemingly she can see in the dark and needs no lantern like the man behind her does.

Jeffrey Raff, The Wedding of Sophia

Sophia n'a pas de lanterne, mais elle marche devant en portant un bouquet de fleurs, car il semble qu'elle puisse voir dans le noir et n'a pas besoin de lampe, à la différence de l'homme marchant derrière.

Ma traduction

mardi 18 avril 2017

Fantôme en robe bleue


Ce qu'on appelle l'amour est indéchiffrable - un morceau de soleil oublié sur un mur, une compréhension du mal si fine que seul l'exprime un silence, un fantôme en robe bleue.

Christian Bobin